20 Mars 2019

Afrique de l'Ouest: Transport et migrations internationales - Ces facteurs entretenant les tracasseries routières

Le transport a contribué à l'accentuation de la migration en Afrique, notamment dans l'espace CEDEAO. C'est en substance ce que l'on peut retenir de l'atelier sur «Le transport au prisme des migrations internationales et de la circulation des savoir-faire», organisé hier, mardi 19 mars par le WARC et le MOVIDA.

L'enseignant chercheur à l'UGB de Saint-Louis, Mamadou Dimé relève que les transports ont fortement contribués à l'accélération des migrations notamment dans l'espace CEDEAO. A l'en croire, les investissements réalisés par les migrants dans le secteur du transport sont très importants.

Cela illustre une mondialisation dans le Sud car les véhicules sont importés des pays comme l'Inde ou la Chine.

Il s'exprimait, hier mardi, à l'occasion d'un atelier, organisé par le Centre de Recherche Ouest Africain (WARC), en collaboration avec le Laboratoire Mixte International de recherche MOVIDA (Mobilités, Voyages, Innovations et Dynamiques dans les Afriques méditerranéenne et subsaharienne), sur le thème «Le transport au prisme des migrations internationales et de la circulation des savoir-faire».

Selon lui, ce sont des acteurs qui sont peu présents dans les médias mais qui contribuent à l'établissement de liens entre des pays comme l'Inde et la Chine et ceux d'Afrique, à travers la circulation des marchandises.

Pour le professeur Dimé, les raquettes constatées au niveau des frontières s'expliquent par la volonté des Etats de ne pas lâcher leur souveraineté, mais aussi des acteurs locaux de soutirer de l'argent pour compléter leurs faibles revenus.

EXTERNALISATION DE LA POLITIQUE MIGRATOIRE DE L'UE, L'AUTRE PROBLEME

L'autre aspect qui a pris de l'importance ces dernières années, souligne-t-il, c'est l'externalisation de la politique migratoire de l'Union européenne (UE) qui fait qu'on «essaie de décourager les migrants à partir des zones de départ.

Ce qui fait que très souvent, chez les voyageurs au niveau de l'Afrique de l'Ouest, il y a une espèce de stigmate et d'étiquette qui est porté sur ces gens comme de potentiels migrants. Donc il faut les retenir, c'est ce qui accentue ces tracasseries et ces contrôles sur les routes».

Le responsable du système de transport et mobilité des personnes en Afrique de l'ouest à l'IRD-PRODIG, Jérôme Lombard, note que «les systèmes des transports suivent un peu l'évolution de la mobilité des personnes pour développer de nouvelles offres et de nouvelles destinations».

A son avis, les immigrés à distance ou en revenant, changent le transport avec de nouveaux véhicules, de nouvelles pratiques et de gestion.

«Les compagnies d'autocar créées par les immigrés ouest africains sont généralement de bonne qualité, avec une gestion très rigoureuse et des gares routières sécurisées».

QUAND LES FORCES DE L'ORDRE ABUSENT DE LA VULNERABILITE DES MIGRANTS

Pour lui, ces tracasseries que subissent des voyageurs sur les routes ne sont pas spécifiquement liées à la circulation des voyageurs ou des migrants. «C'est devenu une habitude que les Forces de l'ordre demandent de l'argent aux voyageurs sur les routes.

La deuxième circonstance aggravante, c'est que les populations migrantes sont massivement présentes sur les routes et les Forces de l'ordre ont bien compris que ces gens sont vulnérables, fragiles; ils sont obligé de donner.

En plus des ressortissants de l'Afrique de l'Ouest, généralement ce sont des anglophones qui se retrouvent dans l'espace francophone avec des papiers qui sont en règle, mais qu'on peut questionner. Comme l'exemple de la Gambie, c'est à la fois très facile mais en même temps plus difficile».

LE SENEGAL EN RETARD SUR SES VOISINS

M. Lombard qui revient sur la «vraie concurrence» imposée par des pays comme le Mali, Togo, Burkina Faso... souligne que le Sénégal est en train de s'ouvrir à ce système d'autocars sous régionaux, même s'il est en retard par rapport à ses voisins. «Mais c'est une offre qui est croissante et s'améliore de plus en plus.

Longtemps le Sénégal a été difficilement déconnecté avec ses voisins de par la route: la Mauritanie, c'est toujours compliqué; la Gambie, il y'avait cette histoire de pont; la Guinée-Bissau, la route était de piètre qualité; pour le Mali la route après Tamba (est en mauvais état) et la route venant de Bamako n'était pas bitumé.

Il y avait un besoin d'amélioration des infrastructures qui n'étais pas régler et qui handicapait, à l'international, les transporteurs sénégalais qui se sont aussi contentés de transporter les Sénégalais à l'intérieur du territoire parce que la demande étais très forte.»

REMPLACEMENT DES MOTOS-TAXIS JAKARTA PAR DES TRICYCLES : Pr Mamadou Dime apprécie positivement

Pour stopper la délinquance et les accidents de la circulation, l'Etat du Sénégal envisage de remplacer les motos-taxis Jakarta par des tricycles (kamachos) dans les régions de Thiès et de Kaolack.

Le professeur Mamadou Dimé, enseignant chercheur à l'UGB saluent ce projet. «C'est une bonne initiative car la moto n'est pas accessible à tout le monde, comme les personnes âgées et les femmes», explique-t-il.

Il intervenait à l'atelier qui s'est tenu au WARC hier, mardi 19 mars 2019, sur «Le transport au prisme des migrations internationales et de la circulation des savoir-faire».

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