Centrafrique: Des groupes armés réclament la démission du Premier ministre

Une patrouille de militaires et de policiers dans le quartier de PK5 à Bangui, en République centrafricaine.

Selon un communiqué publié le 20 mars par l'AFP, onze des quatorze groupes armés signataires de l'accord de paix centrafricain ont exigé le départ de Firmin Ngrebada et souhaitent « discuter directement avec le président de la République ».

« Firmin Ngrebada n'est plus crédible, il ne fait donc plus office d'interlocuteur pour la suite du processus et doit être remplacé aux fonctions de Premier ministre », précise le communiqué signé par des groupes armés présents à Addis-Abeba où se tient une réunion de suivi de l'accord de paix sous l'égide de l'Union africaine (UA).

Les groupes armés exigent la formation d'un gouvernement d'union nationale et souhaitent désormais discuter directement avec le président de la République. Parmi les onze groupes armés à l'origine de ce communiqué, on retrouve deux des trois principaux mouvements issus de l'ex-Séléka, la coalition à dominante musulmane qui a renversé François Bozizé en 2013 ; l'Unité pour la paix en Centrafrique et le Mouvement patriotique pour la Centrafrique.

Le troisième groupe issu de l'ex-Séléka, le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique, dirigé par Noureddine Adam, n'a de son côté pas signé la déclaration, de même que deux groupes antibalaka, qui prétendent défendre les intérêts des chrétiens et des animistes. La réunion de suivi, qui a débuté lundi à Addis-Abeba, a été convoquée par l'UA, le 6 mars, après l'annonce du nouveau gouvernement issu de l'accord, jugé insuffisamment « inclusif » par la majorité des groupes armés présents à Khartoum.

La plupart d'entre eux ont alors appelé à un remaniement ministériel, affirmant toutefois ne pas se désolidariser du texte signé en février dernier et censé ramener la stabilité dans ce pays en guerre depuis 2013. Dans leur communiqué, les onze groupes armés « considèrent l'accord toujours valable, au détriment d'un gouvernement mort-né ». De son côté, le commissaire à la paix et à la sécurité de l'UA et principal médiateur de cette réunion, Smaïl Chergui, a indiqué avoir consulté tous les signataires de l'accord et rencontré de nouveau le Premier ministre pour échanger les points de vue sur les moyens d'accélérer sa mise en œuvre. Cet accord de paix, soutenu par tous les partenaires de Bangui et préparé depuis 2017 par l'UA, est le huitième signé depuis le début de la crise. Aucun des précédents accords n'a abouti à un retour de la stabilité, pas plus que la présence de la Minusca, déployée en 2014 qui compte onze mille Casques bleus.

La mise en place d'un gouvernement inclusif constitue le principal point d'achoppement qui risque de faire capoter l'Accord pour la paix en Centrafrique. Nommé Premier ministre fin février dernier, Firmin Ngrebada avait fini par dévoiler une équipe gouvernementale de trente-six membres qui avait ouvert la porte à plusieurs groupes rebelles signataires de l'Accord de Khartoum. Mais la publication de la liste des ministres avait déclenché une révolte qui remettait en cause l'accord arraché après de longues négociations.

Aujourd'hui, la nervosité est palpable du côté des groupes armés qui remettent en cause la crédibilité du Premier ministre et le manque d'inclusion de son gouvernement.

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