21 Mars 2019

Rwanda: Emmanuel Macron n'ira pas au Rwanda pour les commémorations du génocide

interview

Emmanuel Macron ne se rendra pas à Kigali le 7 avril prochain pour la 25e commémoration du génocide rwandais. Le président français sera représenté sur place par Hervé Berville, un jeune député de 29 ans, natif de Kigali. Orphelin, ce dernier a été adopté en 1994, à l'âge de 4 ans, par une famille française qui réside en Bretagne.

Emmanuel Macron a beau avoir entrepris un véritable rapprochement avec les autorités rwandaises, en conviant notamment Paul Kagame à l'Elysée en mai dernier et en militant pour la candidature de Louise Mushikiwabo à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), pas question néanmoins pour lui d'aller trop vite en besogne.

L'histoire récente a montré que les rapports diplomatiques entre les deux pays pouvaient changer du tout au tout en un rien de temps.

Et même si la justice française a prononcé un non-lieu dans l'affaire de l'attentat contre l'ancien président Habyarimana, innocentant plusieurs proches du président Kagame, le dossier n'est pas encore clos.

L'Elysée préfère donc prendre son temps et ne pas prendre le risque de s'exposer à la critique publique. Le rôle ambigu de la France dans le génocide rwandais est loin d'être oublié.

En témoignent ces propos du ministre rwandais de la Justice au mois de janvier dans Jeune Afrique : « Bisesero n'est pas un accident », accusait-il en référence au soutien très tardif apporté par les soldats français de l'opération Turquoise aux Tutsis cachés là-bas.

Pour le représenter aux commémorations, le président français n'a finalement pas opté pour un de ses ministres mais plus modestement pour un député, Hervé Berville. Orphelin tutsi, né à Kigali, son histoire personnelle est associée au génocide. Une partie de sa famille a en effet été massacrée en 1994.

Première réaction d'Hervé Berville

Vous serez le représentant d'Emmanuel Macron aux commémorations du génocide rwandais. Quelle est votre première réaction ?

C'est un grand honneur et une marque de confiance. Etant né au Rwanda, cela a quelque chose de spécial pour moi.

Maintenant, il s'agit de renforcer le dialogue bilatéral et y aller d'abord pour rendre hommage à la mémoire des victimes de ce génocide et montrer au Rwanda et à la communauté internationale que, bien évidemment, la France, et le président Emmanuel Macron, sont aux côtés du Rwanda dans ce moment difficile et douloureux.

C'est le message que vous allez faire passer aux autorités rwandaises dans 15 jours ?

Le message est double. C'est de dire que la France est là pour rendre hommage à la mémoire de ces victimes, aux milliers de gens qui sont décédés dans cette tragédie et faire en sorte que, bien évidemment, cela ne se répète jamais. Le deuxième message, c'est de se tourner vers l'avenir.

De travailler sur les sujets d'intérêts communs, de faire en sorte que le travail déjà engagé entre les deux présidents sur les questions de sécurité, sur l'innovation, sur les questions d'égalité femmes-hommes se poursuive.

Pour cela, on s'appuie sur une nouvelle génération d'hommes et de femmes politiques, d'entrepreneurs, de personnes de la société civile et l'on fait vraiment en sorte qu'entre la France et le Rwanda, il y ait cette relation bilatérale qui s'appuie sur des sujets importants pour les deux sociétés.

Votre histoire personnelle est associée à ce génocide. On imagine que représenter la France dans ces conditions-là sera pour vous particulier ?

Oui, ce sera une émotion particulière parce qu'en effet, je suis né là-bas. J'aurai la volonté de contribuer à mon niveau au renforcement du dialogue, au renforcement entre nos deux sociétés et de faire en sorte que l'on ait ce travail de mémoire, que la place du génocide des Tutsis au Rwanda soit aussi importante dans la mémoire collective française.

Et de la même manière, que la France puisse être en capacité de regarder le Rwanda dans ce qu'il a de nouveau, de stimulant, de dynamique à l'heure actuelle, notamment dans les domaines de la technologie, de la santé, qui sont aux avant-gardes en Afrique.

Pourquoi Emmanuel Macron a décidé de ne pas se rendre sur place ? On peut être un peu étonné lorsque l'on voit toutes les initiatives prises pour rapprocher les deux pays ?

C'est parce qu'il y a eu les rencontres entre les deux présidents qu'il y a la preuve politique des deux côtés. Le président de la République est retenu pour un engagement national important à ce moment-là, il y a aussi la concomitance avec les élections européennes.

Mais surtout, le signal qu'Emmanuel Macron a voulu envoyer avec cette représentation personnelle, qui est aussi accompagnée d'une délégation de parlementaires qui s'impliquent très fortement sur la relation entre la France et le Rwanda, c'est de dire : on accorde une place forte aux nouvelles générations, on se tourne vers l'avenir et on fait en sorte que ce processus de reconstruction soit fort, solide et s'ancre vraiment dans nos deux sociétés.

Vous ne pensez pas que les autorités rwandaises risquent d'être déçues que le président français ne se rende pas aux commémorations ce 7 avril ?

Il faudra leur poser la question. De ce que j'ai pu savoir et échanger, la priorité - ce qui était important - c'est que le président de la République et la France à travers lui, soient aux côtés du Rwanda pour ce moment de deuil, de recueillement et pour rendre mémoire aux victimes du génocide des Tutsis.

Vous savez, c'est toujours mieux d'envoyer le président de la République, mais envoyer un représentant personnel, comme cela a pu être le cas dans d'autres pays sur d'autres sujets, c'est vraiment la marque de l'Elysée et de la France de signifier au pays et au président Paul Kagame l'importance qu'attache Emmanuel Macron à construire une relation sur le long terme.

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