24 Mars 2019

Comores: Présidentielle- Journée de vote particulièrement tendue

Photo: azaliassoumani.com
Azali Assoumani Président des Comores

Plus de 300 000 électeurs de cet archipel de l'océan Indien étaient appelés aux urnes pour une présidentielle anticipée sur laquelle planent des soupçons de fraude. A Moroni, l'opposition a accusé le régime du président Azali Assoumani de «coup d'Etat» électoral et à Anjouan la journée a été marquée par des incidents.

Le ministre de l'Intérieur Mohamed Daoudou a accordé ce dimanche soir une conférence presse. Il n'a pas donné de chiffres, mais a indiqué que le décompte des votes était terminé sur les îles d'Anjouan et de Mohéli, c'est en cours dans la Grande Comore. Les résultats sont en train d'être centralisés.

« La démocratie a triomphé, les citoyens ont exercé leurs droits librement », a déclaré Mohamed Daoudou.

Des propos aux antipodes de ce que dit l'opposition qui, plus tôt, a estimé que le vote était entaché de fraude massive et organisée.

Les douze candidats de l'opposition ont appelé à la révolte, à empêcher physiquement le retour des urnes au palais du Peuple à Moroni, où les résultats sont centralisés.

#Comores 12 candidats d'opposition par la voix du candidat Campagnard dénoncent une élection mascarade. Coup d'État. Population muselée. Gouvernement déclaré illégitime. Appelle peuple à résister et se mobiliser contre l'ignominie. pic.twitter.com/MQCDd3N4KA

Sébastien Németh (@SebastienNemeth) 24 mars 2019

Là-dessus le ministre de l'Intérieur a dénoncé « un appel à la violence qui ne restera pas impuni ».

Quant aux violences, à Anjouan, dimanche matin, des bureaux ont été saccagés car des électeurs avaient constaté que des urnes arrivaient bourrées de bulletins, des routes avaient été barrées, des échauffourées avaient éclaté.

Les journalistes ont vu cinq personnes blessées, dont trois par balle. Interrogé sur un usage excessif de la force, le ministre de l'Intérieur a malgré tout contesté ces faits et parlé lui de deux blessés, un gendarme et un assesseur qui tentait de s'interposer pour éviter le saccage de son bureau.

Quant aux blessés par balle, vus par les reporters, le ministre a dit qu'aucun n'avait été enregistré dans les hôpitaux du pays.

Journée de vote chaotique à Anjouan

La journée de scrutin a été émaillée de tensions sur l'île d'Anjouan. Plusieurs bureaux de vote y ont été saccagés par la population qui soupçonnait des fraudes et d'autres ont été fermés par les forces de l'ordre en raison de violences.

La Céni a confirmé la destruction d'urnes d'une dizaine de localités dans un communiqué qu'elle termine par les dispositions prises pour la reprise du déroulé normale des élections.

Des dizaines de bureaux de vote saccagés et des routes barricadées, c'est le constat effectué dans plus d'une douzaine de localités à Anjouan. « Ils ont voulu tricher alors les bulletins ont été emportés, les urnes ont été cassées.

Les assesseurs qui étaient là ont été dégagés dehors. Les gens se sont énervés. Ils ont compris qu'il y aurait de la triche alors ils ont détruit les urnes », affirme un témoin.

Parfois la foule en colère a été dispersée par la force et les armes comme à Pomoni, ville du sud-ouest de l'île d'Anjouan, où il y a eu trois blessés par balle évacués en pirogue à moteurs jusqu'à Mayotte.

« Il y en a trois qui sont blessés très dangereusement. Il y en a un qui est blessé dans la colonne vertébrale et les autres sont blessés dans les pieds avec des balles. La population villageoise de Pomoni décide d'évacuer à Mayotte dans l'immédiat », affirmé un autre témoin.

« Ce qui nous arrive est très dur : on a tiré sur nos enfants, alors là on les envoie à Mayotte. Nous on est des petits, la seule chose qu'on peut faire c'est de protéger nos enfants », déclare une femme.

La mouvance présidentielle rejette cette version des faits. Reste que les votes n'ont jamais repris dans la plupart des bureaux bloqués.

A Ouani, près de la capitale, les treize bureaux ont été fermés avec plus d'une heure d'avance par l'armée munie de gaz lacrymogènes pour disperser la foule, empêchant la signature des procès-verbaux comme le prévoit le code électoral.

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