8 Mars 2019

Congo-Kinshasa: Le Parlement à l'heure des mutuelles familiales

Institution constitutionnellement chargée du contrôle de l'Exécutif national, le Parlement congolais est en passe de se transformer en un conglomérat de mutuelles familiales. Une pratique rétrograde, qui a pris timidement corps en 2011, après la révision constitutionnelle ayant fait du député national et du sénateur le « propriétaire exclusif » de son mandat pendant cinq ans, qu'il peut confier à son suppléant et récupérer quand il veut, et consiste à aligner, dans la « case » des suppléants, membres de famille biologique.

C'est ainsi que l'on assiste, désormais, à des cas typiques de remplacement d'un député national ou d'un sénateur appelé à des fonctions incompatibles avec son mandat par son épouse, son fils, son frère, sa sœur, son neveu, sa nièce, son oncle, sa tante, sa belle-sœur, son beau-frère, son beau-fils, sa belle-fille. Il est devenu courant de rencontrer des cas des couples des députés et sénateurs ayant pour suppléants et assistants parlementaires leurs propres enfants ou des membres de leurs clans.

Les mœurs politiques du moment veulent que les mandats électifs soient désormais des opportunités d'enrichissement des membres des familles et clans des élus, totalement pris en charge par le Trésor public. Au lieu de viser la défense des intérêts de sa « base », de son territoire, de sa ville ou de son pays, le sénateur ou le député se bat à présent pour le bien-être social de tous et toutes ceux qui ont des liens de sang avec lui, oubliant sa mission fondamentale de « sentinelle » du pouvoir exécutif et de porte-parole de la cité.

Au fil du temps, la démocratie est en train d'être galvaudée et transformée en source d'enrichissement des « mutuelles familiales ». Détenteurs des mandats électifs et partant d'importants moyens de financement des campagnes électorales, les députés nationaux et sénateurs, ainsi que les membres de leurs familles, sont en train de prendre progressivement en otage les institutions de la République. Mine de rien, la bourgeoisie politique familiale est devenue la principale force politique du pays.

Nombre d'observateurs pensent qu'à l'instar des inquiétudes suscitées par le monnayage, par les députés provinciaux, des votes des gouverneurs de provinces et sénateurs, au point que le Chef de l'Etat s'est même invité au débat, en proposant les suffrages universels directs en lieu et place d'élections indirectes, la question de la mutation des mandats électifs nationaux en mandats familiaux ou claniques devrait interpeller le législateur. D'aucuns pensent que des garde-fous puissent être absolument placés dans la Constitution et, par ricochet, dans la loi portant création, organisation et fonctionnement des partis et regroupements politiques, dans le sens de l'interdiction, pour les candidats à la députation nationale, à la députation provinciale et aux sénatoriales, d'avoir pour « suppléants » des personnes ayant, avec eux, des liens de sang. Le fait, pour un député national, un député provincial ou un sénateur, de léguer son siège à son épouse, à ses enfants, à ses frères et sœurs, à ses oncles et tantes, aux membres de sa belle-famille est une caricature de la démocratie. Les « mutuelles familiales » commencent à heurter tellement les consciences qu'elles risquent d'engendrer des frustrations de nature à créer des fractures sociales fort dangereuses pour la cohésion nationale.

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