20 Mars 2019

Congo-Kinshasa: Contestation des mesures de la réunion inter-institutionnelle - Le FCC peut-il donner des leçons de légalité à Tshisékédi ?

Installation du Sénat suspendue, élection des gouverneurs et vice-gouverneurs, reportée sine die. C'étaient, on s'en souvient, les principales décisions prises à l'issue de la « réunion institutionnelle » tenue, le 18 mars dernier à Kinshasa, sous la présidence du dirigeant congolais, Félix Tshisekedi.

Des mesures restées manifestement en travers de la gorge de regroupements politiques, parmi lesquels le Front commun pour le Congo (FCC), la plateforme de Joseph Kabila, qui n'ont pas manqué de réagir avec hargne et véhémence.

Pour le FCC, cette réunion ne se présente pas plus à ses yeux, qu'un « cadre de concertation qui ne dispose d'aucun pouvoir de décision et qui ne devrait plutôt que se limiter à la formulation de recommandations qui seraient adressées aux institutions constitutionnellement établies ».

La légitimité de la réunion est tout aussi remise en cause par le Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean -Pierre Bemba, qui se fait fort d'évoquer une rencontre « dépourvue de tout pouvoir décisionnel ».

En clair, ceux qui ont donné de la voix, ne veulent voir en cette réunion interinstitutionnelle, qu'une rencontre « informelle », les plus remontés allant jusqu'à accuser Félix Tshisékédi d'avoir violé la Constitution.

Il n'est pas superflu de rappeler que ces mesures « fortes » selon le pouvoir actuel, font suite au coup de sang de partisans de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti au pouvoir, qui dénonçaient récemment la large majorité engrangée par le FCC aux dernières élections, à l'issue desquelles leur parti n'aura obtenu qu'un siège et sa coalition électorale, le Cach (Cap pour le changement), trois.

Ils n'avaient pas tardé à crier à un vaste vaudeville électoral. Rien de surprenant donc que ces mesures « fortes » ne soient pas du tout du goût du FCC d'autant qu'elles risquent de compromettre dangereusement ses intérêts.

Face à la polémique, il faut se féliciter de la prise de ces mesures conservatoires

Quant au MLC, sa dénonciation de ces décisions pourrait, quelque part, avoir été guidée et nourrie par le ressentiment.

Sans doute ce parti ne veut-il toujours pas voir, même en peinture, Fatshi qui aura, on se rappelle, joué les Judas au sein de la coalition de partis dont le MLC, lesquels avaient décidé de constituer un front uni contre Kabila aux fins de faire échec à ses ambitions de l'époque.

Pour autant, ceux qui contestent ces mesures sont-ils en droit d'accuser le président Tshisékédi d'avoir violé la Constitution et d'avoir outrepassé ses prérogatives ?

Et puis, légalité pour légalité, le FCC de Joseph Kabila, est-il bien placé pour faire la morale et donner des leçons de démocratie au successeur de Kabila, au regard de la gouvernance calamiteuse qui a caractérisé les années de règne de ce dernier ?

Toujours est-il que dans le camp présidentiel, face au tollé que la polémique a suscité autour de ce report et de cette suspension, on se défend.

« Ces décisions, souligne-t-on, ont été prises non pas par la réunion interinstitutionnelle, mais par le Chef de l'Etat, en tant que garant de la Nation et garant du bon fonctionnement des institutions de la République ».

Si tel est le cas, alors quel mal y a-t-il pour un président comme Tshisekedi et surtout dans le contexte qui est en ce moment celui de la RDC, à vouloir affirmer son autorité en s'employant à faire régner l'ordre ?

C'est dire si l'argument de ses détracteurs ne paraît pas solidement défendable. Même si ces derniers affirment que le président congolais aurait cédé à l'émotion face au mouvement d'humeur de ses partisans et disent regretter qu'une affaire privée d'un parti prenne toute la République en otage.

Une chose est sûre : la remise en cause de cette réunion les aurait arrangés qu'ils n'auraient pas émis la moindre critique.

En tous les cas, s'il y a véritablement eu corruption électorale, sous le couvert ou dans l'indifférence totale d'institutions qui n'auraient pas alors convenablement joué leur rôle, les Congolais doivent savoir la vérité, peu importe si cela doit menacer les intérêts d'un camp.

Et l'on ne peut pas reprocher au président congolais d'avoir agi voire tapé du poing sur la table. Il n'aurait pas réagi qu'il aurait continué à passer pour un chef d'Etat fantoche, seulement attaché aux privilèges de la fonction.

Sans doute a-t-il compris la nécessité de s'affranchir de Kabila, comme le lui aurait, du reste, suggéré le président français Emmanuel Macron. Tout porte, en tout cas, à croire que ces mesures participent de cette volonté de s'affirmer.

Auxquelles mesures il faudra désormais ajouter les changements qu'il vient d'opérer à la tête de la très redoutée et très critiquée ANR (Agence nationale de renseignements), avec le départ de son patron, sous sanctions de l'Union européenne (UE).

Cela dit, face à la polémique, il faut se féliciter de la prise de ces mesures conservatoires. Des enquêtes sont en cours et il appartiendra à la Justice de se prononcer.

En fait, l'inquiétude des mécontents, du reste, partagée par la société civile congolaise, devait plutôt être ailleurs, à savoir quelle échéance se donnera la Justice pour mener ses enquêtes sur les soupçons de corruption ?

Tout le mal qu'on puisse lui souhaiter, c'est qu'elle se donne un délai raisonnable et surtout qu'elle fasse preuve d'indépendance.

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