2 Mars 2019

Algérie: Arrestations arbitraires lors des manifestations portant sur les élections

communiqué de presse

Beyrouth — Les autorités algériennes devraient permettre aux Algériens de se réunir pacifiquement, et s'abstenir d'utiliser une force excessive contre les manifestants qui protestent contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Lors des manifestations massives tenues le 1er mars 2019, les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule qui s'approchait du palais présidentiel.

Lors des manifestations précédentes, qui se sont tenues à partir du 22 février, les autorités algériennes ont arrêté de façon arbitraire des manifestants et des journalistes. Les autorités ont également refusé d'autoriser les réunions d'un mouvement protestataire qui s'oppose à un cinquième mandat. L'élection présidentielle est prévue pour le 18 avril. Les autorités algériennes devraient respecter la liberté de réunion et tous les autres droits qui sont les conditions préalables à des élections libres et équitables.

« Les Algériens devraient pouvoir exprimer leur point de vue sur un cinquième mandat du président sans craindre d'être brutalisés et arrêtés », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

Depuis le 22 février, dans plusieurs villes, des milliers d'Algériens sont descendus dans la rue pour s'opposer à un nouveau mandat de leur président, malade, qui occupe ce poste depuis 1999. Bouteflika avait annoncé sa candidature via un communiqué le 10 février. Depuis l'attaque cérébrale dont il a souffert en 2013, il n'a pas prononcé de discours et n'est apparu en public qu'à de rares occasions.

Les autorités ont inculpé de « troubles à l'ordre public » au moins 40 manifestants arrêtés à Alger le 22 février, a déclaré un de leurs avocats, Abdelghani Badi, à Human Rights Watch. Leur procès doit se tenir le 3 mars.

Le 24 février, la police a également arrêté au moins 20 activistes du mouvement Mouwatana (« Citoyenneté ») alors qu'ils tentaient de rejoindre une manifestation sur l'avenue Didouche-Mourad et la place Audin, au centre d'Alger. Ce groupe, qui s'oppose à un cinquième mandat de Bouteflika, a été fondé en 2018 avec l'objectif d'agir en faveur de réformes démocratiques. Deux membres du mouvement ont déclaré que la police les avait détenus pendant plusieurs heures.

Quatre autres activistes, dont le vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme et le président d'une association appelée Rassemblement action jeunesse, ont été détenus pendant neuf heures le 25 février, après avoir tenté d'observer une manifestation étudiante.

Khaled Drareni, correspondant en Algérie de TV5 Monde et de la radio Europe 1, a déclaré à Human Rights Watch que le 28 février, aux environs de 11h30, il avait vu les policiers disperser un groupe de dizaines de journalistes qui s'étaient rassemblés place de la Liberté de la Presse à Alger pour dénoncer la censure des médias. La police a arrêté une quinzaine de journalistes, a déclaré Drareni. Ils ont tous été libérés le même jour vers 16h, ont rapporté les médias.

Un activiste de Mouwatana, Habib Brahmia, a déclaré à Human Rights Watch que le mouvement avait appelé à une manifestation le 24 février au centre d'Alger. Arrivé sur la place Audin aux alentours de midi, a-t-il déclaré, il a vu des centaines de manifestants, encerclés par la police. Selon lui, ces manifestants étaient pacifiques, agitant des drapeaux algériens et scandant des slogans contre « la comédie du cinquième mandat ». Il a déclaré avoir vu des policiers en civil jeter des bombes lacrymogènes sur la foule pour disperser les manifestants.

« Un policier s'est approché de moi, m'a attrapé par le bras et a essayé de me subtiliser le drapeau que je tenais », a ajouté cet activiste. « Comme je résistais, beaucoup d'autres policiers m'ont entouré et bousculé jusqu'à un fourgon de police, en me tordant le bras pour me pousser à l'intérieur. »

Selon lui, le fourgon contenait une vingtaine d'autres activistes et partisans de Mouwatana. Jusqu'au soir, les policiers ont transporté les membres du groupe d'un poste de police à l'autre. « Les agents m'ont longuement interrogé sur mon appartenance politique, les études que j'avais faites et ma famille. Ils ont aussi pris nos empreintes digitales et des photos de nous. Bref, ils nous ont traités comme des criminels, alors que j'étais juste en train de manifester pacifiquement. »

Brahmia a ajouté qu'à aucun moment les autorités ne l'avaient informé des motifs de son arrestation. Elles l'ont libéré le jour suivant, sans lui préciser s'il était inculpé d'une quelconque infraction.

Abdelwahab Farsaoui, président de l'association Rassemblement action jeunesse (RAJ), a déclaré à Human Rights Watch que le 25 février, il s'était rendu au campus de l'Université d'Alger, située en centre-ville, pour observer une manifestation étudiante. Il a précisé qu'il était accompagné de Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme, et de deux autres activistes du RAJ.

Farsaoui a témoigné qu'à son arrivée, vers 11h du matin, il avait trouvé des centaines de policiers bloquant l'accès à l'université. À l'intérieur, les étudiants scandaient des slogans contre le cinquième mandat de Bouteflika. Selon lui, des policiers en uniforme s'étaient approchés de leur groupe, avaient vérifié leurs cartes d'identité puis leur avaient ordonné d'entrer dans un fourgon. Dans le fourgon, les policiers avaient confisqué tous leurs téléphones puis les avaient emmenés au poste de police de la rue Cavaignac.

« Nous n'avons été ni interrogés, ni informés du motif de notre arrestation », a-t-il déclaré. « Nous sommes restés là de 12h jusqu'à 20h. Une fois que nous avons signé un rapport de police établissant que nous n'avions pas appelé aux manifestations étudiantes, les autorités nous ont libérés. »

Les autorités ont également bloqué des réunions planifiées par le mouvement Mouwatana.

Sofiane Djilali, qui est le président du parti Jil Jadid (« Nouvelle Génération ») et un des fondateurs de Mouwatana, a déclaré à Human Rights Watch que la dernière réunion du groupe que les autorités avaient autorisée datait du 12 mars 2018. Depuis cette date, les autorités ont refusé de délivrer les autorisations requises pour que Mouwatana puisse organiser des réunions ou des rassemblements dans l'espace public. La loi algérienne régissant les rassemblements publics et les manifestations exige en effet que tout groupe prévoyant de tenir une réunion publique, même au sein d'espaces publics clos, en demande l'autorisation au gouverneur trois jours avant.

Djilali a rapporté que les autorités avaient rejeté la demande d'organiser une réunion le 13 octobre, dans une salle de conférences de la ville de Zeralda, ainsi qu'une autre requête similaire pour janvier 2019 dans une salle de conférences de Hussein Dey. « Nous avons attendu pendant des semaines, mais l'autorisation n'est jamais venue », a-t-il déclaré. « Nous nous sommes rendus à la wilaya [gouvernorat] pour demander une ordonnance écrite exprimant le refus, mais ils n'ont voulu délivrer aucun document. Nous avons dû annuler les réunions. »

« Il est essentiel que la police algérienne respecte à la lettre les droits des manifestants pacifiques », a conclu Sarah Leah Whitson. « Les autorités algériennes devraient gérer les manifestations de masse de façon mesurée, en évitant d'utiliser une force superflue et de faire des arrestations arbitraires. »

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