Algérie: Candidature Bouteflika - Le pouvoir menace, la rue continue de gronder

Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika

C'est un 8-Mars un peu particulier qui s'est fêté cette année en Algérie. La 162e Journée internationale de la femme coïncidait en effet avec le troisième vendredi de mobilisation contre le cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika, conférant ainsi au mouvement une petite touche de douceur et un supplément de revendications féministes comme celle liée au Code de la famille.

Combien étaient-ils dans les rues d'Alger, d'Oran, de Constantine, de Tizi-Ouzou, de Ghardaïa, etc, à monter à l'assaut de la forteresse jusque-là imprenable du FLN ? Des centaines de milliers ? Plus d'un million ? Une chose est sûre, le désormais traditionnel rendez-vous de ce vendredi a rallié plus de monde que les fois précédentes.

Une véritable marée humaine qui a, au passage, servi une belle leçon de citoyenneté et de discipline républicaine puisque les honnêtes manifestants ont même appréhendé et remis à la police des casseurs en puissance, peut-être stipendiés par le pouvoir pour discréditer des manifs qui frappent par leur exemplarité. Même qu'une brigade écologique a été mobilisée pour nettoyer les rues dans le sillage des marcheurs. De quoi inspirer les Gilets jaunes français !

La rue algérienne gronde donc, plus tonitruante que jamais, mais le locataire du palais d'El Mouradia reste sur sa chaise de fer, sourd à toutes les supplications et imprécations de ceux qui le conjurent, même dans sa propre équipe, de ne pas disputer le match de trop . En vain.

Ni les démissions de députés du Front de libération nationale, un parti dont d'autres vénérables représentants, parmi lesquels le maire de Constantine, s'étaient déjà démarqués du régime en défilant avec les croquants ; ni la vague de démissions au Forum des chefs d'entreprises traditionnellement acquis au régime ; ni la démarcation de la puissante organisation des moudjahidines, les anciens combattants de la guerre de libération ; ni le désaveu du patron de l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA) par des branches entières de la centrale historiquement vouée corps et âme au FLN ne sont pour le moment parvenus à faire plier la Maison Bouteflika, qui crie à la conspiration, agite l'épouvantail du retour aux années noires de la décennie 90, menace et interpelle par cargaisons entières.

Dernier pare-feu en date, les congés universitaires ont été avancés de deux semaines et seront prolongés de deux autres semaines pour briser le fer de lance de la contestation, les étudiants étant en première ligne des refusards. Mais comme autant de cataplasmes sur une jambe de bois, on a bien peur que cette mesure ne serve pas à grand-chose si ce n'est à braquer davantage les pensionnaires des campus qui, au lieu de les déserter, ont du reste décidé d'y tenir des sit-in. Et des enseignants ont annoncé qu'ils continueraient à dispenser les cours.

En fait, le bon sens et la raison auraient commandé que, courageusement, les autorités algériennes arrêtent cette fuite en avant qui ne mènera nulle part si ce n'est au chaos dont parlent justement le chef d'état-major général des armées et toutes ces huiles de la nomenklatura qui ont intérêt au statu quo. La solution la plus sage pour sortir de l'impasse serait que la présidentielle du 18 avril soit reportée pour permettre au FLN, qui n'était certainement pas préparé à une telle levée de boucliers, de se trouver un candidat autre que l'indésirable Boutef mais aussi à l'opposition de revenir dans le jeu démocratique qu'elle a décidé de déserter pour ne pas servir de faire-valoir à un scrutin joué d'avance.

C'est la seule issue qui vaille car si, comme on peut le craindre, le sang devait commencer à couler, la mare rouge qui séparerait alors les différents protagonistes rendrait la situation encore plus inextricable.

Alors que la citadelle est cernée de l'extérieur depuis plusieurs semaines et maintenant minée de l'intérieur, ceux qui font dire au vieillard pétrifié de 82 ans ce qu'il n'a peut-être pas dit sauront-ils faire une lecture lucide du rapport de force pour éviter la défenestration pour avoir refusé de sortir par la porte, si petite soit-elle devenue ? En tout cas les autistes qui, avant eux, se sont piqués de défier leur propre peuple s'en sont souvent mordus les doigts et il n'y a aucune raison que cette règle ne s'applique pas au grabataire de la Zéralda.

Après un séjour médical de deux semaines en Suisse pour « des examens périodiques », l'illustre patient est rentré hier, selon des sources officielles. Lui qui n'avait déjà pas pu battre campagne il y a cinq ans mais qui était néanmoins passé comme une lettre à la poste a-t-il été suffisamment requinqué pour pouvoir aller encore au charbon et diriger dignement s'il venait à être réélu ?

On peut raisonnablement en douter ; or l'Algérie mérite mieux que le spectacle pitoyable de cet octogénaire perclus depuis son AVC en 2013 qui n'est plus tout à fait en possession de tous ses moyens et que des avocats demandent carrément de mettre sous curatelle. Quand donc, diantre, les sinistres et cyniques metteurs en scène de cette tragédie-comédie vont-ils en écrire l'épilogue ?

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Plus de: L'Observateur Paalga

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