25 Mars 2019

Mali: Massacre au centre du pays - L'impunité, l'autre insécurité

Au-delà de la mine d'enterrement, des propos de circonstance pour réconforter les rescapés ainsi que des vivres et des médicaments apportés pour parer au plus urgent, Ibrahim Boubacar Keïta a-t-il enfin pris la mesure, toute la mesure, de ce mal qui est en train de ronger insidieusement le tissu social malien depuis maintenant de nombreuses années ?

Au lendemain du massacre, le samedi 23 mars, de quelque 135 Peuls dans les villages d'Ogossagou et de Welingara, au centre du mali, le locataire du palais de Koulouba s'est en effet rendu dans le premier village cité pour constater de visu toute l'étendue du désastre.

Une tombe commune où gisent une quarantaine de personnes, dont des enfants et des vieillards, des corps jetés dans un puits, des cases et des greniers incendiés, des animaux brûlés vifs, tel est le décor apocalyptique qui s'est offert au présidentiel regard dans ce qui est devenu une cité fantôme après le passage des hordes de barbares, qui ne semblent pas avoir une once d'humanité, tant l'horreur ferait même frémir le diable en personne.

Quel péché inexpiable ont pu bien commettre les suppliciés pour mériter pareil acharnement ? Rien, absolument rien ne saurait expliquer, à plus forte raison justifier, une telle cruauté indicible qui se nourrit en réalité non seulement de l'incapacité des Forces de défense et de sécurité à protéger tous les citoyens et leurs biens, mais aussi de l'impunité, un terreau particulièrement fertile sur lequel pousse ce genre de drame.

En effet, même si l'ampleur dépasse cette fois-ci l'entendement, ce n'est, hélas, pas la première fois que les violences intercommunautaires, devenues cycliques dans le centre du pays, dégénèrent en pogroms qui, si on n'y prend garde, sonnent comme autant de répétitions macabres pour un génocide en règle. Et cela, sans que la justice suive, ce qui peut donner aux bourreaux le sentiment qu'ils sont intouchables, et aux victimes la détestable impression que l'Etat et ses bras séculiers sont complices de ces tueries.

Pour ne prendre que les exemples les plus récents, que ce soit aujourd'hui à Ogossagou au Mali ou hier à Yirgou au Burkina (où entre 50 et plus de 200 Peuls, selon les sources, ont été massacrés en début d'année), la première insécurité, pour ainsi dire, est d'abord judiciaire dans des Etats où , hélas, le déni de justice et la corruption, qui a fini par gangréner tous les maillons de la chaîne (de l'officier de police judiciaire au magistrat en passant par les auxiliaires de justice) semblent devenus les règles d'un droit bien souvent tordu. Une situation qui peut conduire les justiciables désabusés à se faire justice eux-mêmes ou alors à se jeter dans les bras du premier marchand d'illusions venu et ce n'est pas ce qui manque dans ce Sahélistan où les prétendus djihadistes n'en demandaient pas tant.

IBK est donc venu et il a touché du doigt cet autre danger, autrement plus pernicieux que le terrorisme qui sape le vivre-ensemble, les deux se nourrissant d'ailleurs parfois l'un de l'autre. Au-delà des mesures cosmétiques prises pour donner l'illusion d'une véritable volonté politique, va-t-il maintenant prendre le diable par les cornes pour ramener la paix et la sérénité dans cette communauté martyre ? Une chose est sûre, il faut plus que la dissolution de la milice d'autodéfense dogon tout de suite pointée du doigt - même si elle s'en défend - et la valse des bérets dans la haute hiérarchie militaire, décidées dès la commission du forfait, pour que la sécurité et la concorde perdues reviennent.

Mali

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