9 Mars 2019

Congo-Kinshasa: Le karaté comme thérapie pour des Congolaises victimes de violences

interview

Laurence Fischer, triple championne du monde de karaté, accompagne les femmes traumatisées suite à des violences à travers son association Fight for Dignity. Marquée par sa rencontre avec le docteur Denis Mukwege, le prix Nobel de la paix en 2018, elle s'investit en République démocratique du Congo auprès des femmes touchées par ces violences.

Avec RFI, elle explique comment la pratique du karaté aide les Congolaises « à se réapproprier leur corps et à leur faire accepter que ce corps, même s'il leur a fait mal, leur est aussi utile ».

Laurence Ficher, comment avez-vous décidé de vous intéresser aux femmes battues ou violentées notamment dans les pays étrangers comme la RDC ?

Cela a commencé avec ma première expérience en 2005. J'étais encore athlète et dans le cadre de ma formation à l'École supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec), j'ai passé un mois à Kaboul pour voir en quoi consistait un programme avec une Ong à l'international.

Plus tard, j'ai fait la rencontre du Docteur Mukwege au Forum mondial des femmes francophones en 2016, il a témoigné de son travail auprès des femmes de son pays où le viol est utilisé comme arme de guerre.

Cet échange m'a fait prendre conscience de tout le background que j'avais de l'expérience activiste d'éducation par le sport.

Je me suis dit, je vais aller en RDC, tout ce que j'ai fait, je vais le mettre au service de ces femmes en recrutant un enseignant pour que l'activité soit régulière auprès de ces femmes extrêmement vulnérables. J'ai commencé à travailler avec des femmes en convalescence qui avaient entre 12 et 18 ans.

Elles ont un enfant issu de viol, elles ont le sida ou elles ont l'opération chirurgicale qui a mal fonctionné.

Le docteur Mukwege a mis en place une structure où les femmes ont accès au médical, aux psychologues, à l'école gratuite, à des formations professionnelles, à la musicothérapie, et moi je suis arrivée avec le karaté.

« Elles sont sereines »

L'idée de départ, c'est de permettre à ces femmes de se réapproprier leur corps et pas simplement de travailler sur les souffrances psychologiques qu'elles ont pu endurer

La réappropriation du corps passe par le fait de le reconnecter au mental. De le voir non plus comme la source de souffrance mais comme un moyen de résilience. Donc, il faut faire cet aller-retour entre le psychologique et le corps. Comment ?

Simplement en mettant le corps en mouvement, en valorisant les femmes dans leurs pratiques, en leur faisant prendre conscience de ce qu'elles sont et de ce qu'elles arrivent à faire. Il faut travailler beaucoup sur la respiration, sur les muscles périnéaux.

Dans la spécificité du karaté, c'est donner un coup de poing, faire un cri, faire sortir l'émotion différemment. Le karaté permet des échanges entre les femmes et les rend conscience de cette solution positive.

Que vous disent ces femmes congolaises sur vos enseignements ?

Elles aiment ce qu'elles font. C'est un moment aussi où elles oublient le traumatisme. Elles sont moins en colère ou bien elles arrivent à identifier la colère.

Du coup, elles ont des réactions à l'autre beaucoup moins agressives. Elles sont sereines. Mais pour avoir survécu à ce qu'elles ont vécu, les vraies championnes ce sont elles.

Aujourd'hui, vous avez lancé une campagne de financement participatif. En quoi cela consiste ?

Nous avons lancé une campagne de financement participatif. Parce qu'il y a urgence d'abord dans l'accompagnement des femmes et ensuite parce que cela fonctionne. On apporte vraiment une solution, on a lancé la recherche pour mesurer l'impact de la pratique et mettre en place une méthodologie.

On part sur deux ans et on a même fait une phase préparatoire cette année. Il faut qu'on amène de la qualité, on a besoin de comprendre par où ça passe chez ces femmes pour que la pratique du karaté - et d'autres disciplines on l'espère- soit efficace au moment où ces femmes s'accordent ce temps pour aller mieux.

La campagne de financement participatif nous permettra aussi de faire de la formation de formatrices, de les rémunérer, d'accompagner en RDC les survivantes qui vont aller enseigner à Kivu, à Bukavu ou à Goma dans leur village.

Ce que nous mettons en place doit être accessible à davantage de personnes car ça fonctionne, mais pour cela, nous avons besoin de moyens.

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