20 Mars 2019

Congo-Kinshasa: Deal Félix Tshisekedi-Kitenge Yesu - Chronique d'un journaliste, juriste et politique

Beaucoup d'eaux ont coulé sous le pont, comme de commentaires ont secoué les villes du pays. Comme aussi, par ailleurs, des félicitations en quantité que des diatribes ont inondé la toile. Chacun comme tous, et tous comme chacun, d'un bon comme de mauvais œil, ont vu l'arrivée, diversement interprétée, de Kitenge Yesu aux côtés du président.

Je note que quantité de nos compatriotes n'ont pas connu le Lumumbiste qu'ils assimilent à un vieux, bon pour le garage, bien un opportuniste, mobutiste, tiré du chômage. Et qu'aux côtés de Félix, il va pourrir les fruits verts.

Kitenge Yesu- j'en sais un peu trop sur lui - ne quémande ni ne rampe pour sa survie politique. Il le disait lui-même, je m'en souviens, alors commissaire d'Etat à l'Information sous Mobutu.

Passons. Le choix porté sur lui par le cinquième président est parti du constat caractériel de l'homme. Son agilité - ajoutée à son habilité politique - a compté dans le dévolu. Dont celui d'homme d'Etat, d'un homme parmi les plus craints du pays, comme l'a, comme si j'étais avec lui, affirmé un anonyme internaute qui l'a, sans doute, comme moi, côtoyé.

Pour quiconque connaît Kitenge - qui passe à mes yeux pour l'objecteur de conscience - ce vengeur de Lumumba n'est pas né hier, comme vous et moi. Il s'est jeté, les annales faisant foi, dans l'arène à l'âge de quatorze ans, trait tiré sur le visage, pour venger, arme à la main, le héros national sous la bannière- si je ne me trompe pas- de Pierre Mulele.

Toute sa jeunesse, offerte dans la lutte, Kitenge se découvre sous Mobutu. Qu'il sert avant que Laurent-Désiré Kabila, porté par des armées étrangères, mette fin au régime. Les annales rappellent que le septuagénaire - fait rare autour de la ceinture du maréchal - était le seul à s'opposer, par moment au péril de sa vie, au «guide». De Mulele à Mandungu - paix à ses cendres-, avec qui, ils créent le rouleau compresseur Front commun des nationalistes (FCN) - puis arrive le divorce - Kitenge reste, contre vents et marées - constant. Son radicalisme s'ajoute à la raison sociale du FCN-R qu'il crée par la suite.

A l'avènement de Kabila en 2001, en succession de son père assassiné, Kitenge, hier exilé politique, retourne par N'djili, accueilli par ceux qui l'ont vu s'en aller avec l'espoir de le revoir sur le sol de ses aïeux. Il met ses pieds à Kinshasa, scrute l'environnement politique et proclame son opposition au régime Kabila. Fait rare pour ceux qui, par le fleuve Zaïre ou par les airs, ont quitté précipitamment le pays. Il y ajoute, comme à ses habitudes, un brin de radicalisme. Qui épouse, à bien des égards, celui de l'Union pour la démocratie et le progrès social.

Des hauteurs de Binza, en patriarche, comme son compère Tshimbombo Mukuna, il est consulté, nuits et jours par les composants de la toute nouvelle faune politique. J'en étais et j'en suis témoin. Environs 75 ans d'âge sur ses épaules, le « tomatier » - nom donné à la personnalité par des médias de l'époque - s'oppose au nouveau régime de 2001 et crée, avec ceux qui ont en partage son idéologie politique, l'Opposition républicaine (OR). Mais là-dedans, des taupes aussi. Qui trahissent et qui, à leur départ, emportent la plate-forme qu'ils feignent d'en avoir été le géniteur. Alors qu'en réalité, les annales en indiquent le vrai père dont lui, Kitenge Yesu. Tous, sont allés à la mangeoire. Sauf le septuagénaire, constant et droit dans ses bottes, lance, avec moi et les autres, la Convention des républicains (CR). Plate-forme qui a montré ses capacités à absorber un important nombre de formations politiques. Tous, aujourd'hui, pèsent sur l'échiquier politique national. Ils s'allient à l'UDPS qu'ils portent à bouts des bras jusqu'à l'avènement de Fatshi. Acte I.

Puis Acte II. A l'agonie du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement (Rassop) au lendemain du décès du vénéré Etienne Tshisekedi, son initiateur, Kitenge Yesu tente, face à l'histoire, de sauver les meubles. Mieux, de colmater les brèches. Au plus fort des tractations ayant donné naissance à la plate-forme sur le sol belge, derrière le leader maximo, nœud-papillon au bas du cou comme à ses coutumes, Kitenge Yesu se montre d'un activisme hors du commun.

Etienne Tshisekedi parti, emporté par la maladie, l'autorité morale de la CR- terme qu'il n'aime pas trop - réunit les têtes pensantes du Rassemblement en voie de chavirer, jette ses forces et tente de sauver ce qui en reste. En commençant par tailler bavette avec Félix Tshisekedi - qui reconnaît la personnalité et la sagesse du politicien -, puis Pierre Lumbi et bien d'autres têtes couronnées du Rassop que j'ai vus, de mes yeux, en réunion avec lui, au siège social de la CR, commune de Gombe. Tantôt ici, tantôt là-bas. Deux bureaux disponibles pour recevoir ses hôtes. Des heures du soir jusqu'aux petites heures du matin. Le maître des lieux s'en allait souvent bien tard, amorti par des échanges, pour l'intérêt, naturellement, de l'opposition. Objectif : recoller les morceaux du rassemblement menacé, lui trouver une survie politique, restructurer sa configuration et le maintenir dans l'arène.

Au terme des nuits blanches - la canne d'appui rangée au pied de sa chaise de patriarche - Yesu sort de son chapeau une inédite et extraordinaire structure d'un rassemblement voulu new-look mais avec le même objectif : Félix Président politique, Pierre Lumbi président du comité des sages, en remplacement de Tshisekedi, annoncé mort à Bruxelles. Lui-même, humble mais très habile, oriente, en sous mains, les choses sans, pourtant, un titre précis. Totale réussite d'un rassemblement donné pourtant mort par des adversaires politiques d'en face. Coup de massue de «Jésus» dans l'arène dont beaucoup n'ont vu l'ombre que bien des jours plus tard.

Passons. A son élection, impérium à la main, Félix fait appel à lui. Non parce qu'il a le mérite de piloter l'ombre du chef - je serai naturellement incompris ici - mais puisque, le « tomatier » est bien dans son élément. Ceux qui le fréquentent - moi y compris - ont difficile - je dis bien : difficile, à percer le mystère de l'homme - D'un verbe choisi, «Yesu» convainc toujours au bout de compte. Je suis l'un de ceux l'ont côtoyé aux derniers jours de Mobutu - alors que j'étais jeune mais le plus écouté des aînés auprès de lui. Kitenge n'agissait pas - voire n'agit pas - avant d'avoir écouté.

J'anticipe : Aux côtés du Président, le régime se consolide. Et même se cimente.

KAZADI Désiré-Israël

Journaliste indépendant, juriste

Spécialiste en communication institutionnelle

Haut cadre de l'Union pour le Renouveau Républicain (URR)

Membre du Bureau politique de la Convention des Républicains (CR)

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