Sénégal: Momar Thiam - «Du moment où le président n'a pas encore prêté serment... , c'est le statu quo»

Trois semaines après la proclamation définitive des résultats du scrutin du 24 février 2019 par le Conseil constitutionnel désignant Macky Sall vainqueur au premier tour avec 58,26% des suffrages, le président élu est dan l'obligation d'attendre jusqu'au 02 avril prochain pour faire sa prestation de serment et ainsi former son nouveau gouvernement.

De l'avis de Momar Thiam, expert en communication politique et Dg de Heic, ce «retard» s'expliquerait par la tradition républicaine de fixer une date pour la prestation de serment du président nouvellement réélu. Par ailleurs, il juge cette situation anormale et avance que c'est au président de montrer la voie à suivre.

Pour le professeur Momar Thiam, la situation qui prévaut au Sénégal en cette période post électorale est anormale et pour y parer, c'est au président nouvellement réélu de montrer la voie à suivre.

Même s'il admet que c'est la tradition républicaine qui fait qu'un président élu se voit fixer une date pour sa prestation de service, le spécialiste en communication politique n'y va pas par quatre chemins pour proposer des solutions à ce qu'il nomme «un désert politique».

Il est d'avis que «la première sortie du président réélu, c'est d'appeler au travail », même si, soutient-il, «j'admets que c'est bien d'appeler au dialogue», faisant allusion à l'appel au dialogue du président vers l'opposition, le 07 mars, jour de la proclamation des résultats définitifs de la présidentielle. Selon Momar Thiam, en lançant cette invite au peuple, le président «fait comprendre que le travail continue, pour faire mieux ».

Et cela aurait permis aux services publics et aux ministères en premier de s'adonner à la tâche, parce qu' il y va de l'intérêt des citoyens », souligne-t-il.

Ensuite, poursuit le professeur, «il faut faire comprendre autant au personnel politique, aux membres du gouvernement qu'aux détenteurs du service public que la continuité du service public est un temps».

Pour Momar Thiam, c'est pas parce que le président est nouvellement réélu que tous «ceux qui doivent faire fonctionner le service public doivent être dans un attentisme total», dénonce l'expert en communication politique.

« Ce statu quo s'explique par les carences du personnel politique qui n'a pas le sens de la chose publique»

Revenant sur l'inertie des politiques, Momar Thiam constatera qu'effectivement, «à partir du moment où le président n'a pas encore prêté serment, et que l'ensemble du personnel sait qu'il va y avoir la constitution d'un nouveau gouvernement, c'est un peu le statu quo».

Poursuivant son analyse, il explique que cela ne devrait pas être pour la bonne et simple raison qu'il y a ce qu'on appelle «la continuité du service public qui voudrait que même si le président annonce qu'il y avoir un remaniement, que les ministères, les agents et les institutions de la République continuent de fonctionner normalement».

Et c'est tout le mal de «notre démocratie», se désole le professeur qui fait savoir que deux raisons expliquent cette situation. Souvent, «on a un personnel politique qui n'a pas le sens de la chose publique».

Parce qu'au cas contraire, soutient Momar Thiam, la continuité de l'Etat serait un sacerdoce. « Même s'il arrive qu'on dise à un ministre qu'on va vous remplacer demain, celui-ci doit faire son travail jusqu'au moment où il doit être remplacé ».

De l'avis du Dg du Heic, « le sens de la chose publique voudrait que les institutions et les agences qui sont rattachées au ministère continuent à fonctionner normalement parce qu'un Etat n'a pas à s'arrêter de fonctionner parce que le président nouvellement élu n'a pas encore prêté serment, et que le gouvernement n'est pas mis en place ».

L'autre raison avancée par M.Thiam, c'est que «malheureusement, ceux qui contribuent à créer ce statu quo aussi au-delà d'avoir le sens de la mission de service, n'ont pas le sens de la chose publique». Il avancera que ces deux notions différentes (le sens du service public et de la chose publique-Ndlr), devraient faire l'objet de toute une culture.

Pour lui, cette culture de la chose publique voudrait que même un «ancien Premier ministre occupe un poste de simple ministre, si le besoin se fait sentir.

Mais vous ne verrez jamais un ancien Premier ministre chez nous et même quelque part en Afrique redevenir un simple ministre. Et c'est une question de culture républicaine qui fait défaut dans notre République», dénonce Momar Thiam.

«La co-responsabilité des médias, détenteurs de l'agenda politico-médiatique»

Pour Momar Thiam, depuis la réélection de Macky Sall à la magistrature suprême, le landerneau politique est pollué par deux facteurs : le débat autour d'un troisième mandat pour Macky Sall qui n'a même pas entamé le second, mais aussi la constitution du nouveau gouvernement. Sur ces sujets à polémique, Momar Thiam « indexe un peu la coresponsabilité des médias», qui sont d'après lui «détenteurs de l'agenda politico-médiatique».

Et du coup, arguera-t-il, le personnel politique fait du suivisme et justement dans cette atmosphère de suspicion, «au lieu de travailler, ils sont tous (les politiques-Ndlr) chez les marabouts pour essayer de sauvegarder leur poste », dénonce notre interlocuteur.

Et de poursuivre en soutenant qu'il y a autant la «responsabilité du personnel politique par manque de culture républicaine et de manque de service public », le tout corrélé à la coresponsabilité des médias qui dirigent le débat politico- médiatique.

Et pour M.Thiam, tout cela continue à polluer la chose publique de sorte que les citoyens n'ont plus d'interlocuteurs au niveau des ministères et des agences. Ce qui n'est pas sans conséquence, à en croire le professeur qui explique que le «premier effet induit, c'est d'abord le ralentissement du service public parce qu'on est en mal d'interlocuteur».

Quand au deuxième effet induit, Momar Thiam révèle que cela «déteint même sur le second mandat du président». La preuve, «c'est le débat autour du 3ème mandat, le remplacement supposé ou non de Moustapha Niasse au niveau de l'hémicycle ».

Pour l'analyste, cela pollue complètement l'atmosphère politique de sorte que les citoyens, au lieu d'avoir en face d'eux un personnel ou des directeurs généraux qui s'occupent d'eux, se retrouvent un peu dans un «désert ambiant pollué par un débat politique qui constitue un frein au développement des services publics. Donc, le citoyen est lésé», se désole M.Thiam.

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