28 Février 2019

Nigeria: Réelection de Buhari - Entre deux papy, les Nigérians ont préféré la continuité

Et de trois pour Muhammadu Buhari ! En effet, revenu 36 ans plus tard par la voie des urnes en 2015 après l'intermède de 1983 qui l'avait porté au pouvoir par les armes, l'ex-général nigérian, 76 ans, a été déclaré vainqueur au premier tour de la présidentielle du 23 février dernier avec 56% des voix.

Il devance de plusieurs têtes son adversaire du PDP (Parti démocratique populaire), Atiku Abubakar, un autre septuagénaire, qui a récolté 41% des voix, laissant la portion congrue aux 71 autres candidats qui aspiraient, eux aussi, à la consécration suprême.

Une victoire nette et sans bavure qui a surpris plus d'un, à commencer par son challenger qui remet en cause la transparence du scrutin et fait déjà dans la controverse.

Buhari ne partait pas sans arguments à cette élection

En attendant de voir la forme et l'ampleur que prendra cette contestation ainsi que la confirmation de la victoire du natif de Daura dans l'Etat de Katsina au Nord du Nigeria, il y a lieu de croire qu'entre les deux papy qui se disputaient le trône dans ce géant pays pétrolier d'Afrique de l'Ouest, les Nigérians ont opté pour la continuité. Et on peut les comprendre.

En effet, même avec un bilan économique mitigé et une santé fragile, Muhammadu Buhari ne partait pas sans arguments à cette élection où bien des observateurs voyaient un scrutin serré.

Primo, face au défi sécuritaire qu'impose la secte islamiste Boko Haram au pays depuis maintenant plusieurs années, Muhammadu Buhari a visiblement fait mieux que son prédécesseur Goodluck Jonathan.

Et même s'il n'a pas réussi à exterminer la pieuvre comme il l'avait promis lors de son premier mandat, les coups de boutoir portés au flanc de la bête sous son magister, ont permis d'en réduire considérablement la voilure.

Cela n'est pas rien, dans un contexte sous-régional plutôt tourmenté et marqué par des attaques terroristes tous azimuts tout le long de la bande sahélo-saharienne ainsi que dans le bassin du lac Tchad.

De ce point de vue, l'on est porté à croire que ses compatriotes ont préféré lui renouveler majoritairement leur confiance en raison de son expérience en la matière plutôt que de jeter leur dévolu sur le nouveau venu.

Ce d'autant plus que c'est dans le Nord musulman, qui est le plus en proie aux attaques des fondamentalistes, qu'il a fait le plein des voix contre son adversaire qui a plutôt tiré son épingle du jeu dans le sud chrétien.

Secundo, dans un pays gangrené par la corruption depuis des lustres, même s'il n'a pas réussi à déplacer la montagne, Muhammadu Buhari a fait mieux que de secouer le cocotier en donnant un coup de pied vigoureux dans la fourmilière.

En effet, il a fait mettre une cinquantaine de personnalités soupçonnées de corruption, sous surveillance, avec interdiction de quitter le territoire tant que leurs cas ne seront pas tranchés. Une interdiction doublée d'un « embargo sur les fonds suspects volés de sorte que personne ne puisse les déplacer ni en disposer, tant que le cas n'est pas résolu devant un tribunal ».

Tertio, tout porte à croire que c'est le caractère intransigeant de l'homme, sa fermeté et son inflexibilité sur certaines questions délicates qui ont forgé son image d'homme de

rigueur et cela a pu militer en faveur de sa réélection devant un adversaire qui n'est pas non plus présenté comme un parangon de vertu.

En effet, l'ex-douanier devenu homme d'affaires prospère dans son pays, Atiku Abubakar, traîne malheureusement pour lui, la réputation d'être l'un des hommes politiques les plus corrompus de son pays. Ceci pourrait donc expliquer cela.

La question est de savoir si la santé du nouvel-ancien président lui permettra de porter la charge de sa fonction jusqu'à terme

Mais qu'on se le dise, rien n'était gagné d'avance et il a fallu, à Muhammadu Buhari, aller chercher les voix de ses compatriotes dans un contexte où les pronostics ne le mettaient pas à l'abri d'un éventuel ballotage.

C'est donc une victoire dont il peut légitimement s'enorgueillir même si les défis qui l'attendent ne sont pas des moindres en ce qu'ils se traduisent, entre autres, en termes de relance économique, de renforcement de la lutte contre les insurgés islamistes, d'intensification de la lutte contre la corruption, etc.

En tout état de cause, maintenant qu'il a été élu pour un second mandat, la question que l'on pourrait se poser est de savoir si la santé du nouvel-ancien président lui permettra de porter la charge de sa fonction jusqu'à terme.

Car, ses séjours médicaux répétés à l'extérieur du pays au cours de son précédent quadriennat, avaient fait craindre qu'il ne puisse terminer son mandat.

Mais au-delà, si l'expérience et l'expertise du général ont pu contribuer à sa réélection à la tête du géant d'Afrique, cela devrait servir de leçon à tous les dirigeants africains qui rechignent à quitter le pouvoir même quand les circonstances constitutionnelles l'exigent.

Car, c'est la preuve, si besoin en était, qu'il y a toujours une possibilité de revenir au devant de la scène politique pour reconquérir la confiance du peuple, lorsque vous avez su marquer positivement les esprits.

Par conséquent, il ne sert à rien de s'accrocher à son fauteuil comme un naufragé à sa planche de salut, au point de mettre en péril la paix sociale car, au bout du compte, la seule légitimité qui vaille pour un président, c'est l'onction du peuple, celle que l'on obtient de la façon la plus transparente possible.

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