25 Février 2019

Soudan: Encore des manifestations malgré les mesures d'apaisement

Photo: MINUAD/Hamid Abdulsalam
Un officier jordanien de la MINUAD discute avec des résidents du camp de Zam Zam pour déplacés, au Darfour, en 2015.

Alger — Des manifestants ont continué a exprimé leur mécontentement au Soudan en descendant dans la rue après l'annonce de l'état d'urgence annoncé par le président Omar El Bachir, alors qu'un nouveau Premier ministre, Mohamed Taher Ela, a été désigné pour apaiser les tensions sociales et politique dans le pays.

Selon des médias consultés lundi, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés la veille dans la ville d'Omdourman, ainsi que dans de la capitale Khartoum, où la police anti-émeute a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule protestant contre l'état d'urgence annoncé vendredi par le président El Bachir, confronté à une contestation déclenchée il y a plus de deux mois, annonçant également "la dissolution du gouvernement aux niveaux fédéral et provincial".

Des centaines de personnes ont également manifesté à Wad Medani, dans le centre du pays, et ont été dispersées à coups de gaz lacrymogènes, selon les mêmes sources, citant des témoins.

Lire aussi: Contestations au Soudan : al-Bachir promet davantage d'efforts pour la stabilité du pays

Sur le plan politique, Mohamed Taher Ela, ancien gouverneur de l'Etat agricole d'Al-Jazira, a prêté serment en tant que nouveau Premier ministre. Il a promis d'oeuvrer pour trouver une solution à la crise économique. "Nous espérons pouvoir offrir des opportunités d'emploi à nos jeunes afin qu'ils puissent réaliser leurs aspirations", a dit M. Ela qui s'adressait aux journalistes après avoir prêté serment.

Toutefois, les initiateurs de la contestation ont réagi à ces mesures en affirmant que "les manifestants continueront de réclamer le départ du chef de l'Etat, qui tient le pays d'une main de fer depuis 1989".

Déclenchées suite à la décision du gouvernement de tripler le prix du pain dans un pays en plein marasme économique, les manifestations sont quasi quotidiennes depuis le 19 décembre.

Des mesures politiques en signe d'apaisement

Les manifestations ont coïncidé avec la cérémonie de prestation de serment organisée au palais présidentiel à Khartoum. Outre le nouveau Premier ministre, le ministre de la Défense, le général Awad Ahmed Benawf, a prêté serment en sa qualité de nouveau premier vice-président après le limogeage de son prédécesseur Bakri Hassan Saleh.

Seize officiers de l'armée et deux du puissant Service national du renseignement et de la sécurité (NISS) ont, pour leur part, prêté serment comme gouverneurs des 18 provinces (Etats) du pays.

Lors de la cérémonie, le président Béchir, 75 ans, a affirmé qu'"aujourd'hui s'ouvrait un nouveau chapitre de l'histoire du Soudan". "Ce chapitre nécessite des gens extraordinaires comme vous pour diriger (...) afin de garantir la sécurité et la stabilité dans le pays", a-t-il ajouté, vêtu d'un uniforme militaire.

Le chef de l'Etat, qui envisage de briguer un troisième mandat en 2020, devrait annoncer prochainement la formation du nouveau gouvernement après avoir déclaré l'état d'urgence dans l'ensemble du Soudan pour une période d'un (1) an, et annoncé le limogeage du gouvernement ainsi que des instances dirigeant les provinces du pays, secoué depuis deux mois par des manifestations réclamant son départ.

Le chef de l'Etat soudanais a ordonné samedi la dissolution du Conseil des ministres national et des gouvernements régionaux et le limogeage de plusieurs gouverneurs.

Lire aussi: Soudan: Etat d'urgence sur l'ensemble du pays et limogeage du gouvernement

Cependant, l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), un groupe créé plus tôt en février regroupant des partis d'opposition et l'Association des professionnels soudanais (APS), a rejeté la décision du président de décréter l'état d'urgence dans l'ensemble du pays, assurant que les manifestations se poursuivront.

"Nous continuerons (...) à descendre dans la rue (...) jusqu'à ce que nos demandes sont entendues", a-t-elle ajouté.

Pour le parti al-Oumma de l'ancien Premier ministre Sadek al-Mahdi, qui fait partie de l'alliance, les dernières mesures ne sont "rien d'autre qu'un (nouveau signe) de l'échec" du gouvernement.

"Rien ne satisfera le peuple qui sort dans les rues hormis la chute de ce régime", a ajouté un communiqué cette formation.

Selon des bilans repris par des médias, au moins 31 personnes sont mortes depuis le déclenchement, le 19 décembre, des manifestations.

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