18 Mars 2019

Sénégal: Sécurité des marchés - Un pari pas encore gagné

Le feu qui s'est déclaré à la gare de Petersen dans la matinée d'hier, vendredi 15 mars, vient s'ajouter à la longue liste des cas similaires. Il remet sur la table également l'anarchie qui règne dans les lieux de commerce.

Une occupation anarchique qui a poussé les autorités il y'a de cela quelques temps à prendre des mesures qui ne sont pas du reste toutes mises en œuvre. Cependant, avec l'urbanisation galopante des villes, il est important de revoir la gestion de ces lieux de fortes concentrations humaines.

FREQUENCE DES INCENDIES : Plusieurs marchés calcinés à un court intervalle

L'incendie du marché de la gare de Petersen vient s'ajouter à la longue liste notée ces derniers temps.

Des cantines ont été brulées au marché Ocass de Touba il y'a de cela deux jours, 15 autres ont été réduites en fumée au marché de Ross Bethio dans le département de Dagana. Les flammes qui se sont déclarées hier, n'en étaient pas à une première sur les lieux.

En effet, en six mois d'intervalle, le marché a été ravagé à deux reprises. Même si à cause d'un concours de circonstance, la pluie avait amoindri les dégâts lors du premier sinistre. Bien avant cela, de nombreux autres marchés ont pris feu.

Ndoumbé Diop à Diourbel, a été réduit en cendre le 2 décembre dernier. En août dernier, c'était au tour du marché Tiléne de Ziguinchor de subir les affres des flammes. 360 cantines ont été emportées. Les dégâts étaient estimés à plus d'un milliard F CFA.

Dans le même mois, le marché zinc de Kaolack avait pris feu. Une vingtaine de cantines y ont été calcinées. En mai 2018, le marché Pikine de St-Louis, lui aussi a été ravagé. 3 cantines ont été réduites en cendres. Un magasin de tissus situé non loin de la pharmacie Guigon à Sandaga a pris feu dernièrement.

Une situation qui a remis sur la table, l'épineuse question de l'insécurité au marché Sandaga qui a été ravagé en 2013.

MAMADOU DIENG, URBANISTE : «La structure des marchés ne correspond plus aux normes d'habitation»

Le modèle de construction des marchés est dépassé par la croissance démographique des villes. Il urge de l'adapter aux exigences actuelles.

Mieux, il est important aussi que les autorités fassent de la sécurisation du marché une priorité. Cet avis, est de l'urbaniste Mamadou Dieng, joint au téléphone par la Rédaction de Sud Quotidien.

Les nombreux incendies dans les marchés ne sont que le résultat d'une mauvaise politique d'urbanisation. L'avis est de l'urbaniste Mamadou Dieng.

«Nos marchés ne répondent pas aux normes d'urbanisme. Ils sont très encombrés du point de vue occupation en cantines. Dans un marché, il y'a des normes à respecter notamment celles sécuritaires.

Et tout cela, n'est pas réuni dans nos marchés. C'est clair qu'à la moindre étincelle, tout le marché prend feu», soutient-il. Les manquements dans la configuration des marchés expliquent aussi l'absence des allées ce qui rend difficile l'intervention des secours en cas d'incendie ajoute-t-il.

Les branchements clandestins, les personnes qui élisent domicile dans les marchés doivent être bannis, clame-t-il. Le paradoxe dans la situation est que confie l'urbaniste, les collectivités locales en charge de la gestion des marchés semblent plus être intéressées par la quête de profits que la sécurité des usagers.

«Dans tout aménagement, il y'a des normes sécuritaires à respecter surtout pour des établissements qui reçoivent les finances publiques. Et les municipalités aussi ne veillent pas sur cela. Les marchés sont sous leur responsabilité.

Mais parfois ce qui intéresse les collectivités locales, c'est de remplir au maximum le marché en cantines. Plus le marché a de cantines, plus la taxe à recouvrer devient importante et cela se fait au détriment de la vie des gens et de leurs biens», dénonce-t-il.

L'URGENCE DE REVOIR LA STRUCTURE DES MARCHES

L'urbaniste est d'avis qu'il est d'une impérieuse nécessité d'inscrire la restructuration des marchés dans les politiques publiques. « C'est une urgence. Malheureusement, les gens n'ont font pas une. Ce sont des actions à inscrire en priorité dans des programmes de l'Etat et même ceux des municipalités.

Il faut aussi revoir la structure des marchés. Ils ne correspondent plus aux normes modernes d'habitation.

La population a considérablement augmenté dans les villes, donc un marché construit en 1970, ne peut plus répondre aux préoccupations de l'année 2019 », soutient Mamadou Dieng. La quasi-totalité des marchés sont dans cette léthargie ajoute-t-il.

La croissance rapide des marchés est également un manquement auquel il faut palier, estime par ailleurs l'urbaniste. «La croissance des marché pose problème. Les marchés qui s'étendent à perte de vue ne sont pas normaux.

Les petites cantines surchargées ne doivent plus être possibles dans un marché. Il faut stopper la croissance des marchés. Il y'a des cantines qui débordent, même le marché Petersen ; et menacent les habitations qui sont à proximité».

NECESSITE D'ALLER VERS UNE SPECIALISATION ET DES HEURES DE FERMETURE DES MARCHES

«Il faut aller dans le sens de spécialisation des marchés pour éviter des problèmes. On doit éviter le mélange de plusieurs produits dans un marché.

Il faut revenir aux normes classiques définies pour une structure commerçante», conseille-t-il. Mieux, l'urbaniste prône une ouverture règlementée des marchés.

«Il faut aussi des heures de fermeture et d'ouverture des marchés. Dans beaucoup de pays africains, les marchés sont fermés à certaines heures, mais au Sénégal, ils fonctionnent en permanence.

On n'a pas le temps de les entretenir». Les autorités doivent vieller également à qu'il n'y ait plus de branchements anarchiques pour éviter les incendies causés par un court-circuit.

MISE AUX NORMES DES MARCHES : Au-delà des projets, un éternel défi

La récurrence des incendies avait poussé les autorités à engager des mesures pour changer la configuration des marchés. Cependant, force est de constater que bon nombre d'annonces ne sont pas encore effectives.

De nombreuses mesures sont annoncées pour mettre fin aux incendies dans les marchés qui sont devenus fréquents.

Le président Macky Sall, en conseil des ministres du 19 septembre 2018 avait demandé au Premier Ministre de tenir, dans les meilleurs délais, un conseil interministériel sur la modernisation des marchés et de lui présenter, dans le courant du mois de novembre de la même année, les mesures d'urgence appropriées, ainsi que le programme de modernisation des marchés envisagés sur l'ensemble du territoire national».

Le conseil interministériel n'a pas encore eu lieu. Mieux, les marchés continuent d'être dans un état pitoyable. Aucune mesure d'urgence n'est encore mise en œuvre.

Le ministre du Commerce, du secteur informel, de la consommation, de la promotion des produits locaux et des PME, Alioune Sarr, en visite sur le site de Petersen après l'incendie d'octobre 2018 avait annoncé l'aménagement imminent de plusieurs marchés.

«Le Chef de l'Etat a initié un projet important pour moderniser le marché de Sandaga. Le plan d'architecture est déjà achevé et dans les prochaines semaines, après validation du Président de la République, nous allons le présenter à l'ensemble des acteurs pour qu'ils puissent apporter des observations.

Nous sommes en train de travailler également sur la construction de plusieurs marchés notamment celui de Diourbel, de Kaolack et de Ziguinchor » avait-il dit. Le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité Publique, Aly Ngouille Ndiaye, avait aussi émis l'idée d'une meilleure organisation du secteur afin d'éviter les désagréments.

Les mesures annoncées après l'incendie de Petersen rappellent à bien des égards celles annoncées en 2013 après que Sandaga a été ravagé. Le préfet de Dakar, Alioune Badara Diop, avait fait part d'initiatives pour mettre de l'ordre dans le lieu.

« Les cantines externes du marché Sandaga seront bientôt évacuées et les occupants recasés dans le site de l'ex-Camp Lat Dior», avait-il dit avant d'ajouter «nous avons un plan de fermeture du marché Sandaga.

Il est impossible qu'on ferme le bâtiment et que les cantines externes soient toujours occupées. Toutes ces cantines seront évacuées, leurs occupants vont recevoir bientôt des sommations pour céder les lieux».

Le bâtiment central avait été fermé dans le but d'être réhabilité. Depuis 2013, rien n'a été fait.

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