12 Mars 2019

Sud-Soudan: « Les criminels de guerre peuvent être poursuivis même dans d'autres pays »

Photo: UNICEF/Andreea Campeanu
Deux jumelles souffrent de malnutrition au Soudan du Sud, décembre 2018.

La Commission des droits de l'homme au Soudan du Sud a identifié 23 personnes l'an dernier pour lesquelles des poursuites pourraient être engagées en vertu du droit international, pour des crimes graves liés qui déchire le pays.

Des membres de la Commission, mandatés par le Conseil des droits de l'homme pour enquêter au Sud-Soudan, estimé, ce mardi à Genève, que ces personnes, ainsi que les auteurs présumés pourraient être traduits en justice devant des tribunaux du monde entier, pas seulement du Soudan du Sud.

« Nous n'avons pas mis tous les œufs dans le même panier », a déclaré Yasmin Sooka, Présidente de la Commission des droits de l'homme du Sud-Soudan, lors de la présentation de leur rapport de plus de 200 pages.

« Nous avons qualifié ces crimes de plusieurs manières pour permettre que des poursuites soient engagées devant des juridictions à l'intérieur et à l'extérieur du Soudan du Sud », a-t-elle ajouté.

« Cela permet, par exemple, de poursuivre les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité dans les États parties aux traités pertinents sur des cas de torture, de disparitions forcées et des attaques contre le personnel de l'ONU », a insisté Mme Sooka.

Dans ce troisième rapport présenté au Conseil des droits de l'homme, les enquêteurs onusiens estiment que « malgré une amélioration de la situation générale en matière de sécurité, de paix et de sécurité, et la situation économique », depuis la signature en septembre 2018 de l'Accord revitalisé sur le règlement du conflit au Soudan du Sud, la situation reste toujours volatile.

« Elle est extrêmement instable au Sud du pays, notamment dans les Équatorias où les combats se poursuivent surtout dans la région du fleuve Yei entre les forces gouvernementales et le Front du salut national (NAS) qui n'avait pas signé l'Accord. Une situation qui a conduit au déplacement forcé de milliers de civils.

Des crimes commis en raison de l'enracinement de l'impunité

Pour ce présent rapport, la Commission s'est principalement intéressée aux incidents survenus entre mai et juin 2018 dans l'État d'Unity, dans le Bahr el Ghazal occidental et dans l'État d'Équatoria central, et a conclu que ces incidents pourraient constituer de graves violations des droits de l'homme et du droit humanitaire.

La Commission a ainsi documenté des cas de violences sexuelles, notamment de viols multiples, d'esclavage sexuel, d'enlèvements, de mariages forcés, de grossesses forcées, d'avortements forcés et de mutilations d'organes sexuels, ainsi que des tueries commises aussi bien par des membres des forces gouvernementales et celles de groupes d'opposition.

La Commission a repris à son compte les statistiques de l'UNICEF selon lesquelles, dans plus de 25% des cas de violence sexuelle signalés liés aux conflits, les victimes étaient des enfants.

« Il est devenu banal de dire que ces crimes sont commis parce que l'impunité s'est enracinée », a déclaré Mme Sooka, « Mais cette impunité ne peut plus durer ».

Par ailleurs, des cas de détention, de torture, de disparitions forcées se multiplient au point de créer une véritable paranoïa au sein de la population.

Selon des témoins, un centre de détention a été créé près de Juba, constitué de conteneurs privés de lieux d'aisance, les détenus étant dans l'impossibilité de sortir pour s'aérer.

Les ex-détenus ont décrit les moyens de torture utilisés, brûlures diverses, ablation des oreilles, électricité, entre autres horreurs, a-t-elle indiqué. Ces anciens détenus évoquent des vies brisées.

Pour l'effectivité de mécanismes de justice transitionnelle au Soudan du Sud

La Commission a réaffirmé qu'elle était toujours préoccupée par l'absence de progrès dans la mise en place des mécanismes de justice transitoire adoptés dans l'Accord de paix de 2015 et réaffirmés dans l'Accord revitalisé de septembre 2018.

La Commission a appelé les pays de région et la communauté internationale dans son ensemble à s'investir matériellement et politiquement dans les mécanismes de justice transitionnelle au Soudan du Sud.

« Celles-ci sont essentielles pour l'instauration d'une paix durable », a fait valoir Mme Sooka.

Sur le plan humanitaire, la Commission note que l'insécurité alimentaire sévère touche 60% de la population du Sud-Soudan et il reste encore 2,2 millions de réfugiés et 1,9 million de personnes déplacées internes.

« Le Soudan du Sud est classé pour la troisième année consécutive comme le plus dangereux du monde pour les travailleurs humanitaires », font remarquer les enquêteurs de l'ONU.

De son côté, le Ministre de la Justice du Soudan du Sud a fait part des « améliorations » notées sur le terrain depuis la signature de l'Accord revitalisé.

M. Paulino Wanawilla Unango a également expliqué qu'en matière de justice transitionnelle, le processus de création de la Cour hybride prévue par l'Accord de paix sera lancé dès la formation d'un nouveau gouvernement.

Il en sera de même pour la création de la Commission vérité et réconciliation ainsi que pour l'Autorité pour la réparation et la compensation, a encore dit le garde des sceaux du Soudan du Sud.

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