Congo-Brazzaville: L'avenir, une page blanche?

Les peuples sont ce qu'ils sont : accompagnateurs et supporters, demandeurs et imprévisibles. Ils le démontrent à travers les âges, ne se font pas prier de le répéter outre mesure puisqu'ils ne sont pas tenus de rendre des comptes. Ils font preuve d'un don d'ubiquité inégalable parce qu'ils sont capables de se fâcher et aussi de revenir au bon sentiment, parfois de regretter pourquoi ils ont poussé la contestation trop loin, pourquoi ils ont tranché trop vite, et pourquoi ne répondent-ils pas des conséquences de leurs actes toujours.

Au Congo, les 13-14-15 août 1963, parce qu'elle se disait abusée par le régime d'alors, la population de Brazzaville prit fait et cause pour les syndicalistes au point d'en découdre avec le gouvernement Youlou. Quand ce dernier remit sa démission, l'élite syndicaliste fit appel à Alphonse Massamba Débat pour exercer les fonctions de chef de l'Etat. Au bout de cinq petites années, tout donna lieu à des contestations au cœur desquelles l'armée joua un rôle déterminant. Survint le mouvement du 31 juillet 1968 qui porta le capitaine Marien Ngouabi au pouvoir.

On se souvient encore des événements du 18 mars 1977, au cours desquels Marien Ngouabi, le chef de la Révolution, perdit la vie. On se souvient aussi de l'épisode du Comité militaire du parti, des séquences qui favorisèrent l'éclosion du Mouvement du 5 févier 1979, puis douze années plus tard, l'abandon du monopartisme installé de fait en 1963 pour le retour au multipartisme expérimenté peu avant et peu après l'indépendance du Congo, le 15 août 1960. On se souvient donc tout naturellement aussi de la Conférence nationale souveraine et des épisodes politiques qui lui ont succédé, jusqu'à la tragédie du 5 juin 1997.

Ceci pour rappeler le bouillonnement en cours en Algérie. Depuis plus d'un mois, la rue algérienne focalise toutes les attentions parce qu'elle réclame le pouvoir et tout le pouvoir qu'elle dit être confisqué par l'élite nationale, peut-être seulement par les proches du président Abdelaziz Bouteflika. Actualité oblige, les médias du monde qui suivent la situation au jour le jour rappellent à propos de ce dernier, qu'il est au pouvoir depuis vingt ans, que ses problèmes de santé l'empêchent de réellement commander depuis 2013.

Les Algériens eux-mêmes, les plus jeunes, comme les plus vieux, se projettent dans un avenir qu'ils espèrent radieux. C'est pour cela, peut-être, qu'ils ne s'improvisent pas casseurs, préservant ainsi les acquis des longues années de travail des régimes successifs et d'efforts collectifs. Mais ils deviennent sourds aux avertissements que leur prodiguent les dirigeants, à savoir qu'il faut éviter de tomber dans un piège que pourraient tendre des inconnus, des forces inavouées inspirées de récupérer le mouvement à leurs propres fins. Non, les manifestants sont déterminés à voir tout changer chez eux.

Il y a près de trois décennies en arrière, l'Algérie se heurta aux conséquences d'une transition politique qui avait visiblement échoué. Le pays vécut des années de plomb, caractérisées par des violences inouïes dont il est heureusement sorti après la mise en œuvre courageuse de mesures de réconciliation. Peut-être les Algériens portent-ils encore les stigmates de ces années difficiles. On espère pour eux qu'ils ont tourné le dos, définitivement, aux violences fratricides.

Mais le courageux peuple algérien devrait néanmoins retenir une chose : l'ouverture, la liberté qu'il réclame, la nouvelle république qu'il veut voir s'installer auront aussi leurs défis, leurs exigences. A lui donc de se préparer à ne pas s'empêcher par le vote ou par tout autre recours de se soumettre au rapport des forces politiques que demain, les urnes décideront pour leur beau pays. Car l'avenir est toujours devant, plus devant et bien souvent imprédictible ; une page blanche comme disait Victor Hugo.

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