Tunisie: Festivals - Un os dans la moulinette

28 Mars 2019

La Tunisie regorge de manifestations culturelles et notamment de festivals. On compte quelque 300 festivals répartis sur toute l'année et particulièrement au cours de la saison estivale. Toutes les régions du pays, villes, villages, cités, quartiers, ont leur festival. Du festival de Carthage au festival de la pomme de terre en passant par le festival du poisson, du tapis, de la bande dessinée, de l'harissa et du piment, etc. Musique, théâtre, cinéma, livre, danse côtoient allégrement les légumes, les fruits et l'artisanat.

Cette politique des festivals a été menée tambour battant par les 23 ans de Ben Ali pour occuper la population et l'amuser dans le but de la détourner de la politique. Pourquoi rompre avec ces choix. La continuité est recommandée d'autant plus que cela ne coûte pas grand-chose et offre du bonheur à la masse. C'est bien beau de multiplier les festivals. Après tout, tout le monde a droit à la culture. Mais quelle culture ? Est-ce celle qui fait la part belle au divertissement à quatre balles ?

Qu'en est-il des théâtres et de leur équipement en matériels audio et sono dignes d'accueillir des spectacles ou des films dont les auteurs ont sué eau et sang pour faire aboutir leur œuvre. Souvent ces artistes sont déçus par la qualité des supports et le public dépité de tant de nonchalance de la part des organisateurs de ces manifestations. Ces derniers n'ont de cesse de jeter leurs soucis sur les pouvoirs publics : ministère de la Culture, gouvernorat, délégation, sponsors s'ils existent, etc.

Certains festivals, dont la valeur ajoutée est nulle, n'ont plus droit de cité. A titre d'exemple le Festival international du film pour l'enfance et la jeunesse (Fifej), qui a eu ses heures de gloire avant la Révolution du 14 janvier, est en perte de vitesse en raison de sa direction défaillante. Absence de public, d'organisation fiable, de films pour enfants, déviation de la ligne éditoriale de ce festival, hôtels et professionnels impayés, le festival est à la dérive et n'a plus une raison valable d'exister.

De même que le Festival du Film de Gabès créé en 2015 par l'Association Joussour qui, au bout de trois sessions, s'est vite essoufflé. La direction du festival a tenu, lundi dernier, une conférence de presse pour annoncer que l'organisation de la 4e édition, qui devait avoir lieu du 12 au 18 avril, est compromise. La cause assez cocasse est indiquée dans un communiqué de presse : «Pour la 4e édition, un professionnel, invité à aider l'équipe du Festival en tant que coordinateur général, a commis un hold-up. Il a obtenu les codes par l'intermédiaire du concepteur du site : ainsi, depuis novembre 2018, les membres de l'Association qui a créé le Festival n'ont plus aucun accès aux informations (films enregistrés, pays des réalisateurs... )». Est-ce une farce ? En tout cas, ceci dénote du manque de sérieux et de la désinvolture de ses organisateurs. Sa vocation première était la promotion du cinéma arabe. Parrainée par la star Hind Sabri, ce festival a changé sa ligne éditoriale pour devenir un festival international ouvert à toutes les nationalités.

Malheureusement, le Gabès Film Festival née grand a rapidement rétréci pour ne plus rester que l'ombre de lui-même.

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