19 Mars 2019

Algérie: Nouvelle adresse de Boutef - Attention à ne pas pousser le peuple à bout !

En Algérie, le bras de fer continue entre le président Abdelaziz Bouteflika et son peuple. En effet, cloué par la maladie dans un fauteuil roulant et poussé, après 20 ans de pouvoir, à la sortie par son peuple qui ne veut pas entende parler d'un cinquième mandat, Abdelaziz Bouteflika qui a pris, face à la clameur générale, la décision du renoncement au mandat querellé, ne veut pourtant pas larguer les amarres.

En effet, le chef de l'Etat algérien dont le mandat arrive à expiration en fin avril prochain, a confirmé par voie de missive qu'il restera en poste jusqu'à la fin de la transition.

Dans le même temps, il promet de soumettre une nouvelle Constitution à référendum suite aux travaux d'une Conférence nationale qui verra, entre autres, une forte représentativité des jeunes et des femmes.

On ne peut jurer de rien à l'expiration officielle du mandat de Bouteflika

Une obstination à s'accrocher au pouvoir qui ressemble, à s'y méprendre, à un défi lancé à son peuple qui ne demande ni plus ni moins que son départ et celui de son système. Mais attention à ne pas pousser le peuple algérien à bout !

Car, si l'on peut saluer le civisme et le patriotisme qui ont jusque-là prévalu dans ces manifestations pacifiques, l'on ne peut, en revanche, jurer de rien à l'expiration officielle du mandat de Bouteflika, d'autant que la question de la transition semble loin d'être tranchée.

En effet, l'empressement du valétudinaire président à se porter à la tête de la transition après son renoncement forcé à un cinquième mandat, est significatif du manque de sérénité dans ses rangs, à l'approche de la date fatidique de la fin officielle de son mandat, le mois prochain.

A tout le moins, cela traduit non seulement son impréparation à céder le pouvoir, mais aussi et surtout sa volonté de garder la haute main sur la conduite des affaires de l'Etat, en attendant de voir l'évolution de la situation. Mais c'est oublier peut-être un peu trop vite que le peuple algérien tiendra à avoir son mot à dire.

D'ailleurs, pour une grande partie de la société civile, il n'y a pas mieux qu'une instance morale d'arbitrage, composée de hautes personnalités nationales, pour conduire la transition. C'est dire si la proposition de Boutef, si c'en est une, ou sa décision de conduire lui-même la transition, risque de ne pas passer au sein du peuple.

La pilule sera amère à avaler. Il faut même craindre que cela ne contribue à jeter de l'huile sur le feu. A moins que cette sortie du chef de l'Etat, visiblement en quête de soutiens, ne soit arrimée à du « solide », comme par exemple, l'appui de la Grande muette.

Dans ce cas, cette décision de Boutef pourrait avoir valeur d'avertissement, en prélude à un éventuel plan B qui le verrait tenter de reprendre manu militari le contrôle de la situation pour siffler la fin de la récréation.

Dans une telle éventualité, la question serait de savoir si l'armée algérienne est prête aujourd'hui à tirer sur le peuple pour sauver le fauteuil... roulant de Boutef.

Quoi qu'il en soit, si le président algérien fait preuve de cécité politique, il risque de boire le calice de la déchéance et de la honte jusqu'à lie, à l'image de bien de ses prédécesseurs qui n'ont su lire les signes des temps en ramant à contre- courant de la volonté de changement et de la soif d'alternance de leurs peuples respectifs.

Bouteflika semble avoir poussé un pion bien trop loin. Reste à savoir si son peuple le suivra ou fera échec et mat au roi

Bouteflika et les siens doivent comprendre qu'ils ont fait leur temps. A moins que tout ce ramdam orchestré par les proches de Boutef, n'ait finalement pour objectif d'amener les manifestants à s'organiser pour ouvrir un dialogue en vue d'une sortie négociée pour le président et ses proches.

En tout état de cause, le peuple algérien semble plus que jamais décidé à prendre son destin en main. Et tout porte à croire qu'il est allé aujourd'hui trop loin dans la contestation, pour reculer.

Car, la petite étincelle de la contestation, qui a commencé de façon presqu'anodine, est devenue, un mois plus tard, un grand brasier qui n'est pas prêt de perdre en intensité et que plusieurs canadairs ne suffiraient même pas à éteindre. Il en faut donc plus que des effets d'annonce pour mettre fin à la colère et arrêter la bronca du peuple algérien.

C'est pourquoi Bouteflikla et les siens gagneraient à jouer la carte de l'apaisement et éviter toute volonté de passage en force, s'ils ne veulent pas sortir de l'histoire par la fenêtre ou par une porte dérobée. Le chef de l'Etat a d'autant plus intérêt à saisir à temps la perche que lui tend le peuple qui, malgré la contestation, veut lui éviter une humiliation.

Et l'histoire nous enseigne à souhait qu'aucun dictateur, si puissant soit-il, n'a jamais triomphé d'un peuple déterminé.

C'est pourquoi, dans ce bras de fer qui ressemble à une partie d'échecs, Bouteflika semble avoir poussé un pion bien trop loin en décidant de prendre la tête de la transition. Reste à savoir si son peuple le suivra ou fera échec et mat au roi.

Algérie

Neuvième vendredi de manifestation - La rue maintient la pression

Les Algériens sont de nouveau attendus dans la rue ce vendredi, jour de la grande prière hebdomadaire dans… Plus »

Copyright © 2019 Le Pays. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.