17 Mars 2019

Tunisie: «Objectif - atteindre 200 mille diplômés de la formation professionnelle»

interview

L'actuelle session compte environ 13 mille postes de formation. Cela dépend partiellement de la capacité de la session principale de septembre dernier (quelque 24 mille postes).

Mais aussi en fonction du taux d'occupation réalisé dans certaines spécialités. Cela dit, comme le faible taux de remplissage conduit, par ailleurs, à élargir l'éventail des choix, la demande accrue pendant la rentrée nous pousse à relancer l'offre lors de la session. Ce qui détermine, par la suite, la disponibilité des postes pour chaque niveau de formation (BTP, BTS, CAP). En fait, on suit la même logique pour les deux sessions de l'année. Donc, rien de systématique, chaque centre a ses propres besoins. Sur ces 13 mille postes disponibles, il y a quelque 5 mille postes fournis aux postulants BTP (Brevet de technicien professionnel), plus de 4 mille aux CAP (Certificat d'aptitude professionnelle) et un peu moins de places réparties sur le reste des niveaux BTS (Brevet de techniciens supérieurs, CC (Certificat de compétence)..).

Pourquoi la formation par alternance ou avec l'entreprise a toujours été perçue comme le talon d'Achille du secteur, pourtant vous avez des conventions de partenariat qui vous lient avec elle?

Prenons le modèle allemand, pourquoi l'entreprise s'investit pleinement dans la formation par alternance? Pour la simple raison qu'elle sait bien que le stagiaire aura à connaître le milieu professionnel, sa culture et ses technologies, et puis il devient, dès le premier jour, productif. En fait, cette logique incarne l'esprit d'investissement dans les futures compétences. En Tunisie, notre stagiaire n'arrive même pas à s'intégrer dans l'entreprise. Payer sa taxe à la formation professionnelle (TFP) ne veut pas dire qu'elle s'investit dans la formation par alternance. Sur le plan pédagogique, une entreprise formatrice produit davantage, sa démarche qualité étant plus développée. Et c'est ce qui distingue le modèle allemand.

Maintenant, il y a des discussions que je trouve extrêmement importantes avec le secteur du textile et celui du tourisme. Leurs patrons ont commencé par reconnaître l'apport de la formation par alternance (tuteurs, stage au sein de l'entreprise, rémunération pour l'apprenant, convention avec le centre..). Déjà, nous sommes en train de fignoler un nouveau partenariat avec la fédération du textile. Dès lors, la formation professionnelle semble en pleine métamorphose. Si les entreprises s'y impliquent, tout le reste suivra. Je vous cite une difficulté qu'on avait vécue, il y a dix ans: le secteur textile étant alors en déclin, on a cessé d'y investir. Depuis, nos matériels et équipements de formation dans ce domaine sont devenus hors d'usage. Mais, si reprise il y a, on est prêt à réinvestir de nouveau. Je pense que l'impact d'un partenariat dans ce secteur sera bien visible d'ici deux ans. De même pour le tourisme, sa fédération a fini par saisir l'importance d'avoir un tuteur au sein de l'entreprise hôtelière. Elle en a déjà formé une trentaine à Hammamet. A ce niveau, on arrive à négocier le découpage des compétences de formation entre celles enseignées au centre et celles qu'il faut apprendre au sein de l'entreprise. Du côté de l'Atfp, on vise la création d'un nouveau corps d'accompagnement et des relations avec l'environnement professionnel.

Depuis longtemps, vous avez opté pour des spécialités dites prioritaires. Ceci est-il un choix pédagogique ou une exigence économique?

Dans le temps, c'était une exigence économique. A l'époque, avec le mégaprojet « Sama Dubai », on voulait drainer les jeunes vers des spécialités telles que le bâtiment et autres. Dans la foulée, nous sommes en train de réviser les spécialités. Suite à la demande de l'Agence de la vulgarisation et de la formation agricoles (Avfa), l'agriculture figure désormais sur la liste des spécialités prioritaires. Textile et tourisme s'inscrivent dans ce cadre, leurs fédérations, avec lesquelles on a réagi positivement, ont intérêt à attirer les jeunes vers ces secteurs. S'il y a un appui dans ce sens ou lorsqu'on ressent un certain besoin du marché en telle ou telle filière, on incite les jeunes à s'y inscrire, tout en leur octroyant une bourse mensuelle. Celles qui ne sont plus sollicitées, on les supprime de la liste. D'ailleurs, sur l'ensemble de 250 spécialités dites prioritaires dont dispose l'Atfp, une cinquantaine ne répond plus à la demande. Donc, la restructuration de nos spécialités se fait toujours selon une logique économique.

Pourtant, malgré les mesures de motivation dédiées à ces spécialités, on n'y voit pas suffisamment de postulants ?

Si c'était aussi facile de drainer les jeunes, juste avec une bourse, tout irait bien. Ce qui n'est pas le cas. Parce que les secteurs sont différemment attractifs. Par exemple, le bâtiment a, aujourd'hui, un souci d'image de marque, d'autant qu'il n'est pas encore bien structuré. Il s'est avéré qu'on a du mal à polariser les jeunes vers ce secteur. Et ceux qui l'ont déjà choisi ne s'intéressent plus au marché tunisien, ils ont une forte tendance à choisir d'autres marchés extérieurs, là où ce secteur se porte bien. Ils disent avoir plus de chances d'y trouver un emploi.

De son côté, le secteur privé doit faire un effort supplémentaire pour s'organiser et s'ouvrir de plus en plus aux jeunes demandeurs. Pour nous, on a changé de paradigme pour faire évoluer beaucoup de choses. Secteur textile, l'Atfp planche, conjointement avec la fédération, sur une action commune de communication. Je vous invite, dès maintenant, à une grande journée sur la formation professionnelle, le 4 mars, à la Cité de la culture à Tunis.

Certaines filières ou spécialités sont jugées quasiment boudées, mais on les voit néanmoins figurer encore sur la liste des choix proposés. N'est-ce pas un paradoxe ?

Oui, et non. Pourquoi ? Je vous donne l'exemple du cuir et chaussures : nos centres n'arrivent pas à intéresser les jeunes à ce secteur-là, vu la crise assez longue et douloureuse par laquelle il est passé. Aujourd'hui, il connaît une certaine reprise, mais il faut qu'il y ait un vrai signe de relance pour qu'on puisse convaincre nos stagiaires à s'y inscrire. Ce qui nous manque c'est bien l'intelligence économique. A ce niveau, fédération et Atfp se sont, bel et bien, mises d'accord sur une nouvelle vision du marché. Voilà pourquoi on trouve certaines spécialités qui, même si boudées, continuent à être enseignées.

Depuis deux ans, vous avez changé de stratégie de promotion et de communication. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Il y a une réorientation claire : s'assurer l'insertion des jeunes dans le marché de l'emploi et mieux comprendre l'entreprise, deux principes qui ont poussé à une réforme interne de l'Atfp. Un nouveau décret portant organisation du centre de formation est sur le bureau de la présidence du gouvernement visant à le doter de plus d'autonomie pour mieux servir son environnement. Et dans certains cas, il n'y aura plus raison de revenir à la centrale pour avoir autorisation. Au niveau de l'Atfp, cette prise de conscience nous laisse penser à la décentralisation de nos services- clients que sont les centres de formation. L'on parle, aujourd'hui, de la création des districts de proximité pour les appuyer et les mettre en réseau dans les régions. Nous sommes en pleine réforme qui va dans le bon sens, avec beaucoup de pragmatisme et bien soutenue par le ministère de tutelle.

Est-il temps de repenser la politique du centre de la jeune fille rurale pour avoir plus de poids sur le marché de l'emploi ?

Honnêtement, juste son appellation évoque un certain jugement discriminatoire à l'égard de la fille rurale. Aujourd'hui, il y a une nouvelle vision, même si sa concrétisation n'est pas pour tout de suite, du fait des préparatifs de mise en place à effectuer. Sinon, on pense, a priori, à lui changer la dénomination pour devenir « centre d'économie sociale et solidaire », et qui devrait être mixte. L'idée derrière est que le jeune, fille ou garçon, s'y inscrit pour deux raisons : Adhérer à un projet déjà existant ou s'installer à son propre compte. On vise, par là, à transformer ces centres en incubateurs de projets, favorisant, au besoin, à leurs stagiaires une formation supplémentaire. Volet financement, on s'y engage à fond.

Comment, selon vous, peut-on faire de la formation un véritable tremplin pour l'emploi ?

De par son taux d'employabilité et la demande accrue des spécialités qu'elle offre, la formation professionnelle est, de facto, un tremplin pour l'emploi. Le vrai défi d'aujourd'hui est de porter à 200 mille le nombre des diplomés de formation. Et là, vous pouvez me dire, où sont passés ceux qui ont quitté l'école, alors qu'ils sont en âge de formation? Je vous assure que 30% des 100 mille élèves déscolarisés sont récupérés, chaque année, par notre dispositif. D'ailleurs, on a aujourd'hui avec le ministère de l'Education des concertations pour créer un cycle préparatoire CAP, vu que l'abandon scolaire touche encore plus des élèves en bas âge (même pas 12 ans).

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