26 Mars 2019

Mali: Tuerie au pays - L'ONU dépêche une équipe d'enquêteurs

Photo: Photo: ICC-CPI
Le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda.

Après le carnage perpétré dans un village peul du centre du pays par de présumés chasseurs dogons, qui a fait cent soixante morts, l'organisation a annoncé, le 26 mars, l'envoi de treize personnes, dont des experts des scènes de crime dans la région de Mopti, pour s'enquérir de la situation sur place.

Le massacre commis par la milice dogon, qui s'est produit en pleine visite d'une délégation du Conseil de sécurité dans le pays, s'est déroulé le 23 mars dans le village d'Ogossagou, non loin de la frontière avec le Burkina Faso. Selon la principale alliance djihadiste du Sahel liée à Al-Qaïda, à laquelle appartient le groupe d'Amadou Koufa, l'opération des insurgés avait pour but de venger de précédents « crimes odieux commis par les forces du gouvernement de Bamako et les milices qui le soutiennent contre (leurs) frères peuls ».

Pour la porte-parole du Bureau des droits de l'Homme de l'ONU à Genève, Ravina Shamdasani, la tuerie d'Ogossagou s'inscrit dans une série d'attaques dans la région de Mopti, qui a fait « quelque six cents morts et provoqué le déplacement de milliers de personnes depuis mars 2018 dans cette seule région ». « Nous sommes en contact direct avec les autorités », a-t-elle poursuivi, en expliquant que l'ONU va offrir son aide pour l'enquête afin de « traduire les coupables devant la justice et rompre le cercle de l'impunité ».

"Justice sera faite"

Le 25 mars, le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, s'était rendu sur le lieu de l'attaque. Il a promis la sécurité et la justice dans le village concerné ainsi que dans le centre du pays. « Justice sera faite », a insisté le président qui s'est recueilli devant les fosses communes creusées pour les tuées. Et s'adressant au nouveau chef d'état-major, le général Aboulaye Coulibaly, qui l'accompagnait, Ibrahim Boubacar Keïta a dit : « Il faut la sécurité ici, c'est votre mission ».

Le haut gradé a été nommé le 24 mars, à la suite du limogeage des principaux chefs de l'armée, lors d'un conseil des ministres extraordinaire au cours duquel le gouvernement a prononcé la dissolution du groupe de chasseurs dogons « Dan Nan Ambassagou » et limogé le haut commandement de l'armée.

Selon des témoins, les assaillants, en tenue de chasseur, avaient d'abord attaqué une position où étaient cantonnés des combattants peuls, dans le cadre du processus de désarmement, démobilisation et réinsertion des membres de groupes armés. Ils se sont ensuite dirigés vers la maison d'un célèbre marabout, Bara Sékou Issa, qu'ils ont tué avec toute sa famille, ainsi que dix-huit déplacés qu'il hébergeait, et infligé le même sort au chef du village et aux siens.

Un villageois qui a requis l'anonymat a raconté à la presse ce qui s'était réellement passé lors de l'attaque. « C'est après qu'ils ont attaqué le village, ils ont versé du gasoil sur les cases, les greniers et les hangars, après ils ont mis le feu, tuant à coups de machette ceux qui tentaient d'échapper aux flammes », a-t-il déclaré.

Depuis l'apparition, il y a quatre ans dans le centre du Mali, du groupe djihadiste du prédicateur Amadou Koufa, qui recrute prioritairement parmi les éleveurs Peuls, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé des « groupes d'autodéfense ». Quant à la tuerie d'Ogossagou, elle est la plus sanglante depuis la fin des principaux combats de l'opération lancée en 2013, à l'initiative de la France, pour chasser les groupes djihadistes qui avaient pris le contrôle du nord du pays.

L'ONU estime que les violences au Mali avaient coûté la vie à plus de cinq cents civils en 2018. Rappelons que dans un rapport publié, le 5 mars, le secrétaire général de l'ONU saluait de récentes avancées dans l'application de l'accord de paix de 2015, mais regrettait que « la menace, qui continue de se propager du nord vers le centre du Mali, détourne l'attention de l'Accord et en complique la mise en œuvre ».

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