1 Avril 2019

Congo-Kinshasa: La musique congolaise en deuil - Lutumba Simaro, adieu le poète et le moraliste !

Photo: Radio Okapi
Lutumba Simaro

L'un des baobabs de la musique congolaise en la personne de Lutumba Simaro est décédé le samedi 30 mars 2019 à Paris des suites d'une longue maladie. Transféré dans l'Hexagone depuis deux mois pour raison de santé, le poète Lutumba a totalisé 81 ans ce 19 mars 2019. Retour sur la vie exceptionnelle de cette star de la chanson.

Simon Lutumba voit le jour un certain 19 mars 1938 et est aîné de son futur employeur du nom de François Luambo de quelques mois.

Ses études secondaires terminées, le jeune Lutumba est engagé à Sedec. Entre-temps, il se lie d'amitié avec un certain Kalonji qui l'initie au maniement de la guitare.

En 1958, il intègre l'orchestre Mika Jazz et l'année suivante, on le voit aux côtés de Gérard Madiata dans Congo Jazz. Et là, il se signale avec les titres comme «Mwana Etike» et «Lisolo ya ndako».

Entre-temps, Luambo, qui a crée le groupe OK Jazz en 1956, entend parler en bien du nouveau sociétaire de Congo Jazz. Il n'hésitera pas de l'accueillir dans son groupe en 1961.

Isaac Musekiwa, Desoin, Simon Moke, de La Lune Nganga Edo ... .sont les premiers compagnons de lutte de Franco.

Au fil des années, l'OK Jazz se fraye une place au soleil et a comme sociétaires Vicky Longomba, Mujos, Kwamy... ..

Les problèmes de leadership et d'argent surgissent et une dissidence voit le jour au mois d'avril 1967. Les dissidents créent l'orchestre «Révolution».

Resté fidèle à son employeur, le jeune guitariste qui s'essaie dans la composition sort « Okokoma mokristo ,» qui fait tabac. Il récidive plus tard avec « Ma Hele ». A cette époque, les filles et dames peu fidèles sont qualifiées de « Ma Hele ».

Celi Bitshou, Moses Fanfan, Diatho Lukoki, Youlou (entré en 1966), autres sociétaires de l'OK Jazz, ne tarissent pas d'éloges à l'endroit de Simaro, qui va demander à Diatho d'interpréter sa chanson « Na lifelo bisengo ezali te », sortie sous le label du groupe d'accompagnement Mi.

On est dans les années '70 et Vicky Longomba, un des piliers de l'OK Jazz quitte le groupe. Luambo, ulcéré, décide de prendre le micro.

Un peu plus tard, Mangwana, qui entretenait d'excellents rapports avec Luambo, se sépare de Tabu Ley et rejoint l'OK Jazz.

Mangwana interprète à la perfection « Où est le sérieux » de Luambo. Un jour, lors d'une séance de répétition, Lutumba confie à Youlou sa chanson Cedou et est passablement satisfait. Il refait le même exercice avec Mangwana et est aux anges. Ce dernier va interpréter cette nouveauté au studio qui connaitra un succès éclatant.

Une phrase significative

Mangwana va interpréter aussi « Faute ya commerçant» sur quittera plus tard le groupe.

Peu porté sur la polémique et souvent introverti, Lutumba ne s'oppose jamais ouvertement à son employeur. Et quand il en a ras le bol, il fait des fugues ou mieux recourt à des copains ou autres artistes musiciens pour sortir ses chansons.

Un jour, Luambo l'interpelle en ces termes : « Mon frère, c'est le jour où j'aurais le nez tourné vers les cieux que tu réaliseras à quel point tu as une place prépondérante dans l'OK Jazz ».

Entre-temps, un autre guitariste talentueux du nom de Nedule Papa Noël profite du déplacement d'une partie de l'OK Jazz en l'Europe en 1980 pour sortir des œuvres comme « Bon Samaritain, Madiabuana, Sisica... . » qui sont très bien accueillies par le public. Simaro, lui aussi, resté au pays, se signale avec Verre cassé, «Maya» et interprétés par Carlito et Pepe Kallé.

Fou furieux, Luambo s'en prend à Papa Noël, ménageant Lutumba qui, selon lui, a rendu de bons et loyaux services à son groupe.

Le tournant

L'orchestre est tout de même solide car les Ntesa, Madilu, Josky, Jerry Dialungana sont toujours aux côtés de Luambo Makiadi.

En 1989, le big boss de l'OK Jazz est malade et meurt le 12 octobre. Madilu, Simaro, Josky, Dialungana... sont bouleversés mais tiennent à perpétuer la vision du compositeur de «Mamou».

En raison de son âge, Lutumba assure le leadership du groupe. Au fil des années, les relations se dégradent entre la famille biologique de Luambo et le groupe. Mécontent de voir le groupe s'accaparer 70 % des recettes de l'OK Jazz, la famille se sépare avec les Lutumba et consorts.

Madilu, très en verve dans «Ya Jean», «Frère Edouard»... . et soupçonné d'avoir contribué à la dégradation des rapports prend la porte de sortie de l'OK Jazz.

Lutumba, Ndombe, Josky optent pour le nom de Bana OK en 1994.

Madilu parlera plus tard de « Front national» allusion faite aux sociétaires de Bana OK ».

Endo, Papy Balay, Chakembo, Elba... rejoignent les Ndombe et consorts.

A la faveur d'une tournée européenne de Bana OK en 1998, les Olivier Tshimanga, Endo... profitent des difficultés rencontrées et qu'ils ont imputés à leur producteur, pour rester en Occident.

Les partants créent OK International. Ndombe et Lutumba se remettent au travail dès leur retour au pays, Makoso et Josky eux restent en Europe pour diverses raisons.

La mort de Ndombe, qui survient plus tard, est un coup dur pour Lutumba. N'ayant plus personne du clan Odemba à qui confier les rênes de Bana OK, le poète Lutumba se tourne vers Manda Chante en 2018.

Ravi, Manda est tout de même conscient de la lourde tâche lui confiée par Simaro. Jean-Pierre Nkutu

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Une discographie riche et thématique

Entré dans l'OK Jazz à l'âge de 23 ans, le guitariste Simaro Masiya avait passé 28 ans aux… Plus »

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