Cote d'Ivoire: Sainy Tiémélé (ambassadeur de Côte d'Ivoire en Inde) - "Nous devenons un pays phare dans le cadre de la coopération avec l'Inde, en Afrique"

interview

Le représentant diplomatique ivoirien situe, dans cet entretien, l'intérêt que les deux pays ont à renforcer leurs relations.

Vous avez représenté la Côte d'Ivoire, aux côtés des acteurs du secteur privé ivoirien, à la 14e édition du conclave CII-Exim Bank sur les projets de partenariat Inde-Afrique qui s'est tenue du 17 au 19 mars à New Dehli. Qu'en avez-vous tiré comme leçons ?

La Côte d'Ivoire, depuis 2005, date de l'ouverture de son ambassade en Inde, a pris part à toutes les éditions de ce conclave portant sur les relations Inde-Afrique.

Le Premier ministre d'alors, Son Excellence Monsieur Daniel Kablan Duncan, était accompagné de six ministres et des acteurs du secteur privé.

La participation remarquable de la Côte d'Ivoire à ce forum a fortement marqué les autorités indiennes.

Devenu vice-Président, M. Duncan est revenu en Inde, d'abord dans le cadre du Forum économique mondial du 4 au 6 novembre 2014, puis dans le cadre des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement qui se sont déroulées du 22 au 26 mai 2017 à Ahmedabad.

A cette occasion, notre pays, par les soins du ministre Kaba Nialé du Plan et du développement, avait signé plusieurs accords de coopération entre l'Inde et la Côte d'Ivoire dans divers secteurs, de même que l'accord marquant notre adhésion au projet "Alliance solaire internationale" (Isa).

Puis, la Côte d'Ivoire a pris part à la grande rencontre portant sur ce projet Isa, qui s'est déroulée récemment en Inde.

Le Vice-président Kablan Duncan y a représenté le chef de l'État. Toutes ces actions ont donné à notre pays de se faire remarquer comme un pays phare dans le cadre de la coopération avec l'Inde, en Afrique.

A ce conclave 2019, certes, les plus hautes autorités ou membres du gouvernement n'ont pu prendre part aux travaux, mais la Côte d'Ivoire était bel et bien présente et cette présence a été très remarquée.

Car, tous les opérateurs économiques ivoiriens qui ont pu être là ont eu l'opportunité d'avoir tous les contacts qu'il faut.

Aujourd'hui, il s'agit pour nous de faire en sorte que cette coopération entre nos pays se renforce davantage et soit bien appréciée de toutes les parties.

C'est en cela que nous voulons saluer le travail de la presse qui assure une meilleure diffusion des informations auprès des populations.

De ce qui précède, peut-on dire sans crainte que la coopération avec l'Inde est au beau fixe et prometteuse ?

La Côte d'Ivoire et l'Inde entretiennent de bonnes relations séculaires, eu égard aux nombreux projets mis en œuvre en Côte d'Ivoire grâce à des financements indiens. Les autorités, au plus haut niveau des deux pays, sont engagées à renforcer ces relations.

En 2016, l'ex-Président Indien, Pranab Mukherjee, a effectué une visite mémorable en Côte d'Ivoire. Il a été agréablement surpris de l'accueil qui lui avait été réservé par les autorités ivoiriennes et l'ensemble du peuple ivoirien.

Cela a donné lieu à une invitation adressée à Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara qui avait donné son accord. Certainement son programme ne lui a pas permis d'honorer cette invitation.

Notre souhait le plus ardent, c'est de voir ce projet de visite du Président se réaliser. Nous attendons notre Chef de l'État en Inde. Surtout que le nouveau Président indien élu, Ram Nath Kovind, a adressé un message de confirmation de cette invitation.

L'arrivée du président Alassane Ouattara en Inde situerait au plus haut niveau l'excellence de nos relations avec l'Inde. Les deux pays ont beaucoup à tirer de cette coopération.

Notamment sur le plan technologique, des Tic, ou dans le domaine de la santé, pour lequel l'Inde n'a rien à envier aux autres grands pays. Il nous appartient de profiter vraiment de cette coopération avec ce pays.

C'est une coopération ouverte. Les autorités indiennes sont disposées à nous appuyer. Dans le domaine de la santé, par exemple, ma conviction n'a jamais été de promouvoir le tourisme sanitaire, c'est-à-dire faire venir les malades en Inde pour les soigner.

En revanche, je suis pour que les autorités indiennes puissent exploiter en Côte d'Ivoire l'éventualité d'ouvrir ou de réaliser sur le sol ivoirien des hôpitaux avec des investisseurs et de créer des partenariats avec des structures sanitaires pour une meilleure prise en charge des patients.

Il en est de même dans le secteur de l'hôtellerie où l'Inde a aussi une expertise. Il faut donc que nos hommes d'affaires ouvrent les yeux vers l'Inde et qu'il y ait des approches dans le sens de créer des partenariats susceptibles de réaliser des projets sur le sol ivoirien, au profit de nos populations.

Pouvez-vous nous faire le point sur la coopération entre l'Inde et la Côte d'Ivoire ?

Autant l'Inde est représentée sur le plan diplomatique en Côte d'Ivoire depuis des décennies, (L'Inde a ouvert sa Mission diplomatique à Abidjan en 1979 et les deux pays entretiennent des relations diplomatiques depuis le 30 Novembre 1962) la Côte d'Ivoire, elle, a ouvert son ambassade en Inde depuis février 20O5. Cela a coïncidé avec la première édition du conclave CII-Eximbank de l'Inde.

La délégation ivoirienne étant conduite par le ministre ivoirien des Affaires étrangères d'alors, feu Bamba Mamadou, accompagné d'une forte délégation. Par la suite, il y a eu beaucoup d'actions qui ont été menées.

Ainsi, dans le cadre de la coopération proprement dite, la Côte d'Ivoire bénéficie de financements de projets parmi lesquels le projet Vitib, le Projet de Centre de conférences International Mahatma Gandhi, le projet d'acquisition d'autobus.

Avant les derniers bus, la Côte d'Ivoire avait déjà acheté 500 autobus de l'Inde. D'autres projets mis en œuvre en Côte d'Ivoire ont également bénéficié de l'appui du gouvernement indien, notamment dans le domaine agroalimentaire et de l'agro-industrie dans la transformation des produits comme le manioc, la noix de cajou qui intéressent fortement les investisseurs indiens en raison de notre rang de premier producteur mondial. Nous avons aussi des projets tels que la pêche, les fibres de coco.

Des anciens programmes financés par l'Inde sont en voie d'exécution, notamment l'interconnexion électrique Côte d'Ivoire-Mali.

A ce niveau, il faut préciser que ce projet, financé en trois phases d'un montant de 94 millions de dollars, est aussi très avancé dans son exécution. Parce que la liaison électrique avec le Mali, qui était la phase la plus attendue, est terminée et fonctionne.

Le gouvernement a tenu à honorer son engagement vis-à-vis de ce pays frère. Parce que la Côte d'Ivoire a une ambition de couvrir toute la sous-région en matière d'énergie et cela est faisable à travers ces genres de projet. D'autres pays sont en attente d'être connectés au réseau électrique par notre pays.

Dans le domaine des énergies renouvelables, la Côte d'Ivoire est de plain-pied dans la modernité. Il est donc important que nous nous appuyons sur plusieurs variantes possibles d'énergies.

Car lorsqu'un pays maîtrise les différentes variantes d'énergies, il se met à l'abri de toutes les éventualités de dépendance.

En la matière, qu'est-ce que l'Inde peut apporter à la Côte d'Ivoire ?

Les yeux fermés, je dirai le solaire. L'Inde est l'un des deux principaux précurseurs de l'énergie solaire, avec la France. Les entreprises indiennes sont très performantes dans ce secteur. Elles ont une expertise avérée et peuvent nous apporter beaucoup.

Je souhaite donc que la Côte d'Ivoire s'y intéresse véritablement. Dans le domaine de l'énergie solaire précisément, notre pays a présenté sept nouveaux projets.

C'est un nouveau secteur et nous avons beaucoup à gagner, surtout que l'Inde en tant que pays phare dans l'Alliance solaire internationale avec la France, est disposée à aider la Côte d'Ivoire au plan du financement.

Il faut simplement que nous saisissions cette opportunité pour électrifier les villages. Certes, le premier montant sollicité par la Côte d'Ivoire est assez modeste, mais nous attendons que d'autres projets plus importants soient présentés par notre pays, parce que la Côte d'Ivoire est membre fondateur de cette Alliance, donc il est important que nous puissions en profiter en vue de bénéficier de financements importants dans ce domaine.

Le secteur de l'agriculture est concerné par cette coopération que nous avons avec l'Inde. Ce pays est disposé à assurer le financement de ce secteur, en termes de modernisation de l'agriculture avec un appui conséquent à la mécanisation.

Des sociétés indiennes comme Tafe, certes nouvelle mais connue dans le monde, sont disposées à avoir un cadre de coopération avec la Côte d'Ivoire qui permettrait de renforcer la modernisation du secteur agricole.

Qu'en est-il du secteur de la santé... ?

Dans le domaine de la santé, l'on peut citer la construction en Côte d'Ivoire de quatre nouveaux hôpitaux militaires dont le processus est en cours, notamment à Korhogo, Bouaké, Daloa et Abidjan. Notre système d'approvisionnement en médicament est également en partie soutenu par l'Inde.

A ce niveau, l'on peut noter l'existence d'un projet piloté par la partie indienne intitulé "réseau panafricain des télécommunications depuis 2006 2007 » qui a permis de relier l'Inde à l'Afrique par le système de fibre optique.

Ce qui a facilité la mise en place d'autres projets. Tous les pays africains qui ont été signataires de cet accord ont bénéficié de ce projet qui a trois volets.

Pour la première partie : le volet télémédecine qui est géré en Côte d'Ivoire par le Chu de Yopougon, la télé-éducation pilotée par l'Ecole normale supérieure (Ens) et le volet de transmissions confidentielles géré par la Présidence de la République. Dans la deuxième phase de ce projet, on parlera plutôt de e-médecine, e-éducation, etc.

Nous sommes dans les préparatifs de la mise en œuvre de cette seconde phase. Cela va permettre à des universités ivoiriennes d'être reliées directement à d'autres universités étrangères.

Egalement le e-médecine cela permettra par exemple de faire des interventions chirurgicales et des consultations médicales sans forcément se déplacer.

La coopération avec l'Inde aurait dû être encore plus dynamique, si nos besoins et intérêts étaient clairement exprimés parce que l'Inde est capable et disposée, en termes de technologie et d'orientation, d'aider tous les pays africains dans leurs besoins réels, concernant, entre autres, la création d'emplois, la formation, l'éducation, la santé, etc. Nous avons donc beaucoup de bénéfices à tirer.

Vous avez évoqué le cas du Vitib, où en êtes-vous avec ce projet ?

L'exemple du Vitib est très parlant en matière d'appui de l'Inde à la Côte d'Ivoire. Les premiers financements de ce projet proviennent effectivement de l'Inde à hauteur de 20 millions de dollars.

A la demande de la Côte d'Ivoire, il y a la possibilité de revoir ce montant à la hausse, encore faut-il que nous arrivions à mettre en valeur les acquis.

Cependant, le projet avance bien, tant au plan de la phase de la construction de bâtiments, qui est réalisée par la société indienne Shapoorji Pallonji, mondialement connue dans le domaine de la construction et des grands travaux, mais aussi la phase d'équipement en matériels informatiques assurée par la société UTL (United Telecom Limited), également connue au niveau international.

Dans l'enseignement supérieur, on remarque qu'il y a également une forte présence d'étudiants ivoiriens en Asie, notamment en Inde, pourquoi cet engouement pour la destination indienne ?

C'est quand nous avons ouvert l'ambassade de la Côte d'Ivoire en Inde, en 2005, que nous nous sommes rendu compte vraiment de la présence massive d'étudiants ivoiriens en Inde, notamment dans l'État de Karnataka, ayant pour capitale Bangalore, mais également de plus en plus dans d'autres États sur l'ensemble du pays.

La qualité de la formation en Inde n'est plus à démontrer, avec les partenariats que ce pays a tissés entre ses universités et celles des grandes puissances, notamment les États-Unis, la Grande Bretagne. De sorte que les étudiants ont la possibilité d'y poursuivre leur formation.

Pourtant, des étudiants ivoiriens se sont plaints des conditions de vie et d'études dans des universités indiennes

L'amélioration des conditions de vie des étudiants ivoiriens en Inde relèverait en partie de l'action à mener auprès des autorités par les représentations des pays africains présents en Inde. Parce que les étudiants africains en Inde éprouvaient beaucoup de difficultés dans leurs universités.

Il y avait des récriminations contre eux, très souvent sans raison. Il a fallu des interventions au plan diplomatique, par les ambassadeurs de pays africains en Inde, pour atténuer les tensions et les difficultés.

En effet, nous avons engagé des discussions avec les autorités indiennes et finalement tout a été aplani. Aujourd'hui, je puis vous assurer que les étudiants travaillent dans une relative sérénité.

Pour le cas particulier de la Côte d'Ivoire, récemment une trentaine d'étudiants ivoiriens avaient été interpellés et menacés d'être rapatriés.

Nous sommes intervenus et heureusement les autorités indiennes nous ayant écoutés, ont arrêté toutes poursuites et leur ont permis de reprendre le chemin des universités.

Il faut vraiment saluer la bonne collaboration entre les autorités indiennes et l'ambassade de Côte d'Ivoire en Inde. Nous entretenons des relations de confiance.

Nous mettons tout en œuvre pour mériter cette confiance et nos hôtes aussi nous le rendent bien. Entre notre ambassade et l'ambassade de l'Inde en Côte d'Ivoire, nous collaborons étroitement. Et cela facilite beaucoup de choses.

Nous saluons également les bourses que l'Inde accorde régulièrement aux Ivoiriens, étudiants ou travailleurs.

On souhaite simplement, au niveau de nos ambassades, être associés au processus d'information de nos autorités, chose que malheureusement, jusqu'à présent, se fait par le seul canal de leurs ambassades dans nos capitales.

Nous espérons que sur cette question la partie indienne comprendra enfin le bien-fondé de nos sollicitations qui n'ont pour seul but que le renforcement de l'efficacité de notre coopération en matière de l'éducation et de la formation.

Il y a également une collaboration étroite dans le domaine des affaires

Effectivement, dès que j'ai été nommé à la tête de cette ambassade, mon ambition a été de faire en sorte que les hommes d'affaires indiens soient massivement orientés vers la Côte d'Ivoire, comme ils le sont au Ghana et au Nigeria pour ce qui concerne l'Afrique de l'Ouest.

D'où des missions d'opérateurs économiques indiens organisés en Côte d'Ivoire pour leur permettre d'être beaucoup plus proches des réalités de chez nous.

Je voudrais traduire ma reconnaissance aux autorités ivoiriennes, au Président de la République, au Premier ministre et à tous les ministres qui ne ménagent aucun effort pour bien accueillir ces différentes délégations d'hommes d'affaires indiens. Ce qui a suscité un grand intérêt des Indiens pour la Côte d'Ivoire où ils sont de plus en plus présents.

Cette vision a nécessité un aménagement dans les conditions d'octroi de visas, avec l'instauration de visas longue durée indispensables pour les hommes d'affaires qui ont besoin de facilités de déplacement et suffisamment de temps, pour explorer les différents marchés ou opportunités qui leur permettent d'investir dans le pays.

Ces beaux tableaux peints de la coopération ivoiro-indienne se heurtent souvent à des difficultés dans plusieurs secteurs ?

La principale préoccupation est liée à la mise en œuvre des projets. Une chose est de négocier les projets et obtenir leur financement, l'autre chose est que sur le terrain, de façon pratique, ces projets puissent être réalisés dans le temps ou dans un délai raisonnable. On a remarqué que dans la mise en œuvre de cette coopération, les choses traînent.

A ce niveau, les responsabilités sont partagées par toutes les parties. Mais l'essentiel pour nous, c'est de faire en sorte que les projets avancent et s'achèvent. Et je me réjouis de la souplesse de compréhension avec laquelle l'Inde collabore avec nous.

Car, quand l'Inde accorde un projet à un pays, ce projet n'est jamais retiré, il appartient totalement au pays bénéficiaire quelles que soient les difficultés de mise en œuvre. Cela est à saluer.

C'est le cas du projet riz, un programme de réalisation de trente usines de transformation du riz au profit de la Côte d'Ivoire, à travers l'Aderiz.

Sur la trentaine d'unités de transformation, les responsables de l'Aderiz qui ont pris part au conclave CII-Exim-Bank confirment qu'une vingtaine d'unités sont pratiquement opérationnelles.

Pour le reste, il y avait quelques difficultés sur lesquelles nous avons pu nous accorder avec les responsables d'Exim Bank et de l'Aderiz à l'occasion du Conclave.

Il en est de même pour le projet "Hôpitaux militaires" qui a fait l'objet de concertation avec les autorités indiennes et pour lequel nous pensons que le processus de mise en œuvre va effectivement démarrer.

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