26 Mars 2019

Algérie: Manifs contre Boutef et son système - L'armée veut à tout prix éviter une humiliation au président

Photo: APS
Le général de corps d'Armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d'Etat-major de l'Armée nationale populaire (ANP),

L'armée va-t-elle prendre ses responsabilités en Algérie ? C'est la question que tout le monde se pose après la sortie du chef d'Etat-major général des armées qui demande que le président Abdelaziz Bouteflika soit déclaré inapte.

Pour cela, il souhaite que soit mis en application l'article 102 de la Constitution qui prévoit qu'en cas de maladie grave ou durable du chef de l'Etat, le Conseil constitutionnel propose au parlement de déclarer l'état d'empêchement.

Dans le cas d'espèce, c'est le président du Conseil de la Nation, l'équivalent du président du Sénat, qui prend les rênes du pays.

Après 45 jours, si le président n'est pas en mesure de reprendre ses fonctions, le parlement prononce la vacance du pouvoir qui donne lieu à l'organisation de nouvelles élections au bout de 90 jours.

La sérénité est loin d'être de mise dans le camp de la majorité présidentielle

C'est donc clair comme l'eau de roche ; l'armée algérienne veut d'une solution qui s'appuie sur la Constitution et qui, on le sait, n'humilierait pas le président Bouteflika qui, même en perte de vitesse et de légitimité, s'accroche au pouvoir comme un naufragé à sa planche de salut.

Et ce alors même que de traditionnels soutiens comme l'historique Front de libération nationale (FLN) dont Boutef est le président d'honneur, sont divisés sur la question de la transition qui peine à avoir un gouvernement, depuis que, sous la pression de la rue, le chef de l'Etat a battu en retraite en renonçant finalement à briguer un cinquième mandat.

En effet, pendant qu'au sein du parti, d'aucuns embouchent la trompette de la Conférence nationale proposée par le chef de l'Etat et qui devrait préparer des réformes, pour d'autres, cette conférence est tout simplement inutile et la solution n'est ni plus ni moins que l'organisation de la présidentielle.

C'est dire si en ces temps de tourments, la sérénité est loin d'être de mise dans le camp de la majorité présidentielle. Mieux, tout porte à croire que les manifestants ont réussi à percer des trous béants dans la coque du bateau battant pavillon Bouteflika.

Un navire qui prend l'eau de toutes parts, avec des défections en cascade aussi bien au sein des partis pro-pouvoir comme le FLN ou le RND (Rassemblement national démocrate), que des élus du peuple et même au sein du patronat, qui laissent un président de plus en plus isolé.

Et cette fébrilité qui se lit dans les rangs des tenants du pouvoir, est la preuve que la rue tient le bon bout en accentuant la pression sur un régime aux abois. Mais attention à ne pas trop installer le mouvement dans la durée au risque de tomber dans le piège de l'usure !

Car, de ce jeu, bien des régimes en difficulté ont su tirer leur épingle là où les mouvements de contestation avaient fini par s'essouffler d'eux-mêmes.

Ce ne sont pas les opposants togolais qui diront le contraire ; eux dont les vastes manifestations de rue pour pousser le président Faure Gnassingbé à la sortie, avaient réussi, au fil du temps, à ébranler le régime de Lomé avant de s'estomper au point qu'aujourd'hui, ces opposants n'ont plus que leurs yeux pour pleurer. En effet, la coalition des 14 partis qui avaient mené la fronde, n'a pas résisté au temps et a récemment volé en éclats, laissant ses militants désemparés.

Tout porte à croire que le dernier mot reviendra à la Grande muette

C'est dire si en Algérie, le piège de l'usure est aussi réel. D'autant que même affaibli par la maladie et surtout les défections dans ses rangs, Bouteflika, en chef de guerre qui a plus d'un tour son sac, n'a pas encore rendu les armes en accédant aux revendications de son peuple qui piaffe d'impatience de le voir larguer les amarres.

Et rien ne dit que, s'appuyant sur ces soutiens décidés à résister jusqu'au bout, cette posture n'est pas une tactique de guerre qu'il garde comme botte secrète en espérant, à défaut d'une reprise totale en main de la situation, un enlisement de la situation si le statu quo devait perdurer.

Or, en la matière, s'il est, a priori, possible d'imaginer un scénario dans lequel Bouteflika accepterait, de gré ou de force, de quitter le pouvoir à la fin de son mandat en cours, pouvoir par contre dessoucher dans le même temps un système vieux de vingt ans et le remplacer par un autre plus performant, paraît pour le moins difficile.

D'autant que la jeunesse algérienne qui est à la pointe de la contestation, semble aujourd'hui se méfier des politiciens de tous bords, comme de la peste.

C'est tout cela qui fait peut-être la complexité de la situation en Algérie et laisse planer le spectre d'un enlisement si les choses devaient rester en l'état.

En tout état de cause, en attendant de voir dans quel sens les lignes vont bouger, la date du 28 avril prochain qui marque le terme constitutionnel du quatrième mandat de Bouteflika, apparaît, d'ores et déjà, comme une ligne rouge.

Et dans cette bouillante Algérie qui demeure, quoi qu'on dise, un véritable Etat policier, tout porte à croire que le dernier mot reviendra à la Grande muette si les protagonistes ne trouvent pas d'ici là un consensus sur la question de la transition. A ce moment, l'on ne voit pas qui, de l'intérieur comme de l'extérieur, osera lever le petit doigt.

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