19 Mars 2019

Cote d'Ivoire: Briques préfabriqués commerciales - Un business lucratif mais parfois source de catastrophes

En plus du mauvais emplacement des fabricants, la qualité des briques préfabriquées constitue l'une des raisons qui font courir de graves dangers pendant la saison des pluies. Et pourtant, le marché gagne en volume.

Les murs du logement que Charles Kouassi, jeune instituteur, loue à Yopougon-Maroc, sont constamment humides. La situation s'est davantage dégradée avec cette saison des pluies annoncée comme particulièrement prononcée et qui a déjà fait une vingtaine de morts entre juin et juillet.

L'eau suinte des murs à telle enseigne que Mme Kouassi, l'épouse du jeune enseignant, est contrainte de faire en sorte qu'aucun des biens, notamment mobiliers et vestimentaires ne touchent les murs permanemment mouillés et recouverts de moisissures. Pourtant, le couple est formel: «le toit ne coule pas ». L'explication se trouve donc ailleurs !

«Le problème vient de l'épaisseur du mur et de la consistance des briques qui le composent », déduit Charles Kouassi. Au dire du jeune maître d'école, les cas similaires sont légions dans son quartier mais également dans d'autres quartiers d'Abidjan où vivent certains de ses parents et collègues.

La situation n'est guère meilleure chez Amidou Sangaré, un ami de Charles Kouassi, qui réside dans la commune d'Abobo.

Également marié, M. Sangaré n'a pu nous donner de places assises dans le logement de deux pièces qu'il loue à 80 000 Fcfa. D'autant plus que le lit conjugal est le seul meuble qui échappe à l'humidité.

Il profite de la visite pour raconter la mésaventure d'un collègue chauffeur de taxi qui a dû évacuer précipitamment le logement qu'il habitait à Koumassi. Et pour cause, le bâtiment menaçait de s'écrouler à cause du niveau d'humidité avancée des murs.

Dans tous les cas susmentionnés, les propriétaires sont accusés de ne pas respecter les normes en matière de construction, notamment le dosage du ciment, de sable et de l'eau dans la fabrication des briques.

Sont également pointés du doigt, les vendeurs de briques préfabriquées, accusés de vendre des produits défaillants à des constructeurs impatients de disposer de logements à mettre en location.

Défauts structurels dans la construction

Les murs inclinés ou incurvés pour non-respect des normes de construction sont devenus une chose banale à travers la ville d'Abidjan, tant les bâtiments réglementaires se font de plus en plus rares, même quand il s'agit d'ouvrages publics. En effet, le bénéfice recherché sur chaque projet est généralement privilégié au volet sécuritaire.

Habib Touré, qui conduit différents projets immobiliers initiés par des amis et parents résidant en Occident, reconnait que la gestion desdits projets est une aubaine pour grappiller quelques centaines de nos francs lors des achats des matériaux de construction, notamment les briques.

Surtout que les bâtiments réalisés sont généralement destinés à la location. Ce qui n'est pas évident dans le cas de la réalisation des résidences que les émigrés s'offrent à Abidjan, et pour lesquelles la qualité est le maître-mot.

Youssouf Ouattara, électricien du bâtiment résidant à Abobo, indique que les travaux d'équipement et d'aménagement mal effectués sont dus parfois à la mauvaise qualité des briques qui composent le mur.

«Par exemple, on peut gravement endommager la maison en essayant de saigner le mur pour y installer les gaines oranges dans lesquelles nous faisions transiter les fils électriques», explique-t-il.

À titre d'illustration, il présente des images de pans de bâtiments totalement détruits parce que inutilisables suites à des travaux d'électricité et de plomberie.

C'est la même galère pour les autres acteurs intervenant dans la mise en valeur des bâtisses. Georges Ndri, peintre bâtiment, affirme être constamment confronté à d'énormes difficultés liées à la qualité du mur.

Notamment les risques de fissures dans le mur pendant la phase de grattage qui précède l'application d'une nouvelle peinture. Sans oublier que la peinture n'adhère pas efficacement à la surface murale qui s'humidifie au moindre contact de l'eau.

Du non-respect des normes de fabrication

Interrogés sur la qualité des briques qu'ils proposent à la vente, la quasi-totalité des commerçants répondent - évidemment, la main sur le cœur - que leurs marchandises sont irréprochables.

Le son de cloche différent est venu d'Oumar Diakité, qui reconnait que seules les briques faites sur commande peuvent parfois respecter les normes.

Selon lui, le vendeur tente toujours de réaliser la plus grande marge possible en réduisant les quantités de ciment utilisées en augmentant celles du sable.

Autre facteur, le prix des intrants constitue la principale raison qui conduit à la vente de briques défectueuses.

Salifou Compaoré, commerçant de briques à Adjamé, indique que le prix du ciment en gros étant 90 000 et 95 000 Fcfa la tonne et celui du chargement de sable qui est de 75 000 Fcfa, la brique d'épaisseur 10 cm et de bonne qualité ne saurait être vendue en-deçà de 250 à 350 Fcfa.

Ce qui suppose que les briques d'épaisseur supérieure sont vendues à des prix normaux. Malgré les critiques et désagréments, ce commerce reste juteux pour ceux qui le pratiquent.

Un commerce rentable

Le caractère lucratif de ce business est encore plus perceptible quand on sait qu'un seul chargement de sable peut être exploité avec trois tonnes de ciment.

Il est donc compréhensible, poursuit Salifou Compaoré, que le produit vendu - entre 200 Fcfa la brique 10 creuse et 350 FCfca la brique 15 pleine, en passant par les briques 12 et 15 creuses, respectivement à 225 et 250 Fcfa - pèche parfois par sa mauvaise qualité.

Pourtant, quelques jours auparavant, un autre vendeur dont nous tairons le nom, a vendu des centaines de briques 10 à 150 Fcfa l'unité pour, dit-il, « évacuer un stock qui occupait trop d'espace depuis trop longtemps ».

Paulin Yapi, qui loue ses bras aux commerçants de briques de son sous-quartier à Abobo, pense que ses employeurs n'utilisent pas la quantité de ciment nécessaire pour la confection des briques.

«Pour une tonne de ciment (20 sacs), ils nous demandent 45 briques 10, 35 briques 12 ou 25 briques 15», explique-t-il.

Notre interlocuteur ajoute qu'il arrive que le vendeur exige davantage de briques par tonne de ciment. Il ajoute que certains commerçants vont jusqu'à utiliser quatre à cinq chargements de brouettes - contre trois conseillés - pour un sac de ciment, loin des normes, selon lesquelles.

Quand nous demandons un ordre de grandeur relativement au gain enregistré dans la vente de briques, Mamadou Koné, un vendeur, répond qu'il gagne environ 440 000 Fcfa sur trois tonnes de ciment et un chargement de sable, en tenant compte du coût de la main-d'œuvre qui lui revient entre 15 000 et 20 000 Fcfa. C'est dire si ce domaine a encore de beaux jours devant lui, tant le secteur de l'immobilier et de la construction connaît un dynamisme certain.

Un recours apprécié des constructeurs de bâtiment

Pour des raisons de célérité et de respect des engagements, nombreux sont les promoteurs immobiliers qui ont recours aux briques commerciales.

Benjamin Soro, responsable de plusieurs projets de construction à Abobo et Yopougon, reconnait utiliser ces briques pour faire face à des insuffisances quantitatives qui surviennent constamment lorsque les propriétaires ne disposent pas d'argent pour éviter l'arrêt ou le ralentissement des travaux.

Toutefois, il précise n'avoir recours aux briques commerciales que pour compléter celles déjà disponibles. Comme explication, il affirme que « ce n'est pas bon de tout acheter chez eux, parce que les fondations, notamment, ont besoin de briques dont la qualité est absolument irréprochable».

Malgré ce fait, il y a lieu de constater que bon nombre de bâtiments sont entièrement construits avec des briques commerciales d'après le constat qu'il a pu faire dans différents endroits d'Abidjan. M. Soro souligne que ce procédé est courant dans le cas des maisons basses destinées à la location. Du coup, c'est tout un marché qui reste inaccessible pour les petits vendeurs.

La solution industrielle

Face à la prolifération du secteur informel avec les risques que cela suppose, le marché ivoirien a enregistré l'apparition d'une autre catégorie de fournisseurs qui offrent des briques qui seraient à même de servir pour l'élaboration des fondations voire la construction d'immeubles entiers. Il s'agit de briques préfabriquées industrielles.

C'est donc tout logiquement que ces derniers proposent des produits dont les prix sont plus élevés d'environ 150 à 350 Fcfa plus chers que ceux proposés par les petits vendeurs et selon différents formats.

Alain Koffi est un employé dans une entreprise qui exerce dans cette catégorie. Il explique que les matériaux utilisés pour la confection de leurs briques obéissent à des règles strictes. Notamment le choix du type de sable et de gravillon utilisés qui seraient des «produits testés en laboratoire avec des moyens techniques modernes, contrairement aux particuliers qui exercent dans le secteur», dit-il.

Un secteur à réglementer

De nos investigations, il ressort que tout le monde peut s'adonner au commerce des briques, si l'on dispose d'un espace, d'un peu d'argent et de bras valides pour confectionner la marchandise. Issa Zongo et Kherfala Kourouma avouent n'avoir pas eu besoin de l'accord d'aucune autorité administrative pour s'installer.

M. Kourouma explique que « le truc, c'est trouver un bon endroit dans les nouvelles zones de construction ou les nouveaux quartiers».

En réponse à la question de savoir s'il existe des recours possibles pour le client insatisfait, il souligne que les contentieux se gèrent à l'amiable entre les deux parties.

Et d'ajouter que certaines affaires sont parfois portées devant les autorités policières. M. Zongo reconnait, pour sa part, que le client a très peu de chance d'avoir gain de cause parce que les transactions se déroulent toutes dans un cadre informel.

Les normes à respecter...

Selon les investigations, il ressort que les normes en vigueur en matière de construction immobilière sont celles des pays occidentaux, notamment la France. En attendant que les règles soient établies conformément aux réalités ivoiriennes, et en rapport les conditions climatiques locales.

Parfait Kakou, directeur du Pôle bâtiment et aménagement du territoire au Bureau national d'études techniques et de développement (Bnetd) donne quelques éléments de bases à suivre. M. Kakou indique que les briques sont classées selon leur résistance en fonction des différentes composantes et suite à des tests d'écrasement. L'on a des types de résistance 40 pour bâtiments ordinaires (maisons basses), 60 pour des bâtiments de trois niveaux au maximum et 80 pour les immeubles de plus de trois niveaux.

Au dire de l'expert, trois chargements de sable d'une brouette ordinaire permettent l'obtention de briques de qualité à partir d'un sac de ciment. Il précise qu'il ne s'agit pas de remplir exagérément la brouette comme c'est le cas chez les petits vendeurs de briques.

Le directeur du Pôle bâtiment et aménagement du territoire au Bnetd souligne qu'une eau contenant des substances corrosives (notamment salée) ou ne permettant pas l'adhésion du ciment et du sable n'est pas indiquée dans la fabrication de briques. Il ajoute que les presses utilisées sont également un facteur important à prendre en compte car leur impact est déterminant quand les composants sont aux normes.

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