Congo-Kinshasa: Report sine die de l'élection des gouverneurs de province

Palais du Peuple, siège du parlement,à Kinshasa

Suspension de l'installation du Sénat en attendant les enquêtes du PGR près la Cour de cassation

C'est une bombe que la réunion interinstitutionnelle a lancée au terme de sa rencontre du lundi 18 mars autour du chef de l'Etat, Félix Tshisekedi. Trois grandes décisions sont issues de cette réunion, à savoir la suspension de l'installation du nouveau Sénat, le report sine die de l'élection des gouverneurs de province ainsi que l'ouverture des enquêtes par le PGR près la Cour de cassation pour des cas de corruption avérés aux dernières sénatoriales. Quelle sera la réaction de la Céni ? wait and see.

On connait désormais les grandes tendances des sénatoriales dans les 24 provinces retenues par la Céni aux scrutins du 15 mars 2019. Une fois de plus, le Front commun pour le Congo (FCC), la plateforme politique de Joseph Kabila, a battu le record en alignant 91 sénateurs, contre 6 pour Lamuka et 3 pour CACH.

Dans le parti présidentiel, l'Udps, ces résultats ont suscité une vague d'indignations, obligeant ses « combattants », surchauffés, à braver la rue pour manifester leur ras-le-bol. Kinshasa, Mbuji-Mayi (Kasaï Oriental) et Kananga (Kasaï central) ont connu de fortes tensions le week-end.

De la cité de l'Union africaine où il a établi ses bureaux, le chef de l'Etat, Félix Tshisekedi, a rompu le silence, appelant vivement les déçus des sénatoriales du 15 mars au calme, en attendant de grandes décisions, annonçait-il, qui devaient sortir de la réunion institutionnelle du lundi 18 mars 2019.

Finalement, la réunion interinstitutionnelle, qui s'est réellement tenue autour du président Félix Tshisekedi, vient de rendre son verdict. On en retient trois grandes décisions majeures.

Prenant en compte les graves soupçons de corruption qui pèsent sur les sénatoriales du 15 mars, la réunion interinstitutionnelle a décidé de suspendre l'installation du nouveau Sénat, tout en instruisant le procureur général près la Cour de cassation à ouvrir des enquêtes pour statuer sur les cas avérés de corruption recensés dans les 24 provinces de la RDC.

La réunion interinstitutionnelle a également levé l'option de reporter sine die l'élection des gouverneurs et vice-gouverneurs des provinces, initialement prévue pour le 26 mars 2019, dans les 24 provinces de la RDC.

Levée de bouclier

Sans surprise, la décision de la réunion interinstitutionnelle, suspendant l'installation du nouveau Sénat, tout en reportant l'élection des gouverneurs des provinces, n'a pas laissé indifférente la classe politique.

Si, à l'Udps, on applaudit la voie tracée par la réunion interinstitutionnelle, au PPRD, premier parti politique du FCC, on ne cache pas son dépit. Faudrait-il rappeler qu'en marge des échauffourées de ce week-end, les sièges du PPRD ont été spécialement pris pour cibles par les militants de l'Udps aussi bien à Kinshasa, Mbuji-Mayi qu'à Kananga.

Comme pour répondre à la réunion interinstitutionnelle qui tente de réorienter le cycle électoral, le PPRD fait comprendre que« le calendrier électoral est publié par la CENI. Il ne revient donc pas à un parti politique de décider unilatéralement du report des scrutins concernant les gouverneurs et vice-gouverneurs de province ». Alors que l'Udps fait mention des cas de corruption dont se seraient rendus victimes ses députés provinciaux, le bureau politique du PPRD pense que « les députés ont voté en âme et conscience, car leur mandat n'est pas impératif ». A ce titre, le PPRD note qu' « il revient à chaque parti de sensibiliser ses députés et de monter des stratégies adéquates pour les fidéliser conformément aux orientations de leurs instances dirigeantes ».

La réaction du FCC n'a pas non plus tardé. D'emblée, le FCC est loin d'adhérer à la logique de la réunion interinstitutionnelle. Tout en encourageant « la poursuite des enquêtes pour faits de corruption » aux sénatoriales, le FCC relève cependant que les options levées par la réunion interinstitutionnelle vont dans le sens d' « entraver le processus de mise en place des institutions ».

Prenant en compte « la menace qui pèse sur le cycle électoral », le FCC indique qu'il « ne souscrit aucunement aux décisions » de la réunion interinstitutionnelle qui « vont à l'encontre des lois de la République ».

Que dira la Céni ?

Après les grandes décisions de réunion interinstitutionnelle, c'est la réaction de la Céni qui est vivement attendue.

Quelques jours avant la tenue des sénatoriales, la Céni avait réservé une fin de non-recevoir à la proposition du PGR près la Cour de cassation de visant le report de l'élection des sénateurs, pour raison d'allégations de corruption recueillies par ses services. Comme argument de base, la Céni avait brandi l'indépendance lui reconnue par la Constitution, estimant que, pour toutes les matières se rapportant aux élections, elle ne devait subir aucun diktat.

Maintenant que la réunion interinstitutionnelle vient de décider du report de l'élection des gouverneurs, la Céni va-t-elle s'incliner ou se comporter comme elle l'a fait à l'endroit du PGR près la cour de cassation en agitant le spectre de son indépendance ? Suspense. Sans doute, la Céni ne tardera pas à réagir pour remettre les pendules à l'heure.

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