25 Mars 2019

Burkina Faso: Intelligence africaine de la foi - Le christianisme noir : un christianisme de la résistance

Soyons clair : le christianisme noir n'a pas été absolument un christianisme de soumission. Au début des années 1960, des études ont détecté la présence d'une tradition de résistance à côté de la tradition de soumission.

On peut même affirmer que le christianisme a permis aux Noirs de survivre, dans la mesure où ils se sont fondés sur la Bible pour protester et montrer leur désaccord avec les pouvoirs en place.

On comprend pourquoi les propriétaires d'esclaves avaient, pendant longtemps, résisté à la christianisation des esclaves. Ils étaient conscients du côté subversif de la religion chrétienne et craignaient que les assemblées cultuelles ne deviennent elles-mêmes des viviers de la subversion et de la révolte. En tout cas, c'est ce qui va se produire : de nombreuses insurrections et révoltes vont surgir dans les rangs des esclaves noirs.

Les plus célèbres de ces insurrections ont été l'œuvre de personnalités facilement repérables dans l'histoire comme Gabriel Prosser, Denmark Vesey et Nat Turner. Gabriel Prosser est connu comme un homme qui avait une fréquentation régulière de la Bible et la méditait assidûment. Son héros biblique favori était Samson. Il s'identifiait tellement à lui qu'il était allé jusqu'à porter une chevelure proche de la sienne.

De fait, dans la Bible, le livre des Juges (16, 17) rapporte une prise de parole de Samson où il se confie en ces termes : « Le rasoir n'a jamais passé sur ma tête, car je suis voué à Dieu depuis le sein de ma mère. Si j'étais rasé, je perdrais toute ma vigueur, et je serais comme n'importe quel homme ». Gabriel Prosser serait donc le « Samson noir » dont la mission sera de briser le royaume de la servitude pour instituer une nation noire libre.

Il y a une autre personnalité de la lutte noire : Denmark Vesey. Ses références bibliques majeures sont : Zacharie 14 (sur l'instauration définitive du règne de Dieu) et Josué 6 (sur la liturgie guerrière autour de Jéricho). Vesey croit que toutes les formes de libération, même les plus sanglantes, doivent plaire à Dieu. Mentionnons enfin la grande figure Nat Turner. C'est auprès de sa grand-mère qu'il découvre que le Dieu de la Bible est un Dieu de justice et que le connaître, c'est trouver les chemins de la liberté. Son texte biblique préféré se trouve dans le Nouveau Testament chez l'apôtre Luc 12, 31 : « Cherchez plutôt son Royaume, et cela vous sera donné par surcroît ».

Pour Turner, Dieu veut un changement social radical. Visionnaire apocalyptique et chef charismatique, Turner est à l'origine de la révolte la plus sanglante de l'histoire de l'esclavage américain. Que dire de plus ? Alors qu'il est souvent accusé de n'avoir qu'un accent piétiste, on peut dire que le christianisme noir a été au cœur de la lutte esclavagiste. L'adhésion à la foi chrétienne a permis de fortifier la volonté de résistance des esclaves.

Dès 1774, des esclaves du Massachusetts proclament l'incompatibilité du christianisme et de l'esclavage : « Nous avons en commun avec les autres hommes un droit naturel à nos libertés sans que nous en soyons privés par notre compagnon... Il y a parmi nous un grand nombre de membres sincères de l'Eglise du Christ » (Cf. Albert Raboteau, Slave Religion). Au final, retenons que l'Eglise noire a été le support de toute la fomentation insurrectionnelle.

C'est elle qui fournissait les lieux de rassemblement, faisait circuler l'information et constituait les réseaux de base. S'il revient à chaque époque d'interpréter le message du Christ et de l'exprimer dans un langage qui lui est propre, alors l'Eglise en Afrique doit assumer ce côté subversif de l'Evangile en prenant en compte les questions posées par les hommes et les femmes qui se demandent en quoi le Dieu des chrétiens les concerne dans les conditions dramatiques où ils vivent encore aujourd'hui.

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