12 Mars 2019

Algérie: De la nécessité de terminer la manœuvre

«Je comprends tout particulièrement le message porté par les jeunes en termes, à la fois, d'angoisse et d'ambition pour leur avenir propre et pour celui du pays.» Bouteflika a donc enfin compris la colère de ses concitoyens.

Acceptons-en l'augure. On ne connaît que trop le célèbre « Je vous ai compris » (1) du général Charles de Gaulle adressé le 4 juin 1958 au peuple insurgé d'Algérie.

C'est pratiquement par cette formule du « Grand Charles », entrée dans la postérité, que le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a annoncé le retrait de sa candidature pour un 5e mandat.

Son peuple lui en sait-il gré ?

Rien n'est moins sûr quand on sait que dès le lendemain de cette annonce, des milliers de personnes sont redescendues dans les rues de la capitale et d'autres villes du pays pour rejeter les manœuvres dilatoires d'un pouvoir qu'elles ne veulent plus.

Au lendemain de son retour à Alger, après un séjour médical de deux semaines en Suisse, Abdelaziz Bouteflika a décidé de renoncer à un cinquième mandat et même soutenu qu'il n'en avait jamais eu l'intention alors que son dossier de candidature a bel et bien été déposé par son nouveau directeur de campagne.

Dans la même lettre à la nation, rendue publique par l'agence de presse algérienne, l'ectoplasme, ainsi qu'on le surnomme depuis ses graves ennuis de santé, a annoncé le report sine die de la présidentielle du 18 avril prochain, le limogeage du Premier ministre, Ahmed Ouayahia, et promis une batterie de mesures parmi lesquelles :

- des changements importants au sein du gouvernement ;

- l'organisation d'une Conférence nationale inclusive et indépendante à charge d'élaborer une nouvelle Constitution qui sera soumise à référendum ;

- la tenue d'une présidentielle dans la prolongation de la Conférence nationale ;

- La formation d'un gouvernement de compétences nationales.

Après plusieurs semaines de manifestations populaires et pacifiques, le grabataire du palais El-Mouradia semble donc avoir renoncé à son projet déraisonnable de briguer un cinquième mandat à la tête de l'Etat. Mais tout indique qu'il ne s'agit là que d'une reculade en trompe-l'œil. Et les Algériens l'ont bien compris.

En effet, les annonces de lundi dernier soulèvent plus de questions qu'elles n'apportent de réponses aux revendications des manifestants.

Ainsi en est-il de cette Transition dont on ignore la durée et les principaux acteurs. Le mandat en cours de celui qui est au pouvoir depuis 1999 expire, ne l'oublions pas, le 26 avril prochain.

Si lui et son équipe, même profondément remaniée, doivent rester en poste après ce deadline, ce serait jouer aux prolongations sans en donner l'impression. En un mot : une confiscation du pouvoir qui ne dit pas son nom.

Une vraie fumisterie de vieux roublards politiques tapis dans l'ombre qui prennent à la limite leurs vis-à-vis pour des dupes.

Ce que ces grosses légumes et ces huiles du FLN n'ont pas compris, c'est que ce n'est pas de Bouteflika seul que l'Algérie ne veut plus.

C'est bien de toute cette engeance parfois corrompue jusqu'à l'os, qui, pour avoir fait le coup de feu contre le colon français, pense qu'elle peut régenter le pays selon son bon vouloir et ad vitam aeternam.

Le FLN a joué son rôle historique et, s'il ne doit pas pour autant disparaître de la scène politique algérienne, une chose est sûre, l'hégémonie sans partage qu'il exerce sur l'Etat depuis belle lurette est passée de saison.

C'est ce message porté par les manifestants qui fonde ce qu'on qualifie déjà de seconde révolution algérienne, même si actuellement elle est loin d'avoir abouti.

Il importe que les manifestants sachent terminer la manœuvre et donnent le coup de grâce à un régime moribond à l'image du président sortant. Les dernières décisions du gouvernement n'étant que les derniers spasmes d'un corps à l'agonie.

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