12 Mars 2019

Sénégal: Lutte contre la coupe abusive de bois - Quand l'etat fait dans la riposte

Le gouvernement a pris des mesures pour lutter contre la coupe abusive de bois en Casamance. Cependant, les décisions majeures ne sont prises qu'en réaction à des évènements particuliers et parfois malheureux, comme la sortie de l'ancien ministre de l'Ecologie Aly Aïdar, en 2016, dénonçant l'ampleur du trafic de bois dans la région sud ou à la suite de la tragédie de Boffa-Bayotte qui a eu comme conséquence la mort de plusieurs exploitants forestiers.

Il est attendu de Macky II des mesures énergiques, en renforçant les moyens humains et matériels des agents de l'Etat en charge de combattre ce fléau qui est en train de décimer l'une des dernières réserves de forêt du Sénégal.

La coupe abusive de bois a été, ces dernières années, une grande préoccupation dans la région sud du pays. Mais c'est en mai 2016, après la sortie de l'ancien ministre en charge de l'Environnement, Aly Aïdar, qui, lors d'une conférence de presse, a dénoncé la coupe et le trafic illicite de bois de vène, dans les villages situés le long de la frontière avec la Gambie, au Sud du Sénégal, que l'Etat du Sénégal a décidé de prendre à bras-le-corps le phénomène.

Aly Aïdar fustigeait, à l'époque, le fait que de puissantes sociétés étrangères s'adonnent à cette pratique.

«Le résultat de ce trafic est que, disait-il, le Sénégal a perdu plus d'un million d'arbres depuis 2010, tandis que les exploitants basés en Gambie ont empoché près de 140 milliards de francs CFA, en exportant ce bois vers la Chine.»

Pis, cette coupe abusive de bois est à l'origine d'une déforestation avancée dans la partie sud du pays, l'une des dernières réserves ligneuses du Sénégal, avait expliqué Aly Aïdar.

A la suite de ce constat effarant de l'écologiste, le président de la République, Macky Sall a réagi. En effet, en juin de la même année, trois ministres de la République, Augustin Tine en charge des Forces Armées, Abdoulaye Daouda Diallo, ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique d'alors et Abdoulaye Bibi Baldé, ministre de l'Environnement et du Développement durable de l'époque avaient été dépêchés en Casamance.

«Les pouvoirs publics sénégalais sont décidés à mettre fin, d'ici quelques jours, à la coupe abusive de bois dans la région de Kolda», avait assuré Augustin Tine.

Qualifiant d'inadmissible l'ampleur du phénomène, le ministre des Forces Armées, avait annoncé que des mesures coercitives allaient suivre pour mettre fin à cette situation déplorable.

La riposte prévue a été le déploiement de l'Armée de long des villages frontaliers avec la Gambie. Une accalmie a été notée après la venue des soldats. Mais, le trafic n'a pas pris fin. A l'aide de charrettes et de motos, les braconniers ont continué à brader la ressource forestière.

LE DRAME DE BOFFA, UN REVEIL DE PLUS

Même si la pratique nébuleuse s'est faite dans une grande discrétion, les braconniers ont continué à mener leurs activités.

Le drame de Boffa-Bayotte, avec la mort de plusieurs personnes, est venu remettre au-devant de la scène l'épineuse question de la coupe de bois en Casamance.

A la suite du drame, le ministre de l'Environnement et du Développement durable, Mame Thierno Dieng, a fait part des décisions gouvernementales pour combattre le trafic.

Il s'est agi de la réforme de la loi régissant le secteur, par l'adoption d'un nouveau Code forestier censé durcir l'arsenal juridique de répression du trafic de bois.

Ce, par le renforcement du quantum (durcissement) des peines encourues par les trafiquants et la création de nouveaux délits aggravés que sont le trafic international de bois et l'association de malfaiteurs portant sur le trafic de bois, sans possibilité pour les contrevenants de transiger.

Mieux, le gouvernement avait aussi décidé d'installer une Cellule de contact et de veille. Cette cellule, selon Mame Thierno Dieng, est ouverte à l'ensemble des acteurs et structures composant «l'essentiel du dispositif de réaction de l'Etat».

Elle se devait d'être un instrument de coordination avancée et d'intensification de la lutte contre le trafic illicite de bois. Le gouvernement avait aussi décidé de suspendre toutes les autorisations de coupe de bois.

LES FORETS DE GOUDOMP EN SURSIS

Au même moment, la Gambie voisine avait décrété un moratoire suspendant l'exportation du bois, ce qui avait mis en veilleuse les activités des scieries chinoises et indiennes implantées dans ce pays voisin, le long de la frontière avec le Sénégal. Mais la levée de ce moratoire a comme ravivé l'appétit des braconniers.

En attestent les nombreuses saisies opérées par les agents des Eaux et Forêts et autres Force de défense et de sécurité dans les régions de Kolda, Sédhiou et Bignona ces dernières semaines.

Cependant, force est de relever que ce n'est pas seulement du côté de la Gambie que les forêts casamançaises sont agressées.

Le long de la frontière avec la Guinée-Bissau aussi, la coupe de bois est dénoncée par les populations, surtout dans le département de Goudomp qui est en train de payer un lourd tribut de ce braconnage qui continue de décimer, lentement mais sûrement et dans l'indifférence presque totale, les réserves de ressources ligneuses de cette contrée de la région de Sédhiou.

Macky II est vivement attendu, à travers des coercitives et non réactionnaires, pour prendre effectivement en main cette campagne de déforestation en marche en Casamance.

EN DEPIT DES MESURES COERCITIVES APRES BOFFA-BAYOTTE : Les trafiquants toujours en activité

Le trafic de bois a repris de plus belle en Casamance, en dépit des mesures annoncées par le gouvernement. Rien que pour le mois de février, des saisies ont été opérées par les services des Eaux et Forêts.

Le 7 février dernier, une importante quantité de bois a été saisie à Oulampane, dans le département de Bignona, par le service des Eaux et Forêts, appuyés par l'Armée. 5 trafiquants ont été aussi arrêtés pendant l'opération.

Au total, 946 unités de bois composés de troncs d'arbres, des madriers et des plateaux de Caïlcédrat ont été saisies.

Par ailleurs, dans la même semaine, les agents de la Brigade des Eaux et Forêts de Tambacounda avaient saisi 19 ânes, 1 cheval, 20 troncs d'arbres de vene, 2 autres troncs de «dimb», 2 camionnettes, 18 charrettes et un coupeur de bois avait été appréhendé. Kolda et Sédhiou n'ont pas été en reste dans ce regain de trafic.

LUTTE CONTRE LA DEFORESTATION AU FOULADOU : Un combat loin d'être gagné

Les agressions contre le reste de la forêt se poursuivent dans la région de Kolda. Avec la levée du moratoire sur l'exportation du bois récemment en Gambie, le trafic semble aiguiser de nouveau des appétits.

Ici les interpellations des braconniers sont quasi quotidiennes. N'empêche, le phénomène a repris de plus belle, avec une passivité inconcevable des communautés.

En effet, les habitants des zones forestières laissent ou aident parfois les braconniers dans l'exercice de leur sale besogne. Inconsciemment pour certains. Parce ce que, souvent, les braconniers viennent parfois avec des faux papiers pour tromper la vigilance des populations.

En une semaine, en guise d'exemple, 111 billions, 119 charrettes, 43 chevaux, 98 ânes, 2 tronçonneuses, 2 scies passe-partout, 2 haches et 2 motos ont été saisis par les agents des Eaux et Forêts de Kolda, durant la période du 1er au 9 février 2019. Les 20 trafiquants de bois de vène arrêtés en même temps encourent 5 à 10 ans de prison.

Aujourd'hui le combat est mené par l'ensemble des Forces de de défense et de sécurité sur le terrain. Mais les brigands sont souvent bien informés des patrouilles.

Ils ont réussi à tisser des relations à certains niveau et cela les aident à passer à travers les mailles des filets des agents de sécurité. En plus de cette faille, le maillage sécuritaire reste encore très faible.

Pis, tout le département de Médina Yéro Foulah, plus vaste que la région de Thiès, un des trois que compte la région de Kolda, ne dispose pas de Commissariat de Police, ni de Brigade de Gendarmerie.

Il ne compte simplement que sur un détachement militaire et des gendarmes stationnés, selon l'organisation interne de la hiérarchie.

A cela s'ajoute un manque criard de moyens. Les hommes de tenues ne parlent jamais de leur dénuement, certes. Mais, sur le terrain, on constate le déficit en matériel roulant de ses hommes de tenue préposés à la sécurité dans ce vaste territoire sans aucune bonne route.

En outre, malgré la révision des textes consacrant le renforcement des sanctions contre les contrevenants, la nouvelle loi condamnant à plus de 5 ans les coupables de trafic international du bois sans possibilité de transaction est encore très mal connue des populations locales.

Au-delà de l'absence d'efforts pour vulgariser cette loi auprès des communautés, la non implication des élus locaux dans ce combat est à déplorer.

En plus, les chefs des bandes de brigands sont souvent tapis dans l'ombre, sans jamais être inquiétés.

Toutefois, le candidat Macky Sall a promis une Brigade verte pour renforcer le combat. Des volontaires qui vont renforcer le dispositif.

Il reste qu'il faudra renforcer les moyens de communication et surveiller encore plus et mieux les complices en tenue de braconniers. En fin, la diplomatie sénégalaise doit être mise en branle pour faire arrêter ce trafic dans lequel est impliqué la Gambie.

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