5 Mars 2019

Algérie: Manifestations - Tir de sommation du général Gaïd Salah

analyse

Une fois de plus, la grande muette algérienne est sortie de sa réserve. Alors que les manifestations contre la candidature pour un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika se multiplient à travers tout le pays, le général de corps d'armée Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'ANP depuis 2004, et par ailleurs vice-ministre de la Défense, a déclaré que les militaires ne laisseraient pas le pays sombrer de nouveau dans l'effusion de sang.

A l'en croire, certains de ses compatriotes chercheraient à provoquer le retour aux «années de douleur». On l'aura compris, le haut gradé fait allusion aux années de braise de la décennie 90. Une période marquée par la montée du péril islamiste et par des actes terroristes qui auront fait, selon des sources, entre 60 000 et 150 000 morts, des milliers de disparus et 1 million de déplacés. En agitant ainsi l'épouvantail d'une nouvelle guerre civile, c'est une forme de chantage que fait l'armée qui se pose en garante de la stabilité et de la sécurité de l'Algérie.

Ce n'est hélas pas la première fois que le vice-ministre de la Défense effectue un tir de sommation, si l'on peut dire, même si la haute hiérarchie militaire s'est toujours défendue de s'ingérer dans les affaires politiques. Mais pas plus tard que le 26 février dernier, le général Gaïd Salah (encore lui) avait mis en garde contre les « appels douteux » qui poussent des Algériens « égarés » vers des « sentiers peu sûrs ». Si ça, ce n'est pas une prise de position politique, alors on ne sait pas ce que c'est.

La menace, on le voit, n'est même pas voilée et c'est à se demander qui, dans cette histoire, met en péril la sécurité et la stabilité du pays en s'engageant dans des sentiers peu sûrs. Ceux qui font un tir de barrage contre le cinquième mandat de l'actuel locataire du palais d'El Mouradia et qui réclament une cure de jouvence de tout le système politico-économique ? Ou alors les marionnettistes qui tirent les ficelles en coulisses et qui ont quasiment pris en otage un vieil homme de 82 ans très diminué depuis l'accident vasculaire cérébral dont il a été victime en 2013 ? Un vieillard qui, rappelons-le, n'a pas été en mesure de déposer lui-même son dossier de candidature puisqu'il a été évacué depuis une dizaine de jours dans une clinique suisse, sans doute pour un check-up de routine avant de se lancer dans le marathon électoral...

On ne le sait que trop. Ce qui se passe en Algérie est une bataille d'intérêts que tiennent à remporter le clan Bouteflika, la crème de l'armée et les grands patrons qui ont fait main basse sur l'économie. Mais il faudra bien plus que les menaces du généralissime pour faire rentrer les manifestants de plus en plus nombreux dans les rangs. La preuve, pendant qu'il tentait encore une fois de tenir les contestataires en respect, le général n'a pu empêcher des foules d'étudiants et leurs enseignants de déferler dans les rues de la capitale et à l'intérieur du pays pour dire encore une fois non à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika.

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