Algérie: Le ramdam de ramtane qui passe mal !

Au lendemain du retrait, sous la pression de la rue, de la candidature du président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, les Algériens sont divisés sur la gestion de la transition dont le gouvernement, selon le Premier ministre, est attendu dans une semaine.

Pendant que du côté des manifestants, on veut le départ pur et simple du système, le pouvoir s'est lancé dans une mission d'explications qui ont toutes les allures d'une opération de charme visant à maintenir le statu quo.

Et en deux sorties médiatiques en autant de jours, le nouveau vice-Premier ministre, Ramtane Lamamra, a annoncé une série de mesures allant de la mise sur pied d'une plateforme complète de réformes à l'éventualité de la modification de la Constitution, en passant par l'implication des jeunes et des femmes en nombre important, dans le processus de sortie de crise.

Les mesures annoncées par le pouvoir sont loin de satisfaire les manifestants

Des mesures assorties d'une prolongation du mandat de « toutes les institutions de la République [qui] continueront à fonctionner, y compris l'institution présidentielle, jusqu'à ce que le peuple algérien ait librement choisi son successeur auquel il remettrait les charges de la présidence de la République ».

Quant au nouveau Premier ministre, Nourredine Bedoui, il a, lui, promis, hier, 14 mars, la formation d'un gouvernement d'experts où les jeunes et les femmes seront représentés et qui sera aussi ouvert à la société civile.Tout ce ramdam qui passe mal puisque les mesures annoncées par le pouvoir, sont loin de satisfaire les manifestants qui n'entendent pas voir les autorités travailler en dehors du cadre constitutionnel.

En tout cas, elles peinent à rassurer des Algériens devenus méfiants, face à ce qui passe, à leurs yeux, pour une ruse de guerre dont l'objectif est la conservation du pouvoir par un système vermoulu dont ils ont là, une occasion unique de se débarrasser.

Et si l'objectif était de briser, par ces mesures cosmétiques, la vague des contestations dont le point culminant sera sans doute ce vendredi 15 mars, l'on peut dire que c'est raté, face à la détermination des croquants qui ne semblent pas vouloir décrocher de sitôt de la rue, et pour qui « on ne peut pas faire de changements avec les mêmes personnages ».

En témoignent les nouvelles manifestations d'hier, 14 mars, et la grève générale qui s'est poursuivie dans certaines régions du pays comme la Kabylie, de même que toutes les manifestations à venir dont l'objectif affiché est de faire partir le régime. Un bras de fer qui n'augure rien de bon pour l'Algérie, si les tenants actuels du pouvoir ne se décident pas à entendre les revendications du peuple.,

En outre, en essayant de dicter son agenda et en maintenant Bouteflika à la tête d'une transition sans un calendrier précis devant conduire aux prochaines élections, le pouvoir d'Alger semble se lancer dans un scénario à la Congolaise dans le but de prolonger le bail de Boutef à la tête de l'Etat, le temps de verrouiller, comme le président Joseph Kabila en RDC, tous les leviers du système avant de lâcher prise.

En tout cas, l'on ne se tromperait pas en y voyant la volonté des tenants du pouvoir d'Alger de chercher à garder coûte que coûte la main sur une situation qui est visiblement en train de leur échapper. En tout cas, l'on ne comprend pas qu'un pays qui était à prêt pour aller aux élections le 18 avril prochain, ait brusquement besoin d'une rallonge, en raison du désistement d'un seul candidat.

la date butoir du 26 avril prochain s'annonce comme une ligne rouge

Il y a manifestement anguille sous roche et tout porte à croire que le pouvoir cherche à gagner du temps, s'il n'essaie pas simplement d'avoir le peuple à l'usure.

En tout état de cause, il est temps, pour le pouvoir d'Alger, de se réveiller et d'ouvrir les yeux. Car, ce serait faire preuve de cécité politique que de penser qu'à l'étape actuelle des choses, il est encore possible d'entuber le peuple algérien qui est dans une logique de rupture et qui a décidé de prendre son destin en main parce qu'ayant visiblement fait sienne la maxime selon laquelle « seule la lutte libère ».

Et le peuple est appelé à d'autant plus de vigilance et à maintenir la pression, que le régime est en train de remplir les conditions d'un glissement. D'ores et déjà, faute de trouver un terrain d'entente entre les protagonistes, la date butoir du 26 avril prochain qui marque la fin officielle du mandat de Bouteflika, s'annonce comme une ligne rouge.

Et si la rue n'obtient pas gain de cause par les manifestations pacifiques, doit-on s'attendre à ce qu'elle décide de passer à une étape supérieure ? Jusqu'où ira l'armée qui a jusque-là, laissé le peuple faire? Peut-on s'attendre à un scénario à la Mugabe ou bien le mouvement de contestation s'essoufflera-t-il de lui-même ?

Autant de questions qui traduisent à souhait la situation de l'Algérie qui est aujourd'hui à la croisée des chemins, avec un peuple qui reste sur sa soif de changement, face à un président agonisant qui tente de jouer les prolongations contre la volonté de la population algérienne, chauffée à blanc et plus que jamais déterminée.

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