Algérie: Démission annoncée de Bouteflika - Une ruse de guerre ?

Algerian President Abdelaziz Bouteflika
analyse

Un communiqué de la présidence algérienne qui annonce le départ du chef de l'Etat avant la fin officielle de son mandat, tout en prenant « des mesures pour assurer la continuité du fonctionnement des institutions de l'Etat pendant la période de Transition ». Va-t-on vers un dénouement de la crise en Algérie ?

C'est la question que l'on se pose à présent, après qu'à la faveur de la formation du nouveau gouvernement, le patron de l'armée a vu ses pouvoirs renforcés.

Une position préférentielle et stratégique qui fait voir dans cette « promotion » du général Salah, une façon de se positionner en vue de la transition qui fait des gorges chaudes entre un peuple décidé à se débarrasser d'un homme et de son système, et un régime aux abois qui joue sa survie politique, dans un contexte où la démission du chef de l'Etat pointe de plus en plus à l'horizon.

Il est difficile de s'imaginer l'armée algérienne se faire harakiri par une révolution « blanche »

Faut-il y voir une ruse de guerre ? Difficile d'y répondre. En tout cas, depuis le déclenchement du mouvement de contestation en février dernier, la Grande muette dont la position était fortement attendue, avait fini par sortir de son silence par la voix du général Hamed Gaid Salah, pour se démarquer du chef de l'Etat contesté, appelant même à l'application de l'article 102 visant à déclarer ce dernier inapte à diriger le pays.

Mais ces appels itératifs du chef de l'armée à la mise à l'écart du président Bouteflika par la voie constitutionnelle, semblent cacher mal sa volonté de contrôler une transition par laquelle le peuple veut pourtant tourner définitivement la page Boutef, son système y compris. C'est donc dire que petit à petit, l'armée est en train de montrer le bout du ... canon dans ce bras de fer entre le peuple et le régime au pouvoir, espérant sans doute pouvoir jouer les arbitres.

En tout cas, avec cette montée « en grade » du général dans le gouvernement, c'est le masque qui tombe un peu plus face aux velléités à peine voilées de ce dernier de rester dans le jeu politique. C'est aussi la preuve, peut-on dire, que toutes ses sorties appelant à une éviction en règle du chef de l'Etat, étaient loin d'être anodines. Car, il est difficile de s'imaginer une institution comme l'armée algérienne, qui a toujours été au cœur du pouvoir, se faire harakiri par une révolution « blanche ». C'est pourquoi l'on est porté à se demander si Bouteflika ne connaîtra pas bientôt le même sort que son homologue tunisien, Habib Bourguiba.

En effet, c'est dans l'incompréhension totale que celui qui pensait incarner la Tunisie, mais qui était aussi, après plus de deux décennies de pouvoir et de réformes osées, considéré comme un autocrate vieillissant, manipulé par son entourage et incapable de gouverner, sera déposé au détour d'une révolution de palais menée par son Premier ministre, le général Zine Ben Ali. Un acte salué à l'époque comme l'occasion d'un nouveau départ pour la Tunisie.

Le patron de l'armée algérienne serait-il sur les traces du général tunisien ? On attend de voir. Mais on ne serait pas étonné d'un tel scénario visant à donner l'illusion d'un changement, dans un pays où, outre ses missions régaliennes de défense du territoire, l'armée ne s'imagine pas un autre rôle en dehors de son implication dans la gestion des affaires de l'Etat.

Malgré les mesures de saupoudrage, la rue risque de continuer à gronder

Déjà, la mise à l'écart du gouvernement de l'éphémère vice-Premier ministre, Ramatane Lamamra considéré comme un cacique du régime, pourrait participer de cette stratégie. Mais ce sont autant de signes de fébrilité qui pourraient davantage fragiliser le régime dont la chute risque d'être précipitée par la Grande muette.

Toujours est-il que cette ascension du patron de l'armée dans le nouveau gouvernement déjà contesté, marque un tournant dans la crise algérienne.

Elle clarifie le jeu en défaveur du président Bouteflika qui se voit lâché de toutes parts et de plus en plus dans la peau du mouton du sacrifice ; toute chose qui complexifie une situation déjà bien difficile en raison de la réaction du peuple visiblement décidé à prendre son destin en main, et à mener sa transition avec ses acteurs propres.

C'est dire s'il ne voit pas l'armée dans le rôle des meneurs de cette transition. C'est pourquoi il y a lieu de croire que malgré ces mesures de saupoudrage qui ont vu aussi l'entrée, dans le nouveau gouvernement, de jeunes et de femmes, la rue risque de continuer à gronder.

En attendant que Bouteflika se décide à larguer les amarres comme il vient de l'annoncer, l'on peut se demander jusqu'où ira la contestation et surtout, sur quoi elle va déboucher : sur une confiscation, in fine, du pouvoir par la Grande muette qui risque de siffler la fin de la récréation ou sur une victoire sur toute la ligne des manifestants ?

Bien malin qui saurait répondre à cette question. En attendant, le changement tant attendu n'est pas encore arrivé ; le pays retient son souffle et vit au rythme des tâtonnements d'un régime aux abois et des mobilisations hebdomadaires de vendredis qui risquent, une fois de plus, de faire le plein des rues, à la septième semaine de contestation.

En tout état de cause, dans ce bras de fer entre Algériens, l'on a le sentiment que d'un côté comme de l'autre, l'on avance quelque peu masqué pour ne pas abattre d'un coup toutes ses cartes.

Si du côté des manifestants, l'on peine à coller un véritable visage à la rue, du côté du pouvoir où l'on sait que l'on marche désormais sur des œufs, l'on semble user de la même prudence dans l'espoir de laisser le moins de plumes.

Mais plus tôt s'ouvrira un dialogue entre les protagonistes, mieux cela vaudra pour le pays qui n'est pas à l'abri d'une subite dégradation de la situation. En attendant, on croise les doigts pour que les djinns de la violence ne sortent pas de leur bouteille.

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