14 Mars 2019

Algérie: Que nous réserve ce vendredi de l'après-reculade ?

analyse

Il y a les samedis des gilets jaunes en France depuis de longs mois contre la politique macronienne. Il y a désormais en Algérie les vendredis, jour de grande prière en cette terre d'islam mais aussi de grande manifestation contre le président Abdelaziz Bouteflika et sa clique.

Après le troisième vendredi de manifestations qui avait vu déferler des centaines de milliers de manifestants dans les rues d'Alger, d'Oran, de Constantinople et d'autres villes du pays, le locataire du palais d'El Mouradia, sitôt rentré de son séjour médical de deux mois en Suisse, a dû reculer dare-dare, renonçant à briguer un 5e mandat et reportant sine die la présidentielle qui devait avoir lieu en avril prochain.

Mais en fait de reculade, il s'agit pour le pouvoir moribond algérien de manœuvres dilatoires, une prolongation de mandat qui ne dit pas son nom, puisqu'une transition doit s'ouvrir, on ne sait trop sur quelle base constitutionnelle. Une conférence nationale va se tenir pour entreprendre des réformes politico-institutionnelles prochaines à l'issue desquelles le successeur de Boutef sera élu. Et pendant tout ce temps, qu'est-ce qu'il fait ? Il reste en place, même si à l'évidence on peut douter de son aptitude à diriger un pays comme l'Algérie depuis l'accident vasculaire cérébral qu'il a subi depuis 2013.

Aujourd'hui, c'est donc le premier vendredi après les grandes annonces bouteflikaines, et le régime pourra prendra toute la mesure de l'accueil qu'en font les Algériens. On en a du reste déjà eu un aperçu tout au long de la semaine, puisque étudiants, magistrats, avocats, handicapés et autres ont continué à battre le pavé, malgré les sorties successives du vice-Premier ministre, Ramtane Lamamra, et du nouveau chef du gouvernement, Noureddine Bedoui, nommés pour gérer cette transition qui s'annonce délicate.

Mercredi et jeudi, les deux personnalités ont en effet tenu le crachoir devant la presse pour préciser les contours de cette transition qui pourrait durer un an, la composition du gouvernement qui devrait intervenir dans les prochains jours et la tenue de la conférence nationale souveraine. Le moins qu'on puisse dire est qu'ils ne semblent pas avoir convaincu leur auditoire et il leur faudra sans doute des trésors de persuasion pour vendre la camelote que le grabataire de la résidence de la Zéralda veut fourguer à ses compatriotes, après avoir déjà passé vingt ans au pouvoir.

En fait, tout porte à croire que le FLN et le shadow-cabinet qui gouvernent dans l'ombre depuis que le premier magistrat est diminué par la maladie n'ont pas encore tout à fait compris le message de cette marée humaine qui déferle sur les rues algériennes depuis le 22 février et qui pourrait les engloutir s'ils n'y prennent garde.

Ce que les croquants veulent désormais, ce n'est plus seulement la reddition du vieil homme de 82 ans qu'ils ont obtenue au pas de charge, c'est maintenant d'envoyer au rébus en rejetant dans les poubelles de l'histoire algérienne toute cette nomenklatura souvent corrompue et coupée des réalités du peuple. Dans ces conditions, on ne voit pas comment les deux camps pourraient trouver le plus petit commun dénominateur pour éviter l'affrontement.

On a bien peur en effet que le pouvoir, sonné par l'ampleur du mouvement du 22 février et qui tente de reprendre la main, ne finisse par utiliser le bâton si la carotte des mesures cosmétiques ne parvenait pas à amadouer ses contempteurs qui n'ont d'autre envie maintenant que de terminer la manœuvre, en donnant le coup de grâce à un régime dont les dernières décisions sonnent comme autant de spasmes d'un corps en agonie.

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