Tunisie: La valse incomprise des favoris

28 Mars 2019
billet

Quelle crédibilité ou fiabilité faut-il accorder aux sondages d'opinion qui pullulent ces dernières semaines sur les intentions de vote lors des législatives et de la présidentielle prévues début octobre et novembre prochains ?

Que faut-il retenir ou comment réagir aux résultats de ces baromètres d'opinion qui révèlent régulièrement des résultats le moins qu'on puisse dire étranges ou en rupture avec les réalités du paysage politique national ?

Comment convaincre le citoyen ordinaire qu'un candidat à la présidentielle comme Kaïes Saïed, qui s'est mis à dos, dès le départ, les femmes, c'est-à-dire la moitié du corps électoral tunisien, puisse figurer à la deuxième place parmi les candidats au palais de Carthage alors que son opposition déclarée à l'égalité successorale lui fait, en principe, perdre les voix d'une grande frange des électrices qui ont d'ailleurs fait gagner, lors de la présidentielle 2014, le candidat Béji Caïd Essebsi et lui ont permis d'être connu comme le président de «Hrayer Tounès» ?

Comment peut-on expliquer l'ascension fulgurante du Pr Kaïes Saïed au point qu'entre lui et le chef du gouvernement Youssef Chahed, la différence des voix est infime: 20% pour le locataire de La Kasbah et 19,2% pour l'enseignant universitaire qui assure lui-même n'avoir aucun soutien parmi les partis politiques en place (allusion à peine voilée à Ennahdha dont plusieurs responsables n'écartent pas la possibilité d'apporter l'appui des militants de leur parti au constitutionnaliste qui déclare maintenant qu'il n'existe pas d'Etat civil) et qui ajoute aussi n'avoir pas besoin de financement pour mener sa campagne électorale.

Et quand on se rappelle que Kaïes Saïed, dont la seule réputation se résume en ses apparitions médiatiques où il récitait comme un élève doué les cours de droit constitutionnel qu'il donnait à ses étudiants à Sousse ou à l'Ariana, talonne de près Youssef Chahed, on a le droit de s'interroger sur la crédibilité de ce sondage et de se poser la question : pour qui roulent de tels instituts et quels intérêts servent-ils en faisant régner la suspicion, la méfiance et le flou au sein du paysage politique national au point que les Tunisiens ne savent plus où donner de la tête, qui croire parmi les politiciens dont les déclarations se contredisent de jour en jour et de responsable en responsable et enfin comprendre comment choisir les personnes présidentiables et sonder leurs chances auprès des électeurs alors que certains comme Samia Abbou ont vu leur parti (le Courant démocratique) choisir déjà un autre candidat, en l'occurrence Mohamed Abbou, le fondateur du parti ou Abdelfettah Mourou, crédité de 3,2% lors du dernier sondage alors qu'il n'a pas le droit de se présenter au nom de son parti Ennahdha dont le règlement intérieur stipule que seul le président du parti a le droit de briguer le palais de Carthage. Le même règlement intérieur dispose également qu'au cas où le président du parti ne serait pas choisi en tant que postulant à la présidence, le parti se doit de soutenir un candidat en dehors du parti et d'appeler, le cas échéant, ses militants de base à voter pour lui.

Reste maintenant à expliquer les causes de l'ascension fulgurante de Abir Moussi et de son Parti destourien libre (PDL), qui devance maintenant avec 7,4% des intentions de vote à la présidentielle des personnalités aussi illustres que le président Caïd Essebsi (5,7%), Mehdi Jomaâ (5,2%), Hamma Hammami et Kamel Morjane (4%) et Abdelfattah Mourou (3,2%).

Quant au Parti destourien libre, il est crédité de 9,8% des intentions de vote aux législatives, occupant la 5e place derrière Tahya Tounès qui occupe la première place avec 19,6% devant Ennahdha (19,2%), le Courant démocratique (15%) et Nida Tounès (13,1%).

Comment faire comprendre aux Tunisiens que des partis comme le Front populaire (6,25%), Tounès Al Irada (6,46%) et Afek Tounès, Al Joumhouri, Al Moubadara et Tayyar Al Mahabba sont crédités de moins de 3% ?

En tout état de cause et en attendant que d'autres sondages viennent chambouler de fond en comble les données révélées par le sondage objet de notre analyse, l'on peut prévoir que le paysage politique national vivra, dans les prochain mois, à mesure qu'approcheront les législatives et la présidentielle, de nouveaux développements et connaîtra l'émergence de nouveaux visages ou le retour au-devant de la scène d'anciens visages comme Safi Saïd, Hechmi Hamdi et peut-être Bahri Jelassi, sans oublier la magistrate Kalthoum Kannou, et l'on se demande d'ailleurs pourquoi ces visages sont absents du présent sondage.

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