28 Mars 2019

Algérie: Le système plie mais ne rompt pas encore

Photo: Lisa Bryant /VOA
Photo d'illustration

Et de cinq ! Depuis le 22 février, les vendredis se suivent et se ressemblent dans une Algérie où la rue est vent debout contre le président Bouteflika et le système du pouvoir FLN. Du non à un cinquième mandat du grabataire du palais d'El Mouradia, on en est aujourd'hui à un net rejet du système au pouvoir depuis plus d'un demi-siècle.

Après la lutte de libération nationale, voici donc les Algériens engagés dans les prémisses d'une révolution nationale et populaire pour plus de démocratie et de justice sociale. Le colon français avait résisté 8 ans.

Le système FLN est sur la braise depuis 5 semaines. On le sent ébranlé, chancelant mais encore en place. D'où viendra le coup de grâce ? Ou, tel le roseau, le système qui plie a des ressources pour ne pas rompre ?

En tout cas depuis le 22 février, premier vendredi de la contestation générale par la rue, le pouvoir ne manque pas d'initiatives, fussent-elles dans le cosmétique, pour garder la main sur les événements. Le caractère pacifique des manifestations et la discipline des croquants l'y aident grandement.

Mais à l'évidence, on sent dans le discours de ceux qui prennent le risque de parler au nom du système, de la fébrilité voire de la peur : la peur des sorties répétitives de la population dans la rue, d'incidents, de dérapages, de la manipulation des foules dans une dynamique de récupération du mouvement de protestation au risque de vendanger la paix et la stabilité si chèrement défendue par l'Algérie dans les années 90 ; la peur que les lézardes qui affectent la base du système ne finissent par l'écarteler et à provoquer son affaissement total.

C'est pourtant l'objectif affirmé des manifestants, appelés à sortir encore plus nombreux ce vendredi pour crier un non retentissant à la dernière proposition du pouvoir, la mise en œuvre de l'article 102 de la Constitution, portée par l'armée et rendue publique par le chef d'état-major général des armées, le général Ahmed Gaïd Salah, ce 26 mars.

On le sait, appliquer cette disposition de la loi fondamentale algérienne implique que le Parlement constate l'incapacité du président Bouteflika à gouverner et que le président du Sénat assure la présidence de la république avec une élection présidentielle au bout de quatre mois et demi.

Proposition tardive et insuffisante, rétorquent les opposants politiques et la société civile qui pensent que ce scénario fait la part belle au système en place en lui conférant la présidence de la transition et la maîtrise d'ouvrage dans l'organisation des élections annoncées.

L'opposition lui dénie toute légitimité de gérer la période transitoire et surtout d'organiser des élections crédibles. A l'opposé, la proposition du général Gaïd Salah a reçu le soutien du parti majoritaire, le FLN, de son principal allié, le RND, et de la plus grande centrale syndicale du pays, l'UGTA.

Ces trois organisations sont la pierre angulaire du pouvoir algérien et leur ralliement à la proposition de l'armée confirme la volonté de sacrifier le soldat Bouteflika pour sauver le système dans une stratégie de plier l'échine sans rompre les amarres.

Mais ce sacrifice du soldat malade est non agréé par la rue et l'ampleur des manifestations d'aujourd'hui sera une jauge du tassement ou de l'aggravation de la montée du mercure social.

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