8 Mars 2019

Sénégal: Absence et impraticabilité des toilettes dans les écoles - Un handicap à la scolarisation des filles

La célébration de la Journée mondiale de la femme est l'occasion de s'intéresser aux questions féminines dans la société. Victimes de plusieurs abus, les femmes sont souvent handicapées par un environnement inadapté. C'est le cas des élèves qui n'ont pas très souvent des toilettes praticables et adaptés dans leurs établissements scolaires. Un motif d'abandon scolaire dans certaines situations

L'eau insalubre et les mauvaises conditions d'hygiène ont également un impact négatif sur la fréquentation scolaire et les capacités d'apprentissage des enfants en âge d'être scolarisés, en particulier des filles, déplore le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (Unicef) sur son site internet.

L'organisation onusienne trouve que si les écoles ne sont pas équipées d'installations sanitaires adéquates, les filles n'y vont pas, dans beaucoup de cas. Ce même constat est fait par WaterAid.

Directeur de projet à cette organisation, Mbaye Mbéguéré, tout en jugeant que la problématique de l'accès des toilettes est mondiale et criarde, s'indigne du fait que beaucoup de filles ont des difficultés dans les écoles parce qu'il n'y a pas de toilettes fonctionnelles.

Il trouve, dès lors, que les organisations internationales et les Etats devront travailler à résoudre les problèmes d'assainissements dans les établissements scolaires.

Car, relève-t-il, dans les écoles, il n'y a pas de toilettes ou, s'il en existe, elles ne sont pas adaptées au besoin des filles.

Au Sénégal, une visite dans les établissements scolaires «permet de se rendre compte que tantôt il y a des toilettes en milieu urbain, au niveau rural on se rend compte qu'ils n'en existent pas», signale Mbaye Mbéguéré.

Par contre ajoute-t-il, s'il en existe, «aucun mécanisme n'est mis en place pour entretenir correctement les toilettes.

Ce qui fait, à la limite, qu'elles n'y sont que physiquement et ne servent à rien». L'impraticabilité des toilettes a des conséquences désastreuses sur la scolarisation des jeunes filles. «Par exemple, en état de menstrues, les filles se rendent compte que rien a été prévu pour cette perspective.

Alors, elles s'absentent pendant longtemps de l'école. Le nombre d'heures qu'elles perdent à cause de manque d'assainissement porte préjudice à la qualité de l'enseignement qu'elles vont recevoir», ajoute-t-il.

Le directeur projet de WaterAid trouve qu'étant un droit décrété par les Nations Unies, et reconnu par les Etats, c'est important que l'accès à l'assainissement soit une garantie.

L'Unicef est d'avis aussi que les installations sanitaires bien tenues et utilisées correctement, un approvisionnement adéquat en eau et une éducation en matière d'hygiène dans les écoles, sont autant de facteurs qui contribuent à l'éducation primaire universelle et à l'égalité des sexes en particulier des filles.

LE MANQUE D'HYGIENE A L'ECOLE, UN FACTEUR D'ABANDON SCOLAIRE

Pour la chargée des politiques et du plaidoyer à WaterAid, Marie Louise Diouf Cissé, une femme qui n'a pas accès à des toilettes adaptées, va forcément rater les cours et avoir des difficultés à se rattraper et cela joue sur le maintien des filles à l'école.

A cause de l'impraticabilité ou de l'inexistence des toilettes, les filles ont tendance à aller en dehors de leurs établissements scolaires; ce qui constitue un risque car, elles peuvent être victimes de viols, de harcèlement sexuel ou d'accidents. Selon Marie Louise Diouf Cissé, il est important d'avoir des toilettes et de les maintenir propres.

Mieux, conseille-t-elle, il faut des cours sur l'hygiène surtout que les filles ont maintenant leurs menstrues très tôt.

Afin de mieux garantir l'accès des couches vulnérables comme les filles à un service d'hygiène de qualité, Mbaye Mbéguéré soutient qu'il faut faire comprendre aux Etats que l'assainissement est un droit.

En conséquence, ils doivent travailler à intégrer ce droit dans leurs politiques. Il ne doit plus être une simple référence dans la constitution, mais un acquis pour toutes les couches sociales.

A en croire le chargé de projet à WaterAid, il y a lieu pour la société civile d'aider les populations à comprendre que l'accès à l'eau et à l'assainissement est un droit qu'il revient aux gouvernements de prendre en charge.

Les bailleurs de fonds doivent aussi exiger qu'une attention soit accordée au genre dans les politiques étatiques. «Il faudrait que les bailleurs de fonds qui mettent beaucoup d'argent dans l'assainissement, considèrent l'accès des femmes aux toilettes comme quelques choses de très important.

Qu'on en fasse une conditionnalité lorsqu'il s'agit de financer des programmes d'assainissement», plaide-t-il.

Pour une meilleure prise en charge des intérêts féminins, il faut qu'également les femmes aient accès aux instances de décision. «Les décideurs sont, pour la plupart, des hommes.

C'est une bataille à mener pour que les femmes soient présentes aux organes de décisions les concernant.

Si les hommes qui sont dans les sphères de décisions ont du mal à aborder ce phénomène, il y aura des difficultés à formuler des solutions», a dit Mbaye Mbéguéré, répondant à la prise en charge de l'hygiène surtout en période de menstrues.

Sénégal

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