28 Mars 2019

Burkina Faso: Une Lettre pour Laye - Que devient notre Julie nationale ?

Cher Wambi,

Je savais que du haut de leur toute-puissance, les Américains avaient peu d'égard pour nous, surtout depuis que leur président, Donald Trump, a traité les Etats africains et assimilés de « pays de merde », mais j'ignorais que c'était à ce point.

Avec d'autres confrères, le directeur des rédactions de L'Observateur paalga, le journal de ton oncle Nakibeugo devait en effet faire partie d'une délégation conduite par le ministre des Affaires étrangères pour une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU sur le G5 Sahel, rencontre qui s'est tenue hier jeudi à New York. Mais faute de visa, il n'a finalement pas pu s'y rendre.

En fait, cher cousin, plus que le refus du précieux sauf-conduit, de ce qu'il m'a raconté, c'est la manière qui l'a surtout heurté. Car dans le principe, un peu comme chez soi on est libre de recevoir qui on veut, l'Oncle Sam est libre d'accepter sur son sol qui il veut sans avoir à s'expliquer. C'est son droit. Mais là où le bât a blessé ici, c'est, je le répète, la manière.

En effet, après avoir rempli le formulaire de demande de visa non-immigrant et payé les frais inhérents au dossier, le pisse-copie se présente le lundi 25 mars 2019 à 7h 30 comme prévu au service consulaire de l'ambassade des Etats-Unis à Ouagadougou pour les autres formalités : vérification des documents, prise des empreintes digitales et entretien. Rien d'anormal jusque-là, même si on pose à tous les demandeurs, des questions dont les réponses sont parfois déjà dans le fond du dossier. Le postulant passe comme une lettre à la poste à cet interrogatoire qui lui a pris à peine cinq minutes, après quoi, l'agent lui annonce que son visa est accordé. Ouf ! On lui remet un récépissé sur lequel est écrit « félicitations, votre demande de visa a été approuvée » avec lequel il devra revenir le lendemain à 15h récupérer son sésame, le vol étant prévu à minuit.

14h 30, mardi 26 mars. Alors qu'il venait de garer au parking du consulat, sifflotant sans se douter le moins du monde qu'il y avait un os, il reçoit un appel lui disant de consulter sa boîte mail parce qu'on venait de lui envoyer un courriel. La voix, qui n'a pas souhaité se présenter, lui signifiait qu'il devait remplir un formulaire supplémentaire et le renvoyer dès que possible pour traitement (en format Word précise-t-on). Dans leur jargon on dit que la demande a été «placée en procédure administrative », une procédure qui peut aboutir au bout de... 90 jours après l'entretien. Il était, rappelons-le, 14h 30 et la convocation à l'aéroport était pour 20h 30. Si ce ne sont pas des foutaises !

Inutile de te dire, cher Wambi, que son sang n'a fait qu'un tour. Depuis plus d'un quart de siècle qu'il exerce ce métier, c'est bien la première fois que ça lui arrive. On aura tout vu. Tu vas pour récupérer ton visa et une fois sur place on t'embarque dans un labyrinthe administratif dont tu as peu de chances de sortir. Poliment mais fermement donc, il leur fit comprendre que si la délivrance du visa, qu'ils avaient déjà pourtant accordé la veille, était suspendue à sa réaction à ce mail, ils n'ont qu'à le refuser sans autre forme de procédure parce qu'il n'avait aucune intention de faire quelque chose qui lui paraissait désormais inutile au regard des délais démentiels pour le déplacement. C'est ce que, par la suite, il écrira par politesse et par acquit de conscience, en guise de réponse à ce courriel de la dernière minute.

Sais-tu d'ailleurs, cher cousin, quel genre d'infos ils lui demandaient par surcroît ? Tiens-toi bien, ils voulaient connaître, entre autres choses, les noms, prénoms et surnoms de ses frères et sœurs (même ceux décédés) ainsi que leur date de naissance ; idem pour son épouse et ses enfants. Ils voulaient aussi savoir les références de ses trois derniers passeports ainsi que des pays visités ces quinze dernières années (avec les dates et les sources de financement de ces déplacements). Sur ce dernier point du reste, la veille à l'entretien, l'agent consulaire lui avait posé la même question. Ce à quoi le requérant avait répondu que son métier l'amenait à voyager beaucoup et que, s'il voulait, il pouvait lui amener deux de ces derniers passeports qu'il avait dans sa voiture. « Ce n'est pas la peine », avait-il répondu avant de donner son feu vert.

Au monsieur qui lui demandait donc mardi après-midi d'ouvrir son courriel, il avait ajouté au passage que la première fois qu'il s'était rendu aux USA, c'était en 1997, à une époque où il n'avait ni attaches matrimoniales ni enfants et que s'il voulait rester dans ce qu'eux prennent pour un paradis, c'était à ce moment-là, pas maintenant. Dans l'«automatic reply» qu'il recevra ultérieurement, il apprendra que le refus d'un visa signifie que le postulant « n'a pas suffisamment démontré à l'officier consulaire qu'il était qualifié pour la catégorie (en l'occurrence presse) de visa non-immigrant demandée » ou qu'il n'a pas «surmonté la présomption d'intention d'immigration». Incroyable ! Pour paraphraser le général de Gaulle qui répliqua un jour à ceux qui l'accusaient d'autoritarisme que ce n'est pas à 70 ans qu'il allait commencer une carrière de dictateur, ce n'est pas la cinquantaine révolue que le pauvre journaliste va s'improviser migrant clandestin.

En fait, cher Wambi, de ce qu'il m'a confié et que je te rapporte par le menu dans ces lignes, il aurait préféré que dès l'entretien on lui opposât une fin de non-recevoir comme ce fut le cas pour d'autres personnes. Ce n'est pas une fin en soi. Mais ce qui le chagrine et le désole par-dessus tout, c'est qu'au-delà de sa petite personne, les Américains se foutent de la république. Parce qu'il s'agissait quand même d'une mission officielle de l'Etat burkinabè et dans le dossier figuraient, outre le passeport de service, un ordre de mission gouvernemental, une note verbale sollicitant un visa avec entrées multiples et une copie de la communication orale en Conseil des ministres, tous signés de la prestigieuse main du chef de la diplomatie burkinabè, Alpha Barry, qu'à la limite on prend pour un vulgaire passeur de clandestins. C'est grave. C'est donc un manque de respect pour le Burkina et son gouvernement. Au demeurant, ce sont les autorités burkinabè qui devraient en faire leur affaire car après tout, c'est de nos institutions qu'ils se fichent comme de leur première barboteuse.

Cher cousin, si je me fais l'écho dans ses moindres détails de cette odyssée consulaire, c'est pour que l'ambassadeur Andrew Young et ses services aient un peu plus d'égards pour les gens, surtout pour certaines catégories socioprofessionnelles tels les journalistes qui veulent tout simplement faire leur travail et non disparaître dans la nature américaine comme ils le pensent et j'espère qu'à l'avenir, d'autres hommes et femmes de médias burkinabè auront moins de soucis pour leurs déplacements dans le cadre professionnel. Si seulement ils savaient que tout le monde ne rêve pas des States et que la plupart de nos compatriotes, malgré leur pauvreté, préfèrent cette « patrie des Hommes intègres » !

Cher Wambi, après treize mois d'audience, le procès du putsch manqué de septembre 2015 qui se déroule dans la salle des Banquets de Ouaga 2000 est entré dans sa phase de présentation des pièces à conviction avec, en vedette, la diffusion des éléments sonores, fruit des écoutes téléphoniques captées au moment des événements. Le procédé est simple à l'audience : un élément sonore est diffusé et les personnes qui ont interagi dans la communication sont appelées à la barre pour réagir à ce qu'elles viennent d'entendre. Enfin, les différentes parties au procès ont la parole pour leurs observations et questions. Ainsi se déroule cette phase du procès qui embarrasse au plus haut point un tas de personnes. Plus d'un demi-millier de fichiers sonores sont dans le dossier et s'il faut tout écouter, c'est sûr que ce procès n'est pas près de finir avant la fin 2019, à moins que le tribunal ne décide d'ignorer certains fichiers ou ne change de méthode.

Mais dans tout ça, cher cousin, j'ai pu recevoir de vive voix la complainte d'un professionnel du droit qui s'émeut de ce que le président du tribunal, Seidou Ouédraogo, autorise la diffusion des éléments sonores mettant en scène le général de gendarmerie Djibrill Bassolet et de tierces personnes. L'émotion de mon interlocuteur tient au fait que le général Bassolet est présentement hors du pays, précisément en Tunisie où il a été évacué pour des soins comme on le sait tous. Ce praticien du droit m'a avoué ne pas comprendre comment, durant toute une journée, on a pu diffuser ces écoutes à charge contre Bassolet alors même qu'il n'est pas là. Vu que nous sommes en matière criminelle, et dans le cas spécifique de Bassolet qui a été dûment autorisé à aller se soigner à l'étranger, on ne peut le juger en son absence. Il faut qu'il soit présent et qu'on lui oppose les pièces qu'on a contre lui afin qu'il puisse développer les moyens de sa défense. Pour mon interlocuteur, cela est assez grave et pourrait jeter le discrédit sur le verdict qui en résulterait.

Il m'a d'ailleurs rappelé que même en correctionnelle, quand le prévenu n'est pas présent, le tribunal renvoie. Il en est de même, m'a-t-il confié, en matière d'état des personnes comme le mariage, le divorce ou la garde des enfants, l'avocat ne fait qu'assister son client mais il ne le représente pas.

Pour ce professionnel du droit, on ne doit pas oublier qu'on est africain et qu'en cette qualité, même quand ton ennemi est malade, tu ne t'en réjouis pas publiquement, tu vas lui rendre visite et lui souhaiter un prompt rétablissement.

Le procès du putsch manqué de septembre 2015 est inédit en lui-même et il a une forte valeur historique mais il ne doit pas, foi de mon interlocuteur, perdre sa dimension humaine.

Toujours dans le cadre de ce procès, la semaine dernière je te faisais cas, cher Wambi, de ce que le général Djibrill Bassolet avait saisi la Cour de justice de la CEDEAO pour violation de la vie privée. En effet, le système des enregistrements avait fonctionné comme un dictaphone en marche permanente au point que des conversations privées, voire intimes, ont été captées. Le verdict de cette plainte formulée en début février contre l'Etat burkinabè doit, en principe, être connu ce vendredi même à Abuja au Nigeria.

Cher Wambi, au moment où les stratégies de tout genre se mettent en place pour les échéances électorales de 2020, on est quelque peu étonné de n'entendre ni de lire Juliette Bonkoungou, une des grandes figures emblématiques de notre scène politique. Eh bien, de sources dignes de foi, elle est en ce moment hospitalisée à l'extérieur, précisément à l'hôpital américain de Neuilly, en région parisienne, pour des problèmes cardiaques avec possibilité d'intervention chirurgicale.

Alors cher cousin, meilleure santé et prompt rétablissement à la Julie nationale et courage à toute sa famille.

Cher Wambi, à présent, je t'invite à feuilleter avec moi le carnet secret de Tipoko l'Intrigante.

- Un groupe de professeurs recrutés dans le cadre du Programme-Emploi-Jeunes pour l'Education nationale (PEJEN) s'est rassemblé hier jeudi 28 mars devant le ministère de l'Education nationale et de l'Alphabétisation pour protester contre une nouvelle mesure de l'autorité de tutelle. Celle-ci prévoit désormais un test de recrutement pour l'intégration à la Fonction publique. Pourtant, selon certaines sources émanant du ministère, promesse avait été faite d'intégrer automatiquement ces enseignants après trois années de service. Avec au moins le niveau Bac+2, ces professeurs ont été affectés dans les lycées et collèges où ils tiennent les classes allant de la 6e à la 3e contre un salaire mensuel de 100 000 FCFA.

- Assemblée générale ce samedi 30 mars 2019 à 9h du Groupe de pression pour l'éducation des filles (GPEF). La rencontre se tiendra à la Direction générale de la recherche en éducation et en innovation pédagogique, sise dans l'enceinte du lycée Bogodogo.

Membres, sympathisants et tous ceux qui sont s'intéressent à la promotion de l'éducation des filles sont attendus.

- L'Association Lagmtaaba pour le développement de la région du Centre-Nord (ADRCN-Lagmtaaba), qui regroupe les ressortissants et partenaires des provinces du Bam, du Namentenga et du Sanmatenga, tiendra son assemblée générale ce samedi 30 mars 2019 à partir de 09 heures à la Maison des jeunes et de la culture de Ouagadougou. Une occasion d'examiner, d'approuver le programme d'activités de l'année en cours et de se pencher sur la vie de la structure. Le président Moïse Sawadogo et son bureau vous attendent les bras ouverts.

- Ce samedi 30 mars 2019, aura lieu au palais des chefs de Manéga la 280e édition du Na-yir sug pilli, où cérémonie traditionnelle de restauration des toits des cases du palais des chefs.

L'événement, qui débutera à partir de 13h 45, sera ponctué par plusieurs grands actes, dont le rituel de pose des toits et à la fin, la sortie de Manéga Naaba Panantugri, les salutations et les vœux de la cour, des dignitaires de la cour et des chefs des villages de Manéga-Coutume et les danses folkloriques sur le Samandé et à l'extérieur.

Avis donc aux amateurs des rites ancestraux.

- Du beau monde dans la commune de Komsilga ce samedi 30 mars 2019, où le Naaba Boulga II tient sa traditionnelle fête coutumière du baasga. Vous y êtes tous cordialement invités.

- Ambiance des grands jours et retrouvailles familiales et amicales ce samedi 30 mars 2019 à Dassasgho à partir de 10 heures. En effet, se tiendra ce jour, sous l'égide du Naaba Googo, la cérémonie de retrouvailles des ressortissants des villages rattachés à Dassasgho et établis à travers le Burkina.

Tipoko l'Intrigante n'apprend rien d'elle-même, elle n'invente jamais rien. Tipoko l'Intrigante est un non-être. Elle n'est ni bonne en elle-même, ni mauvaise en elle-même. Elle fonctionne par intuition, car "l'intuition c'est la faculté qu'a une femme d'être sûre d'une chose sans en avoir la certitude..."

Ainsi va la vie.

Au revoir.

Ton cousin

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