2 Avril 2019

Tunisie: Certains métiers voués à la disparition

Ainsi, le tapis de référence en Tunisie est le classique de Kairouan qui doit beaucoup à l'influence turque de la période beylicale, puisqu'il aurait été introduit à Kairouan en 1830 par Kamla, la fille du gouverneur turc.

Entre la «Alloucha» (tapis de haute laine d'agneau aux coloris discrets et naturels), les polychromes aux couleurs plus variées et le mergoum (laine tramée avec un fond uni et des motifs géométriques à plusieurs nuances), on n'a que l'embarras du choix face à la multitude de ces variétés, dont la qualité finale s'évalue à la densité des points au mètre carré, au serrage des lignes transversales et à la perfection géométrique des motifs décoratifs.

Néanmoins, au cours des deux dernières décennies, on a enregistré une baisse de la production, puisque dans les années 80, on produisait 40.000 tapis par an, alors que de nos jours on en produit environ 5.000, et ce, à cause de la cherté de la matière première, de l'exploitation des artisanes par des intermédiaires peu scrupuleux, de l'invasion du tapis industriel, du faible accès à une matière première de qualité et du manque d'innovations, dans la mesure où les artisanes ont gardé le schéma classique dans la production du tapis, alors que les goûts et la décoration sont en évolution continue et nécessitent une adaptation réactive des produits de tissage.

Khadija Fatnassi, artisane originaire de la délégation de Sbikha, nous explique que grâce au tissage, elle a pu élever et éduquer ses 4 enfants : «Mais depuis quelques années, j'ai dû renoncer à ce secteur aux revenus trop bas. A titre d'exemple, je mets deux mois pour un tapis pour lequel j'ai acheté 200 d de matière première, ensuite je le vends à 250 d. C'est vraiment de l'exploitation au souk Rbaâ, dominé par des spéculateurs. Aujourd'hui, j'ai dû opter pour le travail agricole saisonnier».

Relance du secteur

Grâce à la reprise des activités touristiques depuis 2017, l'amélioration de la qualité des produits artisanaux, ainsi qu'à la stratégie quinquennale mise en place pour la période 2018-2022 avec pour objectif d'accroître l'apport de l'artisanat au développement local, de promouvoir la qualité et de développer les savoir-faire, la production de tapis en 2018 a enregistré, dans le gouvernorat de Kairouan, une augmentation de 71% par rapport à 2017. Et en 2017, on a enregistré une augmentation de 14,20 % par rapport à 2016...

Comme quoi, c'est la loi de l'offre et de la demande qui fait la différence. En outre, les exportations du tapis ont connu en 2018 une hausse allant de 5 à 10%.

Pour les autres spécialités, l'artisanat est confronté à des défis structurels majeurs qui l'empêchent de générer des revenus aussi importants que l'industrie et les services, d'autant plus que les souks de Kairouan sont envahis par des produits artisanaux étrangers d'imitation et par de la marchandise contrefaite.

Alors, le secteur peut-il retrouver son éclat d'antan et faire en sorte qu'il redevienne un pilier du développement socioéconomique à l'échelle locale et régionale?

Les jeunes refusent de prendre la relève

Il va sans dire que Kairouan figure parmi les villes où le travail dans les métiers traditionnels est très florissant, même si le fait de trouver la bonne matière première pour créer des articles artisanaux de qualité et de dénicher les clients qui apprécient la valeur d'un article reflétant l'histoire de la région sont les principaux obstacles auxquels font face les promoteurs opérant dans le secteur de l'artisanat.

Parmi les métiers en voie de disparition à Kairouan, on pourrait citer celui de l'artisan fabricant de «balghas» qu'on porte avec la «blouza» et la «kountra» qu'on porte avec la «djebba». En effet, jusque dans les années 60, Kairouan abritait trois souks de blaghjia qui abritaient plus de 50 artisans. De nos jours,ces souks se sont spécialisés dans la vente de vaisselles, de mules, de la pacotille et de produits made in China. Seul, un artisan continue de s'adonner à ce métier qui n'est plus aussi lucratif que par le passé. M. Abderrazak Najjar, 80 ans, est très réputé dans l'art de la confection à la main de peau de caprins, d'ovins ou de bovins pour en faire des balghas et des kountras, un travail minutieux qui demande beaucoup de patience, d'où le refus des jeunes de prendre la relève de ceux qui ont beaucoup vieilli ou qui sont alités à cause de maladies incurables.

«Ce qui me fait le plus mal c'est que même mon fils, un enseignant, n'a pas voulu s'initier à cet artisanat car il ne supporte pas l'odeur de la colle! En outre, comme les matières premières coûtent de plus en plus cher, surtout en ce qui concerne le cuir et les clous, je suis obligé de réparer et d'entretenir de vieilles chaussures afin de pouvoir survivre. Si on ne fait rien, cet art connaîtra la perdition... », nous confie Am Abderrazak.

La notoriété du makroudh

La cité aghlabide a des traditions bien ancrées dans la fabrication du makroudh qui fait travailler un millier de personnes directement ou indirectement.

En effet, le secteur joue un rôle socioéconomique important, et ce, malgré l'existence de certains problèmes, notamment au niveau de la main-d'œuvre plus ou moins qualifiée, du matériel tombé en désuétude et de certains intrus qui portent préjudice à ce produit du terroir et qu'on déguste suivant nos goûts, qu'il s'agisse du makroudh aux dattes, aux amandes, aux fruits secs ou aux grains de sésame.

D'où l'idée d'instituer un festival national du makroudh dont la première session organisée le 20 mai 2008 avait pour objectifs de promouvoir ce secteur, de renforcer la qualité et la notoriété de ce mets traditionnel, toujours en vogue, et d'enregistrer le label makroudh de Kairouan suivant les dispositions de la loi du mois de décembre 2007, relatives aux appellations d'origine, aux indications géographiques et aux indications de provenance des produits artisanaux.

Malheureusement, depuis 2010, on n'a plus organisé de festival national du makroudh, ce grand acteur dans l'histoire de la pâtisserie kairouanaise connue aussi bien en Tunisie qu'à l'étranger, surtout pendant les fêtes familiales et religieuses.

Des articles artisanaux à Dar Jdoudna

L'association «Mémoire de la Médina» a inauguré, au mois de décembre 2018, en plein cœur de la vieille ville, un centre artisanal et touristique intitulé «Dar Jdoudna» avec pour objectifs de promouvoir l'attractivité de l'image touristique et le savoir-faire artisanal kairouanais.

Ainsi, beaucoup d'artisanes de toutes les délégations du gouvenorat ont eu la possibilité de faire connaître leurs productions et les écouler, au sein de Dar Jdoudna à des prix abordables, une façon d'offrir des services de promotion et d'orientation en matière de tourisme alternatif. D'ailleurs, les citoyens et les touristes ont été ravis de découvrir une variété de produits artisanaux et de produits du terroir, surtout en ce qui concerne les vêtements à base de haïk, les tapis et les meubles à base d'alfa, les bijoux traditionnels, les foulards, les bibelots, toutes les pâtisseries traditionnelles, les coucous au blé complet, les confitures de figues de Barbarie, les biscuits sans gluten, les épices, les harissas et toutes sortes d'arômes et d'huiles essentielles.

Toujours au centre-ville, le village artisanal de Barrouta couvrant une superficié de 600 m2 et comptant 21 boutiques, a encadré depuis 2016 des artisans professionnels, dont des diplômés du supérieur, et ce, dans différentes spécialités : bijouterie, broderie, confection de l'alfa, couture, cuivre martelé, menuiserie, poterie, damasquinage, objets de décoration, tapisserie, peinture sur différents supports, ébénisterie, crochet, distillation de plantes médicinales, produits de beauté bio...

D'ailleurs, ce village a abrité, du 21 au 31 décembre 2018, le salon régional de l'artisanat auquel ont participé plus de 30 artisans représentant diverses spécialités. Parmi les visiteurs de ce salon, on peut citer les membres du groupement tuniso-saoudien d'appui à l'artisan qui ont exprimé leurs dispositions à faire participer des artisans du gouvernorat de Kairouan dans les salons à l'étranger pour les aider à commercialiser leurs productions.

Il va sans dire que l'objectif de ce salon était, d'une part, de promouvoir la commercialisation des articles de l'artisanat, et d'autre part, de mieux faire connaître l'esprit créatif de nos artisans dont le souci est de répondre aux exigences de la modernité tout en respectant l'authencité de notre patrimoine.

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