14 Mars 2019

Congo-Kinshasa: Grâce présidentielle - Beaucoup d'appelés, peu d'élus

Joseph Olenghankoy, président du CNSA, appelé à la rescousse Firmin Yangambi, Franck Diongo libérés, Diomi Ndongala en liberté conditionnelle. Les comdamnés de l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila non concernés.

Le président de la République Félix Tshisekedi a honoré sa parole. Par ordonnance présidentielle lue le mercredi 13 mars, à la radio télévision nationale congolaise (RTNC), certains prisonniers ont bénéficié de la grâce présidentielle. Franck Diongo et Firmin Yangambi sont libérés ainsi que 700 autres prisonniers. Diomi Ndongola devra attendre. Quand aux condamnés de l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila, la grâce présidentielle les a mis à l'écart.

Le 2 mars 2019, alors qu'il lançait sur la place de l'Echangeur de Limete son pro- gramme d'urgence pour ses 100 jours aux commandes de l'Etat, le président Félix Tshisekedi annonçait qu'il allait prendre « dans les 10 jours une mesure de grâce présidentielle au bénéfice des prisonniers politiques ayant été condamnés par des décisions coulées en force de chose jugée ». En même temps, il précisait qu'il allait « instruire le ministre de la Justice de prendre dans le même délai susdit toutes les mesures nécessaires, dans les conditions prévues par la loi, pour une libération conditionnelle de toutes les personnes détenues pour les délits d'opinion,  notamment dans le cadre des manifestations politiques d'avant les élections ».

L'annonce du chef de l'Etat avait suscité une grande effervescence dans l'opinion publique. C'était un signe positif dans le sens de la décrispation politique en vue d'accélérer la réconciliation nationale après les grandes divergences pré et postélectorale.

Le chef de l'Etat ne cachait pas sa détermination. Il s'était donc décidé d'aller jusqu'au bout, mettant tout son honneur en jeu.

En précisant le délai, soit « dans les dix jours » qui suivaient son discours, Félix Tshisekedi était sûr de gagner le pari. Mais, c'était sans compter avec la bataille procédurale qui l'attendait avant de matérialiser son projet. En effet, dans l'organisation de l'appareil judiciaire congolais, si le chef de l'Etat a, par les prérogatives que lui confère la Constitution, le pouvoir de gracier certains prisonniers et d'en amnistier d'autres, il est soumis au préalable à l'avis du ministre de la Justice.

Cette brèche a été saisie au vol par Alexis Thambwe Mwamba, le tout puissant ministre de la Justice, pour revenir au devant de la scène. Par sa gestion de la justice, plusieurs Congolais croupissent encore en prison. En tentant de le by-passer, le chef de l'Etat s'est retrouvé finalement face à un mur, au point que sa promesse de libérer les prisonniers tombe comme une lettre morte.

Après l'expiration du délai de 10 jours que s'est accordé le chef de l'Etat, les spéculations vont dans tous les sens. Certains craignent que l'image de Félix Tshisekedi soit sérieusement écornée, à la suite de son incapacité d'aller jusqu'au bout. D'autres par contre y voient directement la main de Thambwe Mwamba qui s'interpose désormais en passage obligé avant toute acte de grâce présidetielle.

« Félix Tshisekedi a-t-il péché par la précipitation en annonçant la libération des prisonniers politiques, sans qu'il en ait maitrisé tous les contours ?», s'interroge avec dépit un analyste politique. Juriste de

renom, le professeur Sam Bokolombe estime pour sa part que le chef de l'Etat a une excuse. « Certes, seul le Président de la République peut accorder la grâce. Son pouvoir est discrétionnaire. Mais, il l'exerce moyennant avis du CSM. (Art. 152 al. 5. de la Constitution). L'Etat est un réseau de services, un engrenage, pas l'affaire d'une seule personne. Au-delà des annonces, aux gouvernants et gouvernés de s'habituer aux pesanteurs administratives qui ne cadrent toujours pas avec les urgences politiques. C'est cela aussi l'Etat de droit », pense-t-il dans une réflexion partagée sur la toile.

OLENGHANKOY, LE DÉMINEUR ?

Bloqué dans son initiative, le chef de l'Etat a dû faire appel au président du CNSA, Joseph Olenghankoy, pour aplanir certainement les divergences qui l'éloignent du ministre de la Justice. Reçu dernièrement en audience par le chef de l'Etat, Joseph Olenghankoy a dit s'être présenté en « facilitateur » pour permettre au chef de l'Etat de concrétiser sa promesse de mesure de grâce envers certains prisonniers politiques et d'opinion.

Au sortir des échanges avec le chef de l'Etat, le président du CNSA a annoncé avoir soumis au président Félix Tshisekedi une liste des prisonniers politiques repartis en « trois catégories ». « Nous avons actualisé la liste que nous avons présentée au Chef de l'État. Ils sont divisés en 3 catégories. Les personnes reprises dans l'accord de la Saint-sylvestre, mais encore en prison; celles en exil suite aux poursuites judiciaires et les amnistiés de 2014, toujours en prison », a indiqué Joseph Olenghankoy.

A tout prendre, la promesse de Félix Tshisekedi doit encore attendre. Entre l'obligation de se soumettre à la procédure légale, le chef de l'Etat doit également composer avec le ministre de la Justice, réputé très proche de l'ancien président

Joseph Kabila. Malheureusement, c'est l'image de Félix Tshisekedi qui a pris un sacré coup. Néanmoins, on sait que, derrière l'intransigeance de Thambwe Mwamba, il y a encore et toujours la main noire de Joseph Kabila.

Pour autant que la plupart de candidats à la grâce présidentielle sont encore en prison par sa seule volonté. Ceci pourrait expliquer cela. Le président Félix Tshisekedi parviendra-t-il à faire bouger les lignes savamment consolidées par Joseph Kabila, via son mentor, Alexis Thambwe Mwamba ? Difficile à dire.

La réalité est que, dix jours après, l'ordonnance présidentielle portant grâce présidentielle, se fait toujours attendre.

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