20 Mars 2019

Sénégal: Oumar Dia, Sg Sudes/Esr - «L'enseignement superieur a enregistré des reculs inquietants»

interview

L'enseignement supérieur et la recherche a enregistré «des grands reculs inquiétants» en sept ans. C'est conviction Secrétaire général du Syndicat unitaire et démocratique des enseignants du Sénégal/Enseignement supérieur et de la recherche (Sudes/Esr), Oumar Dia qui doute même de l'effectivité des 430 milliards annoncés publiquement en 05 ans.

M. Dia relève aussi une dégradation des conditions de travail (déficits d'infrastructures, de personnels et de budgets) et une gouvernance remettant en cause l'autonomie des universités publiques.

Au détour d'un entretien, le syndicaliste invite les autorités à l'achèvement de tous les chantiers (universités et ISEP) en cours, la fin de l'orientation des bacheliers dans le privé, la suppression de l'Université virtuelle du Sénégal (U.V.S) ou, à défaut, sa réorientation vers des profils plus adaptés que ceux des nouveaux bacheliers.

Quel bilan tirez-vous du septennat de Macky Sall sur la gouvernance de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ?

Le premier mandat du Président Macky Sall, contrairement à ce que clame son Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation (M.E.S.R.I), est un mandat qui s'est caractérisé par des reculs inquiétants dans le secteur de l'Enseignement supérieur et de la recherche.

Pendant le premier mandat du président Macky Sall, son gouvernement s'était publiquement engagé à investir 430 milliards en 05 ans dans l'Enseignement supérieur et la recherche ; ce qui, d'après lui, représente 2,5 fois l'investissement total dans le secteur entre 1960 et 2012.

Au vu des résultats modestes obtenus en 07 ans, voire des grands reculs enregistrés, le Sudes/esr doute de l'effectivité de tels investissements dans le secteur.

Le constat du Sudes/esr, c'est que le premier mandat du président Macky Sall s'est caractérisé par une grave dégradation des conditions de travail dans l'Enseignement supérieur et la recherche (déficits d'infrastructures, de personnels et de budgets) mais aussi par un recul sans précédent de la gouvernance du secteur (nouvelle loi remettant en cause l'autonomie, actes illégaux et abus de pouvoir de la part de certains recteurs).

«C'est que le premier mandat du président Macky Sall s'est caractérisé par une grave dégradation des conditions de travail»

La détérioration des conditions de travail dans l'Esr : c'est pendant le premier mandat du président Macky Sall que, pour la première fois dans l'histoire du Sénégal, l'effort d'augmentation réelle des infrastructures n'a pas été proportionnel à celui de l'augmentation des effectifs des bacheliers.

Alors que le ratio préconisé par l'OCDE est d'un (01) enseignant pour douze (12) étudiants, celui de l'UNESCO un (01) enseignant pour vingt-six (26) étudiants, au Sénégal la moyenne nationale est d'un (01) enseignant pour soixante-sept (67) étudiants avec des variantes pouvant aller jusqu'à un (01) enseignant pour cent trente-sept (137) étudiants à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université Cheikh Anta Diop.

Une étude du Sudes/esr montre qu'il faut recruter au moins 500 enseignants-chercheurs par an pendant 05 ans pour se hisser au niveau de la norme UNESCO.

En plus de ce déficit en personnel enseignant et de recherche, le Sudes/esr déplore également les déficits en infrastructures et en budgets des universités.

Malgré la forte augmentation des effectifs des bacheliers, aucune nouvelle infrastructure universitaire d'envergure n'a pu être entamée et achevée entre 2012 et 2018. Les budgets des universités (malgré la très forte massification) n'ont pas connu d'augmentation significative non plus.

Ce qui a occasionné un impact négatif non seulement sur l'efficacité interne (taux de réussite) et externe (taux d'insertion du peu de diplômés produits par les universités) mais aussi sur l'autre mission fondamentale de l'université, à savoir la recherche.

Le premier mandat du président Macky Sall s'est aussi caractérisé par un recul dans la gouvernance du secteur de l'Enseignement supérieur et de la recherche.

Avec la nouvelle loi sur les universités publiques, elle a consacré l'avènement, à la tête des universités, de conseils d'administrations constitués majoritairement de personnels non académiques et délibérant sur des questions pédagogiques et scientifiques.

Ce qui est une remise en cause de l'autonomie pédagogique et scientifique des universités. Un autre signe de recul dans la gouvernance des universités a trait aux prises d'actes illégaux et aux cas d'abus de pouvoir de la part de certains recteurs qui, mêmes condamnés par la Cour suprême, persistent dans leur refus de respecter la loi de la République.

Le président Macky Sall, réélu, va bientôt procéder à la formation d'un nouveau gouvernement. Quelles sont vos attentes ?

Face à la dégradation des conditions de travail dans l'enseignement supérieur et au recul dans la gouvernance du secteur, le Sudes/esr attend de Macky II l'achèvement de tous les chantiers (universités et ISEP) en cours, la fin de l'orientation des bacheliers dans le privé, la suppression de l'Université virtuelle du Sénégal (Uvs) ou, à défaut, sa réorientation vers des profils plus adaptés que ceux des nouveaux bacheliers, un plan Marshall de recrutement d'au moins cinq cent (500) enseignants-chercheurs et chercheurs par an et la mise en place d'un financement conséquent de la recherche pour assurer l'indépendance scientifique du pays.

Nous prônons une révision de la loi cadre sur les universités publiques en vue de préserver leur autonomie gravement menacée et la notification aux recteurs que leur responsabilité personnelle sera engagée dans tous les cas avérés de prise d'actes illégaux ou d'abus de pouvoir pouvant conduire à la condamnation de leurs universités.

«Nous prônons une révision de la loi cadre sur les universités publiques en vue de préserver leur autonomie gravement menacée»

Le Président peut-il, dans le cadre de son deuxième mandat, achever tous les chantiers en cours et mettre complètement en œuvre les conclusions de le Cnaes?

Pour le Sudes/esr, le président de la République peut bien, dans le cadre de son deuxième mandat, terminer tous les chantiers en cours et mettre complètement en œuvre les conclusions de la Cnaes.

Des infrastructures moins importantes et moins vitales pour le pays que le Centre de conférence international Abdou Diouf (Cciad) de Diamniadio qui a coûté 80 milliards au contribuable sénégalais a été réalisé en 10 mois.

Lors de la pause de la première pierre de l'Université Amadou Mahtar Mbow de Diamniadio en mars 2015, le président Macky Sall avait lui-même reconnu que le Cciad était la preuve que l'Uam pouvait être réalisé en un temps record.

Ayant cru à cet engagement du président Macky Sall, le Sudes/esr s'attendait à ce que l'Uam soit livré au plus tard en octobre 2016.

À ce jour, les travaux de cette université sont très peu avancés et presque à l'arrêt. Entre temps, l'État a entamé et fini de réaliser d'autres infrastructures très coûteuses et moins importantes pour le pays comme l'Arène de lutte de Pikine (32 milliards) et l'Arena stadium (50 milliards).

Pour le Sudes/esr donc, rien n'empêche l'achèvement des infrastructures entamées depuis 2012. Tout dépend de la volonté politique du président Macky Sall de le faire. De même pour ce qui est de la mise en œuvre complète des recommandations de la Cnaes.

Sur cette dernière question précisément, le Sudes/esr est surpris par le très peu d'empressement du gouvernement à mettre en œuvre les décisions présidentielles sur l'enseignement supérieur et surtout celle relative à la réorientation du système vers les formations professionnelles courtes, avec au moins un Institut supérieur d'enseignement professionnel (ISEP) dans chaque région.

Quelles sont alors les priorités du Sudes/esr en 2019 ?

La suppression du fonds national de solidarité pour les retraités qui est de fait précaire et aléatoire et son remplacement par une pension digne pour tous.

L'exécution des arrêts de la Cour suprême remettant en cause leurs actes illégaux et leurs abus de pouvoir par les recteurs de l'Université Assane Seck de Ziguinchor et Cheikh Anta Diop de Dakar constituent nos principales priorités pour 2019.

«La suppression du fonds national de solidarité pour les retraités»

S'y ajoutent la revalorisation de la prime de recherche de trois-cent mille (300000) francs cfa par an à un million cinq cent mille (1500000) francs cfa par an, la revalorisation du perdiem de voyage d'étude à l'étranger, de seize mille trois-cent quatre-vingt-treize (16393) francs cfa par jour à cent cinquante mille francs (150000) francs par jour.

Le respect du droit au voyage d'étude pour les nouveaux collègues après deux ans révolus à la date du 31 juillet par le Recteur de l'Université Cheikh Anta Diop.

Des mesures spéciales et urgentes en faveur de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université Cheikh Anta Diop et la fin des discriminations sexistes (ENSETP et CESTI) à l'Université Cheikh Anta Diop.

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