Tchad: Pénurie de gaz - La manifestation de la société civile interdite

La marche pacifique du "Collectif tchadien contre la vie chère" et la société civile tchadienne, contre la pénurie du gaz butane prévue ce jeudi 14 mars à N'Djamena est interdite par les autorités tchadiennes

Depuis plusieurs semaines au Tchad, les ménages font face à une persistante pénurie de gaz butane, obligeant certains habitants à brûler des bouses de vaches pour cuire les aliments.

Tout est parti de l'arrêt pour travaux de maintenance, le 23 février 2019, de la raffinerie de Djarmaya qui produit du gaz butane. Pour combler le déficit de production, le gouvernement tchadien a décidé d'importer six citernes de gaz butane par jour à partir du Nigeria et du Cameroun voisins.

Mais la consommation quotidienne de gaz butane au Tchad varie entre 11 à 13 citernes, ce qui explique la pénurie actuelle.

A N'Djamena, la capitale, chaque matin les ménages sillonnent différents quartiers avec des bouteilles vides sur la tête, parfois sur des motos ou à véhicule. Ils cherchent parfois toute la journée, sans trouver de gaz.

Dure épreuve pour les populationsLes habitants de N'Djamena se plaignent de la pénurie de carburant et de gaz butane

Les Tchadiens fustigent cette situation que le Collectif tchadien contre la vie chère trouve « inadmissible ». Cette organisation qui accuse le gouvernement de taire la vérité autour de la pénurie de gaz dans le pays a donc appelé les autres structures de la société civile ainsi que la population des dix arrondissements de N'Djamena, première ville touchée par cette situation, à se rassembler sur les ronds-points et carrefours.

Mais le ministre de l'administration du territoire, de la Sécurité publique et de la Gouvernance locale, Mahamat Abali Salah a pris mercredi (13 mars) un arrêté pour interdire cette manifestation. Un acte que déplore le président du Collectif tchadien contre la vie chère:

«Les ménages sont soumis à de dures conditions de vie, intenables à cause de la rareté du gaz. Le peuple, déjà au bout du rouleau, est affamé. Les marmites de nos mamans, femmes et sœurs sont vides. Pourquoi empêcher que les Tchadiens puissent organiser une simple marche pacifique pour protester contre une pénurie voulue et entretenue ? Cette question est légitime et mérite une réponse. Cette énième interdiction est de trop. Cette fois-ci, nous comptons attaquer cet acte en justice en usant de tous les moyens légaux en notre possession » a déclaré Nelly Versinis Dingamnayel

L'utilisation du bois de chauffe et du charbon étant interdite au Tchad, les ménages ne savent que faire. Marlyse Allayam, habitante de N'jaména ne parvient pas à retenir pas sa colère:

« C'est vraiment sadique ce que ce gouvernement nous fait. Un pays pétrolier qui n'a pas de gaz butane c'est impensable. Depuis deux semaines, je prépare à manger avec les bouses de vaches et les noix de dôme. Dieu seul peut décider de la fin de cette souffrance des Tchadiens. Le président Deby n'a pas de cœur, franchement!»

Les autorités tentent de calmer la grogne

Conscient de la souffrance des ménages, le ministre du Pétrole Mahamat Ahmit Koua a effectué mercredi matin (13 mars) une visite à la société de raffinage pour s'enquérir de la situation et rassurer la population.

« On va juguler cette crise tant bien que mal, les citernes arrivent au fur et à mesure. Il faut reconnaître que c'est un produit très spécifique dans son transport. C'est difficile aussi en raison aussi de la distance qui sépare les ports qui sont à plus de 1.000 kilomètres et c'est la première fois qu'une telle quantité doit être importée. Sachez que le gouvernement a pris toutes les dispositions pour importer du gaz. La population a trop souffert. Et puis nous avons appris la bonne nouvelle d'un taux de réalisation des travaux de maintenance qui a atteint 48 % en 18 jours. On peut dire que les travaux avancent bien. Ce qui reste c'est d'être serein, suivre les travaux pour que la raffinerie soit remise en fonction à la date prévue.» a affirmé Mahamat Ahmit Koua

Les travaux d'entretien de la raffinerie doivent durer au moins 52 jours, ce qui signifie que les difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontées les ménages tchadiens devraient se poursuivre pendant encore plus d'un mois.

Par ailleurs, le risque de pénurie de carburant dans les prochains jours n'est pas également à exclure.

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