Ile Maurice: Un «gourou» accusé d'attouchements, au cœur d'une incroyable secte

L'histoire est digne du scénario d'un épisode de la série «Esprits criminels». Sauf que la trame se passe non pas aux États-Unis, mais à Maurice. Les principaux protagonistes : des jeunes jadis «endoctrinés», des parents trop crédules, des adultes désespérés mais aussi et surtout un «gourou démoniaque»... Récit.

Leurs témoignages vous glacent le sang. Leurs souffrances, physiques et surtout morales, sont palpables. Ce qu'ont vécu cette sœur et son frère dépasse l'entendement. Ils auraient été victimes d'un «gourou» pervers aux mains baladeuses, alors que leurs parents faisaient partie d'une secte il y a quelques années...Olivia et Sébastien (prénoms d'emprunt) ont aujourd'hui 29 et 33 ans. Comme d'autres victimes, toutes âgées d'une vingtaine d'années, ils ont tenu à briser le silence après plus de 15 ans d'un calvaire inimaginable. Pourquoi se sont-ils murés dans le silence pendant si longtemps ? Pourquoi veu-lent-ils exposer «la bête» maintenant ? Pourquoi n'ont-ils pas porté plainte à la police ?

«Nou finn tro soufer pandan tousa lané-la ek nou pa anvi dimounn stigmatiz nou, get nou bizar. Nou pa lé involve lapolis pou lé moman. Pa koné si zot pou pran nou kont apré tou sa banané-la...» Si le frère et la sœur veulent raconter leur incroyable histoire, c'est parce qu'ils ont eu vent, à travers d'autres victimes, que d'autres jeunes s'apprêtaient à tomber dans le filet du «gourou» de cette mystérieuse secte qui ne porte pas de nom... «Nou palé sa boug-la briz lézot fami.»

Ces hallucinantes épreuves ont laissé des séquelles dans la chair d'Olivia. Pour ce qui est des souvenirs, horribles, elle ne parvient pas à les oublier. À cause du stress, elle a fait deux AVC, elle est partiellement paralysée. Olivia et son frère ont atterri dans la secte quand ils étaient enfants. «Mo papa ki finn al laba avan. Il voulait divorcer de ma mère et c'est le gourou qui l'a convaincu de ne pas le faire. Depuis, il est un fidèle...»

Les choses ont pris une autre tournure au fil des ans. Olivia avait 13 ans quand sa maman est tombée gravement malade, un cancer la rongeait. «Le gourou a dit qu'il ne fallait pas qu'elle aille à l'hôpital. Li ti pé dir priyé zis Bondié ek tou pou korek...»Sa maman est finalement décédée en agonisant.

De là, la vie de toute la famille a basculé dans l'horreur. «Nou finn viv la mor mo mama bien mal. Mé mo papa finn kontinié ador gourou-la. Li sou so lanpriz dépi bien lontan. Séki gourou dir samem.» Le papa d'Olivia, qui était policier, a pris sa retraite anticipée pour être au service de cet homme qui maîtrise à la perfection l'art du lavage de cerveau. «Vous imaginez, il a même mis sa propre voiture à la disposition de cet individu. Si gourou démoniac-la téléfoné minwi ousi li alé. Li dir sa loto-la, sé loto de Dieu», renchérit Sébastien.

Dans des accès de lucidité, le papa emmenait souvent les enfants à l'hôtel, pour qu'ils essaient de se changer les idées après le décès de leur mère. Mais devinez quoi ? «Gourou ti pé insisté pou vinn ek nou. Mo papa ti pé amenn li osi.»

C'est à ce moment qu'il insistait pour être seul dans la chambre, prétextant un prêche quelconque. «Papa ti pé dir mwa ekouté ek fer seki gourou dir, mo ti ankor zanfan. Séki papa dir nou fer...» Alors, il en profitait pour lui faire subir des attouchements, allègue Olivia, allant même jusqu'à la mordre jusqu'au sang au niveau des seins. «Trwa mwa monn kasiet mo douler, mo pa ti anvi bless papa ek mo ti pe gagn onté pour dir li sa. Le gourou a même voulu me violer mais il n'y est pas parvenu.» Car même dans sa tête d'enfant, elle savait que tout cela était mal, alors elle se débattait et parvenait à s'enfuir.

En grandissant, Olivia a voulu se libérer de cette prison. Elle a compris qu'elle n'allait pas pouvoir compter sur le soutien de son père. À 18 ans, la jeune femme déserte le toit familial.

Mais le sort s'acharne, inlassablement. «Monn gagn dépresyon. Mo finn vinn andikapé. Mo finn oblizé rétournn kot mo papa. Li pa finn lé ramas mwa alor ki mo malad akoz guru finn dir li mo enn demon ki pé rétourné...»

N'ayant nulle part où aller, Olivia persiste et retourne à la maison. Mais son père ne lui adresse plus la parole. «Li passé dan so loto, li pa pran mwa lor simé, alor ki mo lipié ek lamé gos pa bon. Gouru dir li pas guet mwa.» Cela fait quelque temps maintenant qu'Olivia est partie vivre ailleurs et a coupé tout contact avec son papa. «Il était censé me protéger.»

Son frère lui, vit toujours avec le papa. «Mo finn bon koz ek li. Li kumandir possédé. Li pa ékouté. Pa pou kav fer nanyé sa...»

Pour d'autres victimes, aussi, il sera impossible d'oublier les sévices, les malheurs. «On essaie de vivre avec, heureusement qu'on nous a ouvert les yeux avant que nous ne soyons complètement endoctrinées», lâche une jeune femme de 24 ans. Elle a quitté la secte il y a cinq ans, ne pouvant plus supporter les agissements du gourou. «Ti vinn plis ki fim porno. Li ti pé mem montré so sex. Pa finn fasil ditou...»

Qui est-il ?

Il est âgé d'une soixantaine d'années, a exercé comme facteur des années durant. Cet habitant de cité Barkly et marié, mais il n'a pas d'enfant. Son épouse aurait «latet fatigé» et la sexagénaire jouerait à la poupée. «Li abiy zot, kwaf zot, so latet inn bouzé. Fer per kan ou guet sa...»

Le gourou en question aurait fondé la secte, qui compte une vingtaine d'adeptes à l'heure actuelle - dont plusieurs jeunes femmes - il y a deux décennies. S'il préfère être en «petit comité», c'est pour ne pas éveiller les soupçons et avoir la main mise sur ses disciples, qui le vénèrent en tant que «messager de Dieu». La secte n'aurait pas de nom pour «brouiller les pistes», pour ne pas être inquiétée par les autorités.

Qui plus est, le gourou réclamerait 10 % des salaires de ses suiveurs, endoctrinés, «brainwashed net», confient ceux qui l'ont côtoyé... Il se ferait un gros paquet d'argent, comme en témoignent les berlines qu'il possède, même s'il préfère utili-ser la voiture de ses adeptes et se faire véhiculer.

Il aurait un acolyte, un neveu, qui ferait office de comptable...

«Si enn fam pa vierge, li pa gagn drwa marié»

Vendredi après-midi. Rendez-vous est pris dans la salle de classe d'un collège privé à Beau-Bassin. C'est l'antre du gourou, là qu'il prêche. Et pour y accéder, il faut expliquer à son bouncer à la tête de gorille les raisons de notre présence. Un interrogatoire serré plus tard, nous entrons.

L'atmosphère est lourde, ça sent la détresse humaine. Certains adeptes, une dizaine d'hommes et de femmes, ont le visage défait, semblent avoir l'esprit torturé. Pendant le prêche, certains se mettront même à pleurer comme des bébés.

Mais avant, le gourou fait son entrée. Il porte une chemise aubergine, un pantalon noir, des lunettes, tout ce qu'il y a de plus banal. Pour la robe de cérémonie, il faudra repasser. L'allure est passe-partout. Est-ce pour mieux se fondre dans la masse ?

Le discours cependant... Debout derrière un pupitre improvisé, il démarre son grand oral, étant bien rodé à la chose, à n'en pas douter. Il nous dévisage avec insistance. «Ena bann nouvo zordi, nou pa pou al tro lwin...»

Sur un ton autoritaire, il affirme que les femmes sont inférieures aux hommes. «Zot plas dan lakwizinn, zot bizin satisfer zot mari.» Si une femme n'est pas vierge, elle n'a pas le droit de se marier, lâche-t-il avec conviction. Toute femme adultère devra être punie.

Cerise sur le gâteau qu'on a du mal à avaler : pour le gourou, les filles ne doivent pas être scolarisées (NdlR, Olivia par exemple, a arrêté l'école à 16 ans, sur ordre du gourou). Elles n'ont pas le droit d'avoir un petit copain, affirme le sexagénaire sexiste à l'extrême, tout en jetant un coup d'œil désapprobateur dans notre direction. «Si jamais les jeunes adeptes de la secte avaient un amoureux, le gourou les emmenait chez un gynécologue pour voir si elles étaient toujours vierges», raconte une jeune femme qui est passée par là.

«Alor ki li mem pli gro perver la !» Dans la salle de classe où nous nous trouvant, un rideau masque une sorte d'antichambre. C'est là que le gourou accomplirait ses basses besognes. C'est là aussi qu'il enduirait les jeunes femmes d'huile avant de leur prodiguer des massages d'un autre genre, histoire de les «exorciser»...

Ses fidèles l'appellent «Seigneur»... Ce dernier leur demande de se repentir, de demander pardon pour tous les péchés commis durant la journée... On chante ensuite en anglais. Des séances de «prière» sont organisées chaque jour, apprend-on. Et les adeptes doivent obligatoirement y assister sous peine d'être frappés par la foudre divine. «Par exemple, si les plus jeunes n'y assistent pas, le gourou oblige les parents à leur imposer des punitions corporelles. Mo frer finn bien gagn baté ek sintir dan tipti. Ti enn viktwar pou li sa kan li koné ou finn gagn baté», souligne d'ailleurs Olivia.

Pour nous impressionner, ce jour-là, il hausse le ton, fait l'intéressant. «Ou pou bizin ékoutékan kozé isi.»

Lui : «Satan so travay sa»

Suite à notre incursion au sein de la secte, nous avons appelé le gourou, hier, pour dévoiler notre identité en tant que journalistes. Mis au courant des allégations faites contre lui, il avait ceci à dire : «Tou dimounn kav dir séki zot anvi, Satan so travay sa. Ladverser pa kontan nou, zot vini pou diskrédi ou, akoz pé fer bon travay...»

Cela fait 40 ans, dit-il, qu'il est «au service de Dieu». S'il est si «sévère» c'est pour inciter les parents à «amenn zot zanfan dan la drwatur».Qu'en est-il de la «chambre» en question ? «Sa lasam la pou al fer guérizon sa, nou pa fer sa dan nu lasal kot lapriyer akoz sa éna sa. Bann dimounn ki vinn dan sa lasam-la posédé par lespri du démon, mé sey délivré zot.»

Quant aux allégations d'attouchements, il affirme haut et fort qu'il s'agit de mensonges. «Zamé mo finn fer sa. Dimounn kapav dir séki zot lé pou diskrédi mwa.»

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