10 Mars 2019

Ile Maurice: Palmar Ltée - Licenciée, Varoona a du mal à recoudre les morceaux

Elle fait partie des 1 300 licenciés de Palmar Ltée. Elle de ceux qui se sont rendus au bureau du Premier ministre, jeudi, en espérant que ce dernier allait les recevoir. En vain. Depuis qu'elle a été licenciée, cette mère de famille ne sait plus quoi faire, vers qui se tourner. Alors, elle frappe aux portes pour essayer de trouver un autre travail...

Ses traits sont tirés, la fatigue et le désespoir se lisent sur son visage. Depuis qu'elle a été licenciée, Varoona Bodi Reddy n'est plus la même personne. Déboussolée, cette femme de 54 ans a perdu sa joie de vivre habituelle. Jeudi, en compagnie de ses camarades d'infortune, l'ancienne employée de Palmar Ltée s'est rendue au bureau du Premier ministre pour réclamer une compensation salariale. Mais son attente a été vaine. Depuis, elle ne dort plus, a perdu l'appétit. Elle a un goût d'amertume dans la bouche.

«Nou, nou finn aprann enn métié. Mo pa anvi mo zanfan vinn kouma mwa... »

La colère et le sentiment d'injustice se sont mus en désespoir, en nostalgie aussi. Varoona a passé pratiquement la moitié de sa vie chez Palmar Ltée... Se retrouver sans travail, surtout à cet âge, par les temps qui courent, elle n'y avait jamais songé, même pas dans ses cauchemars les plus fous. «Kouma mo pou fer ? Ki sannla pou anplway mwa aster ? Mo'nn vinn dan laz... »

Les souvenirs l'assaillent, un sourire triste se dessine au coin de ses lèvres. C'est dans les années 80, alors qu'elle a 17 ans, que Varoona découvre le monde du travail. Elle est bonne à tout faire chez un député. Mais la jeune femme aspire à autre chose. De fil en aiguille, elle fera connaissance avec le monde du textile. À l'époque, le secteur était en plein essor, offrant de belles perspectives. Varoona rêve d'une vie meilleure. D'un salaire qui leur permettra, elle et les siens, d'envisager la vie plus sereinement.

D'autant plus que son grand frère est déjà employé dans une usine. Il est, à l'époque, livreur de tissus. Quelque temps plus tard, Varoona enfile le tablier et s'empare des ciseaux avant de devenir machiniste. La vie la traite plutôt bien.

En 2000, elle rencontre sa moitié. Avec son mari, ils sont comme «kalson ek simiz». Ils habitent une maison en tôle. Mais au fil des ans, en économisant sou après sou, Varoona parvient à s'offrir un toit en béton. «Tousala sé gras a mo travay lizinn sirtou», son époux, homme à tout faire, n'ayant pas d'emploi fixe.

De cette union, naîtront deux filles.Aujourd'hui, l'aînée a 15 ans. Et l'autre est âgée de 13 ans. Cette dernière souffre d'une carence an albumine (NdlR, la protéine la plus présente en quantité dans le sang. Une baisse du taux d'albumine peut être le signe d'une insuffisance hépatique, d'une dénutrition ou plus rarement d'une insuffisance rénale) et doit recevoir des soins régulièrement. Les deux collégiennes prennent des cours particuliers, car «mo anvi mo bann zanfan aprann bien, ki zot rési», avoue Varoona. Le problème, c'est encore et toujours les finances...

Perdue dans ses pensées, Varoona redescend subitement sur Terre. La réalité, elle la prend en pleine face. Elle est au chômage. Comment faire pour subvenir aux besoins de ses filles ? Comment faire pour payer les dettes, les factures, la nourriture ? Elle ne sait pas, ne sait plus. Elle a également une belle-soeur malade et handicapée, alors que sa belle-mère, âgée de 90 ans, souffre de troubles de vision. «Kouma pou fer la ?», répète-t-elle sans cesse, avec des trémolos dans la voix.

À Palmar Ltée, elle touchait Rs 8 000. Pas de quoi faire des folies certes, mais de quoi vivre décemment, en ajoutant le salaire de son mari - quand il a du travail. Ce qui l'inquiète le plus, ce sont ses filles, leur éducation. «Nou, nou finn aprann enn métié. Mo pa anvi mo zanfan vinn kouma mwa... »

Ce que souhaite cette maman, c'est que ces filles aient le choix, qu'elles puissent trouver un travail gratifiant et bien payé, qu'elles puissent retrouver du travail facilement si jamais... Si jamais elles se retrouvent, comme elle, au chômage.

Ce mot résonne comme un coup de massue dans la tête de Varoona. Elle se dit également qu'elle ne verra plus ses collègues, qu'elle a côtoyés pendant ces longues années. «Ti kouma mo fami sa... » L'économie, les difficultés que rencontrent les parents, les finances sont des concepts abstraits pour cette dame qui n'y comprend pas grand-chose.

Tout ce qu'elle sait, c'est qu'elle doit retrouver du travail au plus vite. Elle a déjà commencé, d'ailleurs, à frapper à plusieurs portes. Non, elle la «ti dimounn», elle ne peut pas se permettre de rester au chômage.

Au chômage...

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