26 Mars 2019

Sénégal: Nomination des membres du nouveau gouvernement - La société civile «presse» Macky

La composition du nouveau gouvernement devant ouvrir la dernière mandature de Macky Sall ne suscite pas seulement de fortes attentes de la part des acteurs politiques. La société civile semble elle-aussi en stand-by et à l'écoute de l'attelage gouvernemental en gestation. A la différence près qu'elle ne patiente pas pour des postes ministériels ou autres sinécures. Pour les acteurs de la société civile comme Sadikh Niass de la Raddho, Moundiaye Cissé de l'Ong 3D et autre Babacar Bâ du Forum du justiciable, le gouvernement devant être formé doit cependant l'être davantage sur la base de critères strictement liés à la compétence et à l'expertise. Pour conduire les nécessaires ruptures dans la gouvernance. Et cela, d'autant que les attentes sont criardes en matière d'éducation, de santé, de lutte contre le sous emploi, d'effectivité de la séparation des pouvoirs et d'équilibre des pouvoirs comme de consolidation de l'Etat de droit et d'indépendance de la justice.

MOUNDIAYE CISSE, DIRECTEUR EXECUTIF DE L'ONG 3D : «Le Président doit miser sur un seul et unique critère de nomination : la compétence, l'expertise»

«Il faut dire qu'aujourd'hui, le président Macky Sall a une chance unique de marquer l'histoire du Sénégal à jamais. Parce qu'il n'y a aucun enjeu de réélection sur sa personne. Il va entamer son deuxième et dernier mandat, donc il n'a pas assez de pression ni politique de la part de ses alliés. Il est le premier président de la République sénégalais à connaitre la date de fin de son mandat, le premier président qui va organiser une élection présidentielle à laquelle il ne va pas participer. L'enjeu principal pour lui doit être donc d'entrer éternellement dans l'histoire du Sénégal de façon positive. Et pour ce faire, je pense qu'il doit miser sur un seul et unique critère de nomination, c'est la compétence, l'expertise, le mérite et l'intégrité. Je n'exclus pas que ça n'existe pas dans la classe politique. On peut avoir une composition mixte où on aura des technocrates mais également des acteurs politiques. Parce qu'il ne faut pas oublier que dans la classe politique, il y a également des acteurs qui remplissent ces conditions-là. Mais que ce soit des technocrates ou que ce soit dans la classe politique, le seul et unique critère qui prévaut devrait être la compétence. Aujourd'hui, tout monde sait que Macky Sall a eu à faire comme Wade d'ailleurs, un bilan matériel satisfaisant mais son bilan immatériel reste de loin insatisfaisant. On l'attend sur des questions assez importantes comme l'effectivité de la séparation des pouvoirs, l'équilibre des pouvoirs, la consolidation de l'Etat de droit et surtout davantage sur l'indépendance de la justice. C'est à ces niveaux des réformes aujourd'hui qu'on attend le président de la République. Qu'il s'inscrive dans la continuité en ce concerne les investissements allant dans le sens des réalisations, des infrastructures parce que le pays en a besoin mais également aller vers des ruptures par rapport à ces questions que je viens de souligner. Maintenant il y a d'autres questions qui sont connexes à tout cela, c'est la question du chômage des jeunes qui est une réalité et à ce niveau, je crois qu'en mettant en place un gouvernement avec des profils adéquats, il pourra sortir par la grande porte, en 2024».

BABACAR BA, FORUM DU JUSTICIABLE : «Nous suggérons qu'on ait d'abord un gouvernement dont les critères sont basés sur la compétence»

«Nous suggérons qu'on ait d'abord un gouvernement dont les critères sont basés sur la compétence. Parce que nous ne voulons pas un gouvernement sur la base de redevabilité. Nous voulons un gouvernement des hommes qu'il faut à la place. Et non un gouvernement où telle coalition a un quota de deux ou trois ministres. Des gens qui ont une bonne maitrise de ce qu'ils feront. Une personne qui gère un ministère doit connaitre la matière. Elle doit être qualifiée pour diriger ce ministère-là. Je veux dire par là que nous ne voulons pas tout simplement qu'on nous dise : « voilà, telle coalition m'a soutenu, telle personne m'a soutenu, forcément j'ai tenu à lui donner un poste ministériel ». Si on fait ça, on risque d'avoir un gouvernement incompétent. Maintenant, si toutefois le gouvernement est composé, il y a des priorités. Aujourd'hui, il y a la question de l'éducation nationale mais également la question des réformes judiciaires. Vous avez constaté, durant la campagne électorale, la question liée aux réformes judiciaires. Donc, c'est une question qui revient souvent. D'ailleurs, nous-mêmes, à travers la Plate-forme des acteurs de la société civile pour l'indépendance de la justice, nous avons eu quand même l'occasion d'interpeller les cinq candidats sur les réformes judiciaires et aujourd'hui, ça va être une demande nationale parce que la justice est le pilier le plus important. Elle est importante dans une société. D'ailleurs, même les magistrats en ont débattu. Il y a des réformes qui sont proposées. Donc, nous attendons de ce nouveau gouvernement par rapport à la justice d'appliquer les réformes qui ne font que consolider la justice et renforcer l'indépendance de la justice. Mais également sur l'éducation, il y a des efforts qu'il faudra faire parce qu'encore une fois de plus, l'éducation est un secteur qui est très important. Il faut donc la revaloriser et essayer de satisfaire aujourd'hui les doléances qui sont sur la table, notamment du ministre de l'Education. Sur le domaine de la santé aussi qui est un aspect très important, vous avez constaté qu'And Gueusseum était sur son énième plan d'action. Nous attendons ce nouveau gouvernement sur ces trois aspects ».

SADIKH NIASS, SECRETAIRE GENERAL DE LA RADDHO : «Un gouvernement moins politique et beaucoup plus de technocrates»

«Nos attentes sont simples. C'est de satisfaire les besoins de la population. Donc, un gouvernement moins politique et beaucoup plus de technocrates. Nous ne souhaitons pas un gouvernement qui est chargé de reconquérir des sièges politiques ou bien de reconquérir des bastions pour gagner des élections. Nous attendons pour les cinq ans à venir que le gouvernement se mette au travail. Parce que les attentes sont énormes, en ce qui concerne les droits économiques, socioculturels. C'est la santé, l'éducation, l'accès à l'eau et à l'habitat, l'environnement. Que toutes ces questions-là qui sont des questions cruciales soient vraiment prises en compte dans le cadre de la nomination des ministres à venir. Pour un gouvernement qui doit se mettre au travail, un gouvernement de technocrates, des gens compétents qui puissent vraiment faire face à une situation qui est encore plus difficile au Sénégal. Un gouvernement capable de faire face à la pauvreté qui est en train de gagner du terrain, le chômage des jeunes. Il faut trouver des emplois pour les jeunes mais également assurer la santé, revoir l'état des hôpitaux. Tout le monde connait la situation désastreuse de l'école sénégalaise. Ce sont là autant de questions qui nous interpellent aujourd'hui et qui doivent être les préoccupations majeures du futur gouvernement du Sénégal ».

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