Tanzanie: RSF dénonce la suspension d'un grand quotidien indépendant

communiqué de presse

Reporters sans frontières (RSF) condamne la suspension pour une semaine d'un journal très populaire, dernier acte d'une dégradation significative et alarmante de la liberté de la presse en Tanzanie.

The Citizen n'est accessible ni en kiosque ni en ligne depuis le jeudi 28 février. La veille, le grand quotidien tanzanien, considéré comme un journal de référence et l'un des plus lus du pays, a été suspendu pour sept jours par l'organe chargé de la régulation de la presse écrite qui dépend directement du ministère de l'Information. Les autorités reprochent au journal d'avoir diffusé des informations "fausses" et "trompeuses" sur la dépréciation de la monnaie du pays. Dans une enquête réalisée auprès de bureaux de change et d'établissements bancaires, The Citizen avait révélé le 23 février que le dollar américain s'échangeait à 2415 shillings tanzaniens (0,90€) contre 2300 (0,86€) au cours officiel à la banque centrale.

"La suspension de ce grand journal indépendant s'inscrit dans une longue liste d'atteintes la liberté de la presse dont la récurrence et l'ampleur sont alarmantes, dénonce Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Ce pays qui faisait encore plutôt figure d'exception dans une région où les libertés publiques sont constamment menacées est désormais tombé dans le camp des régimes prédateurs de la liberté de la presse. Les autorités doivent lever cette suspension sans délai et garantir la liberté de diffuser des informations comme l'exige la constitution."

Sur les réseaux sociaux, huit ambassades occidentales ont exprimé leur condamnation de cette suspension s'interrogeant de concert sur la disproportion entre la sanction et la faute qui aurait été commise.

Hassan Habasi, le directeur de l'organe de régulation de la presse écrite qui est aussi le porte-parole du gouvernement, n'a pas répondu aux appels et messages envoyés par RSF.

En 2017, la Tanzanie a adopté une loi sur les statistiques qui punit d'amendes et de peines de prison toute publication de statistiques différentes des chiffres officiels. L'arsenal législatif liberticide contre la diffusion d'informations produites indépendamment avait également été renforcé en avril 2018 par l'adoption d'un loi qualifiée d'assassine pour la blogosphère tanzanienne par RSF. Elle oblige les producteurs de contenus en ligne à s'enregistrer auprès de l'organe de régulation moyennant des frais d'accréditations exorbitants.

Selon les informations de RSF, depuis l'arrivée au pouvoir de John Magufuli en 2015, au moins quatre journaux et six radios ont été suspendus. Deux responsables du Comité pour la protection des journalistes (CPJ) avaient également été arrêtées et contraintes de quitter le territoire en novembre dernier. Enfin, les autorités n'ont mené aucune enquête sérieuse pour tenter de retrouver Azory Gwanda. Le journaliste de Mwananchi (la version en Kiswahili de The Citizen) enquêtait sur des assassinats de fonctionnaires locaux lorsqu'il a disparu le 21 novembre 2017.

En 2018, la Tanzanie a connu l'une des plus importantes chutes enregistrées dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF. Après avoir perdu 10 places, le pays occupe actuellement la 93e place sur 180 pays.

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