Guinée: 8 mars / Mme Aribot M'Mah Savané DG de l'ONSPA - « Les femmes ont des droits mais elles ne sont pas informées »

interview

Le mois de mars est considéré comme le mois de la femme. La journée de 8 mars est célébrée par l'humanité depuis 1977. La Guinée à l'instar des autres pays du monde célèbre cette fête depuis quelques années.

Notre rédaction a décroché une interview avec la directrice générale de l'Office National de Contrôle Sanitaire des Produits de la Pêche et de l'Aquaculture (ONSPA).

Mme Aribot M'Mah Savané a profité de l'occasion pour lancer un message fort aux femmes de Guinée, elle a déploré aussi des violences faites aux femmes dans la société et l'adoption de la polygamie par les députés du pays.

 L'humanité célèbre dans quelques jours, la journée internationale de femme le 8 mars prochain, en tant que femme dite-nous quels sont le sentiment qui vous anime par rapport à cette fête ?

C'est un sentiment de joie et de fierté par rapport à cette fête. La joie parce que comme toute fête, quand on fait la fête on est joyeux.

La fierté parce que cette fête apporte de la considération à la femme, elle permet de prendre en considération les problèmes des femmes. Une de plus de faire en sorte que les femmes puissent jouir de leur droit au tant que les hommes.

 Selon vous quelle est la place de femme dans une société ?

Mme Aribot M'Mah : Moi j'estime que la femme doit occuper toutes les places au sein de la société parce qu'elle est le baromètre de la nation. On ne peut rien faire sans passer par la femme.

C'est elle qui donne la vie. C'est elle qui donne l'éducation aux enfants, c'est elle qui permet l'équilibre de la société.

Nous constatons que des violences faites aux femmes sont devenues très récurrentes en Guinée, quel est votre regard face à cette situation ?

Beaucoup de femmes sont souvent victimes de ce fléau. Il y a les violences physiques, comme les viols, les violences physiques comme ce que les hommes font à leurs femmes, en les battants dans les foyers. Mais il y a les violences morales aussi.

Moi souvent, on parle de l'excision, des violences physiques mais il y a des violences morales qui sont encore plus grave que les violences physiques.

Parce qu'imaginez-vous une femme qui a vécu avec son mari pendant des années, le mari meurt et on la dépouille de tous les biens de son mari. Et c'est ce qui se passe dans nos sociétés.

Dans beaucoup de familles, une fois que le mari meurt, on retire à la femme tous les biens. Non seulement le matériel parfois même les enfants. Dès fois si ce n'est pas une femme lettrée, elle n'a accès à aucun document de son mari.

Il y a beaucoup de femmes aujourd'hui, elles ont perdu leurs maris, elles n'arrivent même pas à avoir la pension de leurs maris au niveau du ministère des finances parce qu'elles n'ont aucun document administratif du mari, tout se trouve confisquer au niveau de la famille du mari.

Et une fois que le mari meurt, les enfants sont à sa charge, si elle refuse d'épouser le frère ou bien un cousin du mari, toute la famille l'abandonne, on lui laisse les enfants, elle est obligée de faire tout pour élever les enfants et après on dit c'est sont nos enfants, c'est la solidarité au niveau des familles africaines, telle n'est pas le cas.

Vous avez des femmes aussi, elles font tout pour leur mari, le mari une fois accédé à un certain pouvoir, il n'a plus de considération pour cette femme et c'est encore pire quand la femme ne fait pas d'enfant.

Aujourd'hui, si tu n'as pas d'enfant dans le foyer, tu n'as droit à rien. Il y a beaucoup de femmes qui sont confrontées à ce problème.

Donc, on doit réfléchir à cela ou bien s'il y a le divorce, le mari ne donne pas la pension. C'est en Guinée seulement où on voit qu'une femme divorce et le mari ne donne pas la pension. Ce n'est pas normal.

Quand une femme est divorcée, elle a des enfants à sa charge, le mari doit donner la pension. Ici on ne le fait pas.

Il y a quelque chose que moi je voudrai qu'on révise au niveau de la fonction publique, les allocations familiales sont données aux hommes, ce n'est pas normal. Les allocations familiales ce qui concerne les enfants, on doit les donner à la femme. Parce que c'est elle qui a en charge des enfants.

Quand le mari, épouse une femme, deux femmes jusqu'à trois ou quatre, la plus part il épouse beaucoup de femmes, il n'a pas les moyens de subvenir aux besoins ni seulement de ses femmes ni de ses enfants, chaque épouse a la charge de ses enfants.

Donc, si elle a au moins les allocations pour les enfants qu'elle a mis au monde, elle peut vraiment s'occuper bien de ses enfants en plus de ses maigres revenus.

 Récemment sur cette polygamie dont vous faite allusion, les députés de l'assemblée ont voté une loi qui légalise la polygamie en Guinée, quel est votre point de vu par rapport à ça ?

Parfois, je ne comprends pas notre société en Guinée. On dirait que nous marchons en reculons. Moi je me rappelle bien au temps de la révolution, il y avait une loi sur la polygamie.

Il y avait la monogamie mais l'homme avait la possibilité de prendre une deuxième épouse, trois jusqu'à quatre épouses mais seulement avec l'approbation de la première, il faut que la première accepte.

A l'époque, si par exemple la première femme accepte, il faut qu'elle signe, qu'elle fasse un document comme quoi, elle a accepté que son mari prenne une deuxième femme, elle signe, on fait contresigner par le chef de quartier, c'est avec ce document que le mari ira à la commune pour signer avec une deuxième femme.

Mais aujourd'hui, j'ai l'impression que nous sommes en train de perdre nos pouvoirs tant que femme.

On n'est pas contre la polygamie, on est contre les conséquences de la polygamie. La façon dont les hommes se comportent quand ils sont polygames, c'est ce qui amène la haine dans les familles.

Même après le décès du mari, les femmes ne s'entendent pas, les enfants non plus. Il y a la haine au niveau de la famille.

Moi je ne suis pas pour la polygamie et si il y a polygamie, je veux qu'il y ait le consentement des femmes, qu'elles acceptent d'avoir une coépouse, qu'elles s'engagent à l'avoir et qu'elles s'engagent à aider le mari à gérer la situation.

Si cela ne figure pas dans cette loi, j'aimerai vraiment que les députés revoient cette loi et qu'ils l'introduisent dedans.

D'après vous qu'est-ce qu'il faut faire pour lutter contre tous ces fléaux qui gangrènent aujourd'hui dans la société du côté féminin ?

Pour lutter contre tous ces fléaux, il faut une éducation des femmes. Il faut qu'on éduque les femmes depuis l'école primaire jusqu'à dans les universités qu'elles connaissent leur droit.

Les femmes ont beaucoup de droit, même au sein de nos religions, les femmes ont des droits mais elles ne sont pas informées et elles ne savent pas à quel niveau se plaindre pour réclamer leur droit, elles ne le savent pas.

On a inculqué à la femme qu'il faut vraiment obéir pour que les enfants réussissent. Ce n'est pas tout, il ne s'agit pas d'obéir aveuglement, de se soumettre aveuglement à tout ce qu'on vous impose.

Si quelque chose ne va pas, vous n'arrivez pas à supporter, il faut l'exprimer, dites ça je ne peux pas le supporter.

Donc, il faut que les femmes soient bien éduquées, qu'on explique les droits des femmes, qu'elles comprennent, c'est quoi leur doit et leur devoir parce que les deux vont ensemble.

Je crois qu'avec l'éducation, elles pourront comprendre et pouvoir lutter contre toute discrimination à leur niveau.

Aujourd'hui, la scolarisation de la jeune fille fait défaut, quel conseil avez-vous pour que cela soit l'une des priorités dans la société ?

A notre temps, on nous encourageait beaucoup à l'école, il fut un moment quand on passait le bac, les filles avaient deux point de plus que les garçons, tout ça, c'était pour inciter les filles à travailler davantage et qu'il y ait un grand nombre de fille au niveau des universités.

Moi je crois qu'aujourd'hui, beaucoup de fille ont compris l'importance de l'éducation et je demande aux autorités de persévérer et d'encourager les filles et je demande aux parents de mettre les filles à l'école.

Aujourd'hui, la plupart dans des familles, c'est les filles qui s'occupent mieux de leurs parents que les garçons. Il y a l'émulation au niveau des filles au sein d'une famille. Les garçons, difficilement, ils arrivent à s'en sortir. Même quand vous regardez en ville, vous verrez des jeunes diplômés sans emploi.

Ou bien qui sont déjà dans les universités, les filles après l'école, elles sortent pour faire le petit commerce pour s'en sortir.

Rarement, les garçons font cela. Donc, les femmes ont compris, il faut qu'on les accompagne, il faut que l'Etat fasse beaucoup plus pour les filles et que les parents acceptent de mettre leurs filles à l'école. De ne pas faire sortir les filles à l'école et les donner en mariage très tôt.

Il faut attendre que la fille murisse, qu'elle ait son diplôme. On a toujours dit que le premier mari de la femme c'est son diplôme ou son métier. Si la femme a un métier, elle peut mieux aider son mari dans le foyer et aider sa famille.

Le président Alpha Condé a dédié son mandat aux jeunes et aux femmes, quel est votre avis ?

Par rapport à ça, je vois que le président a beaucoup fait pour les jeunes et pour les femmes. Les jeunes avec le programme de financement de leurs projets, au niveau du ministère de la jeunesse, il y a une direction qui s'occupe de ça.

Ensuite pour les femmes, il a ouvert les MCD et les Microfinances pour les femmes. Mais j'aimerai qu'on trouve aussi des microfinances pour les jeunes garçons aussi.

Le problème est que pour ces structures avent de les ouvrir, il faut cotiser, mais les cotisations, est-ce que les garçons peuvent l'avoir. Ça aussi, c'est un problème mais qu'on leur fasse confiance.

Quand ils ont un projet, qu'on ne mette pas leur projet de côté. Quand ils déposent un projet, qu'on fasse de sorte que l'enfant puisse avoir les financements pour son projet.

Aujourd'hui, il y a beaucoup de jeune qui ont des projets mais il y en a qui n'ont pas l'accès au financement. Je pense que le président de la République doit faire d'avantage, il a beaucoup fait mais il reste encore à faire parce qu'on a beaucoup de jeunes qui sont encore au chômage.

 Le service que vous dirigez (ONSPA), s'occupe du contrôle qualité du poison, comme vous le saviez bien, le poison est utilisé à 90% par les femmes, dans ce sens quel conseil avez-vous à donner aux femmes ?

Les conseils que je donne aux femmes marieuses d'abord parce que c'est elles qui vendent le poison en détail aux autres femmes qui vont dans les marchés, je leur demande de se rapprocher de notre service pour qu'on puisse les expliquer comment conservez le poison.

Parfois, elles vendent des cartons qui sont mouillés aux femmes et dès fois, elle ne se prête pas au contrôle, nos inspecteurs ont dès fois du mal à contrôler le poison au niveau des femmes marieuses, qu'elles acceptent de laisser les gens travaillés, contrôlés les poisons pour ne pas que les poisons qu'elles vendent soit des produits de mauvaise qualités dont la consommation peut nuire à la santé de toute la population et de revoir un peu les prix.

Non seulement, le prix du producteur et le prix du marieur parce que c'est la seule protéine qui est accessible à tout le monde. Et si ça devient chère, les gens n'ont pas assez de moins, ça peut provoquer la famine et d'autres maladies.

Merci Mme d'avoir accepté notre interview

C'est à moi de vous remercier, vous et votre organe qui m'ont permis de m'exprimer sur ce sujet important.

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