Algérie: Bouteflika a « écouté » mais il n'a rien entendu

Algerians protest at Paris' 'Place de la Republique' against a fifth mandate by octagenarian President Bouteflika

Dans un message lu dimanche soir à la télévision par son nouveau directeur de campagne, Abdelghani Zaalane, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, déclarait avoir « écouté » et « entendu » le tollé général contre son cinquième mandat qui monte crescendo depuis quelques semaines.

Alors que, depuis son lit d'hôpital en Suisse, il venait de faire déposer sa candidature pour la présidentielle du 18 avril 2019, il a laissé entendre que s'il était élu, il organiserait des élections anticipées auxquelles il ne prendrait pas part.

Il a peut-être « écouté et entendu » la clameur de désapprobation mais il n'a visiblement pas compris le message envoyé par les milliers de manifestants qui battent le pavé. Et, à l'évidence, le grabataire de la Zeralda semble avoir prêché dans le désert. Sa voix est-elle d'ailleurs toujours audible, au propre comme au figuré ?

Au lendemain de cette annonce que le pouvoir algérien considère comme une mesure d'apaisement, les imprécations et récriminations contre le système sont en effet reparties de plus belle, notamment à l'université de Bab Ezzouar où près de 40 000 étudiants ont déserté amphis et labos pour descendre dans la rue. Idem dans de nombreuses autres universités à l'intérieur du pays comme à Constantine, Annaba et Bejaïa.

Ajoutez-y l'appel à la grève générale, et même à la désobéissance civile, lancé ce lundi et l'on comprendra que les contempteurs de ce régime vieillissant ne sont pas près de relâcher la pression qui se fait chaque jour un peu plus étouffante et pourrait emporter les partisans du statu quo s'ils n'y prennent garde. Car petit à petit, les ingrédients d'un printemps algérien sont en train d'être réunis et dans un tel climat quasi insurrectionnel, on se demande bien comment des élections sereines pourraient se tenir.

Les promesses de Bouteflika apparaissent à ce propos comme une ultime provocation : pourquoi organiser une élection anticipée, ce qui induit une perte de temps, d'énergie et d'argent alors que la solution peut être immédiate ? Ce que les Algériens veulent en effet, ce n'est pas une présidentielle anticipée après une victoire qui semble acquise ; ils veulent tout simplement que les marionnettistes du Palais d'El Mouradia qui tirent les ficelles en sous-main retirent la candidature du vieil homme qui sait à peine ce qui se passe autour de lui et est devenu un otage entre les mains de son propre clan. Sinon comment comprendre que celui qui a soufflé sa 82e bougie le 2 mars dernier, perclus et reclus après l'AVC dont il a été victime le 27 avril 2013, et qui a déjà passé 20 ans de sa vie au pouvoir, et encore plus dans l'antichambre de l'Etat, veuille encore disputer ce qui s'avère le match de trop ?

A cet âge et dans cet état, briguer la magistrature suprême devrait être le cadet de ses soucis. Et plutôt que de vouloir pousser des racines à la présidence, c'est dans une résidence médicalisée qu'il devrait emménager pour passer le restant de ses jours. Et on se demande d'ailleurs quel est ce médecin qui a bien pu lui délivrer le certificat d'aptitude, qui devait faire partie de son dossier de candidature, sans parjurer son serment d'Hippocrate.

C'est donc une grande imposture qui est en train de se dérouler du côté d'Alger et ceux qui s'amusent ainsi avec le feu pourraient être les premiers grands brûlés de l'incendie politique qu'ils sont sur le point de provoquer. Certains l'ont bien compris, si bien qu'on enregistre déjà les premières défections dans les rangs du puissant parti au pouvoir, le FLN.

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