Algérie: Tournée européenne du vice-premier ministre algérien - Quand un régime aux abois cherche des soutiens à l'extérieur

Photo: Le Pays
Ramtane Lamamra, le vice-Premier ministre algérien

Pas de prolongation du mandat du président Abdelaziz Bouteflika à la tête de l'Algérie. Telle est la position de nombreux Algériens parmi lesquels se retrouvent toutes les couches sociales et socioprofessionnelles qui maintiennent la pression sur le régime d'Alger.

Ainsi, ils étaient encore plusieurs milliers à battre le macadam, le 19 mars dernier, dans la capitale où étudiants, enseignants et personnels du corps médical se sont retrouvés parmi les manifestants pour dire non au maintien du chef de l'Etat au pouvoir, au-delà de son mandat constitutionnel.

Alger semble chercher de l'oxygène à l'extérieur

C'est dans ce contexte de manifestations anti-pouvoir que le vice-Premier ministre, par ailleurs, ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a entamé une tournée européenne pour rassurer les partenaires internationaux qui « ont le sentiment qu'il se développe une situation potentiellement porteuse de risques », insistant sur le fait qu'« il n'y a pas de préoccupation particulière pour nos partenaires internationaux et en tant qu'Etat et peuple, nous sommes profondément attachés aux principes de non- ingérence dans les affaires internes de notre pays ».

Ainsi, après Rome, le représentant du gouvernement algérien mettra le cap sur Moscou alors que d'autres pays comme l'Allemagne et la Chine en Asie, sont annoncés dans son agenda.

Pour une Algérie généralement jalouse de sa souveraineté, voir le vice-Premier ministre courir de la sorte sur la scène internationale pour un problème domestique, est la preuve qu'il y a péril en la demeure.

En tout cas, le moins que l'on puisse dire, c'est que coincé à l'intérieur par la vague des manifestations qui va toujours plus grandissante, le régime d'Alger semble chercher de l'oxygène à l'extérieur pour faire face à la grogne sociopolitique qui secoue le pays depuis un mois au point d'affecter la stabilité même du pays. C'est donc un régime visiblement aux abois, qui cherche des soutiens à l'extérieur.

D'autant plus que face au mélodrame aux parfums de fin de règne qui se joue en Algérie, certaines grandes puissances et pas des moindres comme les Etats-Unis d'Amérique, ont pris fait et cause pour le peuple algérien dans sa lutte pour l'alternance et qui semble plus que jamais décidé à en finir avec un système vieux de deux décennies.

C'est pourquoi il n'est pas difficile de voir dans certaines destinations du chef de la diplomatie algérienne, comme la Russie ou la Chine, une volonté d'Alger de faire contrepoids à la position de Washington.

D'autant plus que dans ce genre de situations sociopolitiques conflictuelles, les enjeux se jouent certes prioritairement à l'intérieur, mais aussi dans les arcanes des institutions internationales comme l'ONU, qui peuvent aussi avoir leur mot à dire.

En la matière, en se fondant sur les cas libyens et syriens, l'on peut comprendre la démarche d'Alger. Car, dans l'un et l'autre des cas, la communauté internationale avait fini par prendre position.

Dans le cas libyen, en dégommant purement et simplement le Guide de la Jamahiriya sur la base de résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, pendant que dans le cas syrien, la Russie volait in extremis au secours de Bachar el Assad vomi par les Occidentaux avec à leur tête le pays de l'Oncle Sam.

Abdelaziz Bouteflika fait aujourd'hui face à une crise de légitimité de son pouvoir

C'est dire si tout en menant la résistance à l'interne, le pouvoir algérien semble vouloir assurer ses arrières à l'extérieur. Car, la situation peut dégénérer à tout moment.

Et s'il ne faut pas s'attendre à voir des troupes étrangères débarquer en Algérie pour défendre le régime en place, il reste que le soutien de pays comme la Russie ou la Chine qui disposent du droit de veto, peut être déterminant pour les tenants du pouvoir au cas où le problème échoirait sur la table du Conseil de sécurité de l'ONU.

Et connaissant la légendaire rivalité entre les deux grandes puissances du monde que sont les Etats-Unis et la Russie, qui polarisent à eux deux l'antagonisme Est-Ouest, Alger a toutes les raisons de croire qu'elle trouvera à Moscou et à Pékin, des oreilles attentives pour prêcher la non-ingérence étrangère dans ses affaires intérieures.

D'autant que le pouvoir accuse l'opposition, à en croire Ali Benflis, « d'être à la solde de l'étranger ». En attendant de savoir si les soutiens extérieurs recherchés vont prospérer, Ramtane Lamamra a beau courir dans les pays européens et asiatiques, tout porte à croire que la solution à la crise que traverse son pays, se trouve à Alger et nulle part ailleurs.

Car, plus que tout autre chose, Abdelaziz Bouteflika fait aujourd'hui face à une crise de légitimité de son pouvoir dont le peuple algérien veut définitivement tourner la page après 20 ans de règne.

Aussi, qui, mieux que les Algériens, pour trouver la solution à un problème qui les concerne au premier chef et dont les contours se résument en une équation aussi simple que le départ de Bouteflika et de son clan du pouvoir ?

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