18 Mars 2019

Tunisie: Un des rares centres qui répondent aux normes

Pour avoir une idée précise de la situation générale de la santé reproductive à Kairouan, nous nous sommes adressés à la maternité universitaire, réalisée en 2007, située dans l'enceinte de l'hôpital Ibn El Jazzar, et nous avons été agréablement surpris par la propreté des lieux, mais aussi frappés par la vétusté des matelas dont certains étaient pleins de taches.

En outre, dans les couloirs, nous avons croisé une femme de ménage en train de crier à haute voix tout en reprochant à une femme qui avait accouché la veille de s'être déplacée dans une autre salle pour discuter avec une visiteuse. Ensuite, elle s'en prise à nous : «Qui êtes-vous ? Comment êtes-vous entrés ? Que voulez-vous ?» Quand on sait que le niveau sonore même dans les couloirs est très important pour les nouveaux-nés, pour leurs mères et pour les sages-femmes, on ne peut que rester perplexe.

A côté de ce tableau peu reluisant se greffe un autre aspect pas moins inquiétant, étant donné le manque cruel d'ouvrières, de sages-femmes et d'équipements.

Ridha Fatnassi, professeur agrégé et chef de service, nous précise dans ce contexte: «Notre complexe de maternité répond aux exigences de la médecine moderne avec ses vastes locaux (salles de travail, salles post-natales, salles prénatales), son bloc opératoire doté d'équipements sophistiqués, en plus des locaux de consultations externes, d'urgence et de gynécologie. On y enregistre annuellement 8.500 accouchements, soit 30 à 40 par jour, 4.000 échographies et 4.000 consultations externes. Nous recevons non seulement les femmes de toutes les délégations du gouvernorat de Kairouan, mais aussi de Mahdia (Hbira, Souassi et Aouled Chamekh, Zaghouan (Ennadhour) et Kasserine. Il arrive que deux femmes occupent le même lit bien que nous en disposions de 110. Quant au staff médical et paramédical, il se compose d'un professeur agrégé, deux assistants, 4 spécialistes, 70 infirmiers (soit 2 par secteur), 30 sages-femmes (à raison de 5 par séance, dont une débute de 7h00 à 19h00 et l'autre de 19h00 à 7h00). Et comme nous voulons offrir à toutes les femmes un accouchement sécurisé grâce au diagnostic antenatal et aux dernières nouveautés en matière de contrôle de naissance, on voudrait un renforcement du nombre des ouvrières et des sages-femmes. En outre, comme nous ne disposons que d'un seul échographe (les 2 autres sont hors d'usage), nous souhaitons l'acquisition d'un échographe haut de gamme afin d'assurer une démarche tournée vers l'avenir. Par ailleurs, le cadre médical souhaite la nomination d'un médecin anesthésiste-réanimateur, ce qui nous évitera les déplacements vers l'unité chirurgicale «les Aghlabides», située à 3 km, de quoi mettre la vie des patientes en danger.

Absence d'un service de néonatologie et de réanimation pédiatrique

Enfin, la création d'un service de néonatalogie au sein de ce complexe s'avère très urgente, vu qu'il nous arrive, très souvent, de transférer le nouveau-né pour le placer en couveuse au service de pédiatrie, et ce, sous la pluie ou par fortes chaleurs, un vrai calvaire et beaucoup de risque... »

Notons que grâce à l'amabilité de beaucoup d'infirmières, nous avons pu recueillir les témoignages de certaines femmes.

Mme Samiha Chemkhi (34 ans) a accouché le 12 mars de sa 4e fille et s'apprêtait le lendemain 13 mars à quitter l'hôpital pour aller -- dans une camionnette -- à un village à Bouhajla : «J'ai été transférée hier vers Kairouan également dans une camionnette privée et non dans une ambulance, car on m'a dit que les contractions n'ont pas encore commencé. Seulement, j'ai accouché ici quelques heures plus tard. Franchement, tout le personnel médical et paramédical a été très gentil et correct avec moi, et un pédiatre est venu ausculter ma fille... »

Espérons que Samiha n'aura pas d'hémorragie surtout avec un aussi long déplacement, juste 24 heures après l'accouchement.

Mme Doha Nassri, originaire d'Aouled Chamekh (gouvernorat de Mahdia), venait d'arriver à la maternité pour accoucher de sa 2e fille : «Honnêtement, j'ai beaucoup apprécié les services rendus ici sur tous les plans, malgré quelques petits problèmes liés à la question d'hygiène, vu le manque d'ouvrières souvent débordées... »

Melle Faten Chaâbani, originaire de Kasserine et médecin interne depuis 3 mois, nous confie ses impressions : «Tous les 5 jours, j'ai 48 heures de garde dans ce service des grossesses à risque où nous ne disposons que de 2 appareils RCF, ce qui est très insuffisant. C'est pourquoi il serait souhaitable de doter ce service d'autres appareils pour améliorer la qualité du travail».

Les maternités périphériques débordées

Les différentes maternités périphériques du gouvernorat de Kairouan manquent de cadres paramédicaux, de gynécologues et d'équipements, d'où les nombreux cas de transfert de femmes en cas d'accouchements difficiles vers la maternité d'Ibn-El Jazzar, avec tous les risques que cela comporte. D'ailleurs, plusieurs femmes sont décédées en cours de route, à cause de fortes hémorragies. Tel le cas d'une jeune femme âgée de 24 ans et habitant à «Dar El Jenna», une bourgade de Kairouan. Ayant accouché de son 2e bébé, à domicile, elle a eu une forte hémorragie 12 heures après la délivrance. Malheureusement, il a fallu beaucoup de temps à ses proches pour trouver un véhicule privé qui a accepté de l'emmener à Kairouan. Hélas, c'était trop tard et la femme est morte juste à son arrivée. C'est la 3e femme à décéder en couches à domicile à Dar El Jenna, faute de pistes praticables, surtout par temps pluvieux. D'où le nombre de décès enregistrés et qui est dû à l'impossibilité de se déplacer vers les centres hospitaliers.

Par ailleurs, les maternités périphériques sont débordées, ce qui se répercute sur les services rendus. Et le personnel paramédical est souvent agressif et la prise en charge est brutale vis-à-vis de la mère et de son bébé, quand on sait que chaque premier geste après la délivrance est très important et que les soins doivent être adaptés au stress du nouveau-né. C'est pourquoi tous les citoyens de Hajeb El Ayoun où on enregistre 980 accouchements par an, de Haffouz, de Bouhajla, de Nasrallah et de Sbikha, souhaiteraient l'extension ou la création de nouvelles maternités qui puissent répondre à la forte fréquentation et à la surcharge constatées au sein des maternités actuelles, vétustes et exiguës.

Mme Wassila Oueslati, ayant 4 filles, se plaint des pratiques anti-éthiques de certaines ouvrières et sages-femmes : «Si on veut accoucher dans de bonnes conditions et séjourner dans un local propre, il faut 2 solutions, ou avoir du piston ou avoir de l'argent pour le donner à ceux qui s'occupent de nous. Sinon, c'est la misère, c'est la colère, l'indifférence et surtout l'arrogance à tel point qu'on nous fait vivre un sentiment de culpabilité. D'ailleurs, certaines femmes sont mortes en voulant donner la vie!».

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