5 Mars 2019

Burkina Faso: Santé des femmes au Burkina - «Il y a une augmentation des complications liées à l'accouchement»

interview

A l'occasion de la Journée internationale de la Femme, Carnet de santé ouvre sa page à une grande dame, le Pr Blandine Bonanet Thiéba, chef du service gynécologie-obstétrique du centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo et enseignante à l'Unité de formation et de recherche en sciences de la santé, à l'université Ouaga I Joseph Ki-Zerbo. Avec cette experte de la santé féminine, nous faisons, dans cette interview, l'état des lieux de la santé des femmes au Burkina, des maladies les plus fréquentes rencontrées, des causes et de la prise la charge.

Depuis quand exercez-vous la profession de gynécologue ? Parlez-nous un peu de votre expérience.

Je suis devenue gynécologue-obstétricien en 1992, après une spécialisation au Sénégal. Je suis rentrée juste après au Burkina et la même année, j'ai commencé à travailler à la maternité du centre hospitalier Yalgado. En 1998, j'ai obtenu une place d'assistante pour enseigner à l'université et j'ai gravi progressivement les échelons à travers le concours d'agrégation. Depuis 2017, je suis le chef du département gynécologie-obstétrique dans les deux institutions.

Le service de gynécologie de l'hôpital Yalgado, que vous dirigez, a été, à un moment donné, fermé pour réfection. Maintenant qu'il est opérationnel, êtes-vous dans les conditions idéales pour une meilleure offre de soins ?

Dire que nous sommes maintenant dans les conditions idéales, c'est trop dire. Il y a juste eu une amélioration du cadre de travail. Dans notre service, nous admettons beaucoup de clientes et au regard de la lourdeur que la fermeture occasionnait au sein des systèmes de santé de la capitale, nous avons été contraints de rouvrir rapidement afin d'appuyer les autres structures qui étaient débordées. S'agissant des conditions de travail, comme disent les Mossis, « c'est bon mais ce n'est pas arrivé ».

Ce même service, notamment la maternité, a été le 20 février dernier distingué parmi les 10 personnalités les plus influentes en 2018 au Burkina par l'Intelligence burkinabè pour le développement. Comment vous appréciez cette reconnaissance ?

C'est exact. Notre département a été retenu comme personnalité influente de 2018. Nous apprécions cette distinction à sa juste valeur parce qu'au moins, c'est une preuve de reconnaissance. A l'époque, nous avions, dans le cadre de la gratuité, fait 25 césariennes par jour dans cette maternité si bien que des patientes opérées dormaient à terre par manque de lits. C'est d'ailleurs face à cette situation dégradante, et compte tenu des difficultés, que nous avons demandé une réfection de la maternité.

En tant que gynécologue, comment appréciez-vous l'état général de santé des femmes au Burkina ?

Il s'améliore dans la mesure où avec le système de gratuité des soins, il y a une meilleure accessibilité des femmes aux centres de santé. Cependant, nos services sont débordés. Ils n'ont pas été suffisamment appuyés en personnel et en matériel médical pour faire face à cette affluence qui contribue à augmenter la charge de travail des prestataires.

Quelles sont les maladies les plus fréquentes des femmes actuellement ?

Nous avons remarqué une augmentation des complications au cours des accouchements, liées notamment à l'hypertension artérielle associée à la grossesse et à d'autres problèmes tels que l'anémie. Côté gynécologique, les infections génitales sont aussi de plus en plus fréquentes. A ces maladies s'ajoutent les cancers du col de l'utérus et du sein qu'on dépiste beaucoup. Mais je dirai que grâce à l'accès aux services de santé, l'état de santé de la femme burkinabè s'améliore, car on peut poser facilement un diagnostic.

Et les kystes ainsi que les fibromes ?

Oui, ce sont des infections gynécologiques fréquentes. C'est presque des maladies de l'Africaine. Les femmes noires font en effet plus de fibromes que les Européennes.

Les fausses couches aussi...

Là, c'est parce que maintenant les femmes viennent avorter à la maternité (NDLR : il s'agit de l'avortement spontané, c'est-à-dire des grossesses qui n'arrivent pas à terme). Cela peut être dû aux perturbateurs endocriniens, qui jouent sur la fertilité en général et particulièrement sur l'évolution des grossesses. Les sachets plastiques sont en effet des perturbateurs endocriniens. L'organisme est régi par des hormones et il peut y avoir une perturbation desdites hormones, laquelle peut jouer sur la fertilité ou être à l'origine de la survenue de puberté précoce chez les enfants. D'autres pathologies également telles que le paludisme, les infections bactériennes et le diabète sont aussi diagnostiquées.

Certaines personnes accusent aussi notre alimentation, notamment la consommation des fast-foods et bouillons alimentaires. Est-ce fondé ?

Ce que je peux dire, c'est que l'alimentation est plus saine au village. En ville, avec le repas chaud qu'on met dans les emballages ou les ustensiles en plastique, les jus qui sont exposés à la chaleur, il y a risque de certaines maladies. Les assaisonnements très salés, mauvais pour la femme enceinte, peuvent entraîner une hypertension artérielle. Nous avons notre « soumbala » et d'autres épices qui sont sains. Je conseille de les utiliser à la place des assaisonnements dont nous ne connaissons pas très souvent la provenance.

L'utilisation de la contraception peut-elle entraîner la stérilité ?

Non, la contraception n'entraîne pas la stérilité. Une infection peut entraîner une obstruction des trompes. Et on a tendance à mettre ça sur le compte de la contraception. Mais ce n'est pas la contraception. Certaines contraceptions peuvent avoir des effets secondaires, mais ils sont vraiment minimes.

Un autre problème que vivent les femmes, ce sont les accouchements difficiles au point que le nombre de césariennes ne fait que grimper. En tant que praticienne, en avez-vous fait le constat ?

C'est vrai que le taux de césariennes est en train de monter mais quand nous rapprochons le nombre de césariennes que nous faisons dans nos hôpitaux actuellement au nombre d'accouchements dans la population générale, on constate qu'il n'est pas du tout élevé. Selon l'OMS, 10 à 15 % des accouchements doivent l'être par césarienne, mais ici nous n'avons pas encore atteint ce niveau. Ce qui fait que les gens pensent que le nombre est élevé, c'est parce qu'en ville les femmes ont plus accès à la césarienne. En effet, quand elles viennent et que le travail traîne, la maman souffre, le bébé souffre, ce sont des complications et on est alors obligé de faire une césarienne. Les femmes qui sont en campagne et qui n'ont pas accès à la césarienne, quand arrivent elles ont déjà rompu leur utérus et ça devient plus compliqué.

Vos conseils pour une amélioration de l'état de santé des femmes au Burkina.

Il faut mettre l'accent sur l'éducation sexuelle en milieu scolaire, qui doit se faire à la fin de l'école primaire et au secondaire. De plus en plus, les jeunes ont une sexualité précoce, ils sont exposés aux IST, aux VIH Sida et aux grossesses non désirées, qui peuvent avoir des conséquences néfastes. Il faut donc que les parents parlent aux enfants ou les orientent vers les structures de santé pour une sensibilisation.

Aux femmes je conseille de faire au moins une consultation gynécologique par an et de ne pas oublier de faire le dépistage du cancer du col de l'utérus, qui est gratuit. Elles doivent faire l'autopalpation des seins et lorsqu'elles constatent une petite boule ou toute autre anomalie, se rendre dans un centre de santé pour un diagnostic.

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